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4 - Les textes apocryphes chrétiens
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Dernière révision
février 2010
Canoniques VS apocryphes
Que l’église ait jugé nécessaire d’établir une liste de textes jugés authentiques est dans l’ordre naturel de tout corps social qui entend préciser sa raison d’être et ses motivations. Il pourrait paraître étonnant que ce processus ait duré près de quatre siècles, mais il faut considérer qu’il fut concomitant à la construction de l’église chrétienne et en quelque sorte entérine sa naissance.
La majorité des livres qui constituent le Nouveau Testament ont été écrits par divers auteurs sur une période de soixante-dix ans (entre l’an 50 et 120). D’autres livres prétendument écrits par les premiers disciples de jésus et même des faux signés du nom d’apôtres décédés depuis longtemps, firent ultérieurement leur apparition.(textes pseudépigraphes)
Les évangiles elles mêmes sont sujettes à caution. Elles n’auraient pas été écrites par les apôtres mais plus probablement pas des témoins de leur temps. Entre les vrais faux et les faux vrais il semble que si la déclaration de validité dépend de critères précis, un de ces critères majeurs et non défini s’attache à organiser la cohésion doctrinale afin de lui épargner tout contresens porteur de difficulté.
Il est vrai que la multitude des écrits fait peser un risque inhérent à tout témoignage, la divergence des points de vue. A ce risque
naturellement humain s’ajoute ici l’intention de gnostiques qui entendent inculquer au christianisme leur vision d'un monde mal né.
L’église proto-orthodoxe va donc devoir établir ses bases et commencer par préciser les critères de sélection des livres candidats au
titre d’« écriture canonique »
.D’abord un texte devait être:
ancien, c'est-à-dire qu’il devait dater de l’époque de Jésus ou s’en rapprocher. En suite un texte devait
être:
apostolique, ce qui entendait qu’un texte devait avoir été écris pas un apôtre ou un de ses compagnons. En troisième lieu un texte
devait être:
catholique ce qui signifiait qu’il devait être largement utilisé dans les églises « établies ». C’est ainsi par exemple que
certaines épîtres (3jean, 2Pierre) ont eu du mal à être acceptés dans le nouveau Testament du fait qu’elles étaient rarement utilisées.
Enfin un texte doit être:
orthodoxe c'est-à-dire qu’il devait répondre aux trois premiers critères et ne comporter aucune allusion qui par
nature laisserait entrevoir des intentions hétérodoxes. Ainsi l’évangile de Pierre est recalée au motif qu’elle comportait des arguments
proches de la doctrine docétiste et ne pouvait de ce fait pas avoir été écrit pas Pierre.
Eusèbe au début du quatrième siècle propose une autre échelle d’appréciation. Il classe les livres en :
reconnus autrement dit acceptés.
discutés dont les textes peuvent être considérés comme canoniques, mais après discussion.
spécieux autrement dit , fabriqués mais qui sous certaines conditions pourraient être reconnus.
hérétiques qui sont rejetés sans appel.
Même si les catégories semblent bien définies il existe une autre menace planant sur les écrits canoniques rendant leur sélection plus délicate. En effet certains hérétiques jettent leur dévolu sur des livres éligibles à la canonicité, en y sélectionnant les passages que les arrangent. Ainsi les Ebionites préfèrent Mathieu, les gnostiques en général, Marc, les Marcionites, Luc et les gnostiques Valentiniens, Jean.
Dès le IIème siècle l’église proto-orthodoxe reconnaissait une liste d’écrits appelés canon muratorien en référence à L.A. Muratori qui en fit la découverte dans une bibliothèque de Milan en 1740. Ce canon contenait 22 des 27 livres retenus dans le Nouveau Testament.
Mais c’est avec Athanase, évêque d Alexandrie que l’idée de constituer une liste d’ouvrages acceptés par l’autorité religieuse va
prendre corps. Athanase à l’habitude chaque année d’envoyer aux églises d’Egypte une lettre indiquant la date de pâques, lettre dans
laquelle il ajoute des conseils. Dans sa 39em lettre il indique les livres que l’église pourrait accepter comme écritures canoniques, à
savoir, l’Ancien Testament plus 27 livres du nouveau Testament.
L’idée de quatre évangiles revient à Iréné évêque de Lyon qui estimant qu’il existe quatre points cardinaux en déduisit qu’il ne pouvait exister
ni plus ni moins que quatre évangiles.
Il faudra attendre les synodes d’Hippone et de Carthage où sous l’instigation d’Augustin d’Hippone se formera un consensus. Cet agrément ne concernera que l’église d’Afrique, bien qu’il finisse par faire référence pour les églises orthodoxes, catholique romaine et protestante.
Il faudra encore attendre le concile de Trente au XVIème siècle pour qu’une liste soit entérinée, et encore cette décision n’aura de valeur que pour l’église catholique romaine. La liste suivante sera définie au cours de ce concile et n’aura donc de valeur que pour la seule église catholique, et ne vaudra que pour la vulgate.
Les quatre Evangiles, selon Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc, Saint Jean ; les Actes des Apôtres, écrits par Saint Luc Evangéliste
Quatorze Epîtres de Saint Paul, une aux Romains.
deux aux Corinthiens
une aux Galates, une aux Ephésiens
une aux Philippiens,
une aux Colossiens,
deux aux Thessaloniciens,
deux à Timothée,
une à Tite,
une à Philémon,
une aux Hébreux
deux Epîtres de l'Apôtre Saint Pierre
trois de l'Apôtre Saint Jean
une de l'Apôtre Saint Jacques
une de l'Apôtre Saint Jude
l'Apocalypse de l'Apôtre Saint Jean.
Les cinq Livres de Moïse, qui sont, la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; Josué, les Juges, Ruth
les quatre Livres des Rois,
les deux des Paralipomenes,
le premier d'Esdras et le second, qui s'appelle Néhémias ; Tobie, Judith, Ester, Job
le Psautier de David, qui contient cent cinquante Pseaumes
les Paraboles, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Isaïe, Hiéremie, avec Baruch, Ezéchiel, Daniel
les douze Petits Prophètes, sçavoir, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habachuc, Sophonias, Aggée, Zacharie, Malachie
deux des Machabées, le premier, et le second.
La canonisation des textes de l’ancien testament varie en fonction des autorités de tutelles. Par exemple Henoch n’est canonique que pour l’église d’Ethiopie. Suzanne est accepté par la septante refusé par la vulgate et inclus dans Daniel pour le canon catholique et orthodoxe. Les textes canoniques chrétiens de l'ancien Testament ne sont donc pas nécessairement ceux du canon judaïque.
Gnose et Orthodoxie, des inconsilliables
Le choix de retenir certains textes au canon des écritures peut s’avérer parfois délicat et subtil. En revanche une partie de la littérature rejetée par l’église proto-orthodoxe est d’inspiration très nettement gnostique et par conséquence hérétique.
Les textes se caractérisent par une identité de croyances qui divergent fondamentalement de l’orthodoxie. Le monothéisme y prend un sacré coup, et Jéhovah lui-même n’est qu’un sous-fifre imbu de sa personne. Dans ce qu’Augustin appelle des « fables » nous trouvons la présentation d’une cosmogonie complexe, alambiquée, en tous cas ésotérique qu’il serait prétentieux de vouloir saisir à moins de se qualifier initier.
Quel que soit ce fabuleux embrouillamini il a l’avantage de présenter une cosmogonie au scénario intéressant et ne saurait être disqualifiée au seul motif qu’il défend une cause qui a perdu. Il est trop facile de prétendre à la valeur historique des écrits canoniques, et de ne voir dans la concurrence qu’au mieux des mythes au pire des contes. Les gnostiques ont peut être raconté des fables mais pas plus que d’autres qui ont érigés, sans plus de preuve,leurs légendes en parole d’évangile.
Etant l’allié d’aucune autre cause que celle de la curiosité nous voulons tenter de résumer les principaux thèmes récurrents des textes gnostiques pour y détecter les intemporelles constantes que nous pourrions retrouver dans d’autres mythes et croyances, et surtout pour rester fidèles à une démarche qui consiste à dépasser le champs habituel de la réflexion.
L'Apocryphon de Jean, typiquement gnostique
Dès le premier abord il est évident que la cosmogonie gnostique ne peut être qu’une aberration pour l’orthodoxie chrétienne. Le christianisme tire ses sources d’un judaïsme qui fait d’un Dieu unique l’exemple d’une perfection que l’homme doit imiter. Dans la gnose il en va autrement. S’il existe bien un Dieu, il est absolu, invisible, inimaginable, impensable et ne peut être confondu avec un démiurge mystificateur. Ce sans-nom ne communique pas avec l’homme ni avec les prophètes, il est hors portée.
Sans commencement ni fin, se reposant en silence, se pensant lui-même dans sa propre lumière, source d’eau vive et de pureté, existe sans exister l’Esprit, Monade, monarchie soumise à aucune domination.Barbélô aussi appelé Sophia est la partie féminine de l’innommable. Cette féminité est sa propre pensée, sa pensée de lui-même. Ennoïa. Sophia réside dans la communauté du Plérome, la plénitude divine. Elle est l’intention.
Barbélô demande à l’Esprit que lui soient donnés, Prescience, Incorruptibilité, et Vie éternelle, donnant naissance à la Pentade des Eons du père qui constitue l’Homme primordial. Barbélô regarde vers l’esprit et enfante une étincelle de lumière, le fils premier engendré.Contrairement à d’autres cosmogonies qui font de leurs divinités des symboles attachés à des qualités, le gnosticisme se passe de symboles pour faire de ces qualités des puissances archétypales. C’est le développement de l’intention première ou première Pensée, qui sera développé par ces qualités pour accomplir le grand Dessein.
Le premier luminaire Armozel est dans le premier Eon accompagné de trois éons, Grâce, Vérité, et Forme. Le deuxième
luminaire dans le deuxième éon est accompagné de Pré-pensée (Pronoïa) Perfection, et Mémoire. Le troisième est accompagné de Compréhension,Amour, et
Idée, et le quatrième accompagné de Perfection, Paix, Sagesse.
Tels sont les douze éons qui assistent le Grand Christ engendreur de lui-même. L’Homme gnostique Parfait, le premier manifesté, celui que l’Esprit
appela Adam primordial, installé sur le premier éon auprès du grand Dieu et auprès du premier luminaire.
L’Homme gnostique Parfait installa son fils Seth sur le deuxième Eon près du deuxième luminaire, et dans le troisième Eon fut installée la
semence de Seth, et les âmes des Saints qui sont éternelles.
Dans le quatrième Eon furent installées les âmes qui ont eu connaissance de leur perfection mais ne furent pas promptes à se repentir ??
L’Homme Gnostique est l’homme réceptacle de toutes les forces participant à la création. Il est l’archétype de l’homme, il est l’univers, le centre du principe hermétique de « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Il est la somme des possibles incarnés dans l’idée dans le dessein des possibles. Il est le réceptacle de toutes les lois mathématiques, de toutes les combinaisons, de toutes les unions et de tous les arrangements d’un Univers en devenir.
La Sagesse, un éon, voulut concevoir une pensée de son propre chef, sans que le virginal Esprit mâle ait donné son accord.
Impétueuse de nature sa pensée fut inopérante et son œuvre laide et imparfaite avec une face de serpent et une autre de lion. Alors elle chassa son
œuvre pour la cacher aux yeux des immortels, sauf à ceux de l’Esprit Saint que l’on nomme Vie, la Mère de tous.
A cet œuvre elle donna le nom de Ialdabaôth, qui fut le premier Archonte et qui déroba la puissance à la Mère. Celui-ci s’éloigna du lieu de sa
naissance créa un éon lumineux dans lequel il se tient maintenant.
Ialdabaôth s’accoupla à la Folie (Aponoïa) et engendra les autorités inférieures, douze anges affectés chacun à son propre éon, et auxquels sont
attribués sept anges pour chacun également, et à ces anges sont données trois puissances de telle manière qu’il existe 360 êtres angéliques
auxquels s’ajoute la triple puissance conçue à la ressemblance du premier modèle qui existait avant lui.
C’est par l’ignorance du premier archonte de la Ténèbre que les engendrés ont reçu leur nom.
Le premier fut Laôth
Le deuxième, Hermas
Le troisième,Galila
Le quatrième, Lôbêl
Le cinquième, Adônaios
Le sixième, Sabaôth
Le septième, Kaïnan et Kaê, celui que l’on nomme le soleil.
Le huitième, Abiressiné
Le neuvième, Lôlbel ( ?)
Le dixième, Harmoupiaêl
Le onzième, Adônin
Le douzième, Bélias.
Le premier Archonte ordonna à sept rois de régner sur les cieux et à cinq autres sur le Chaos infernal.
Sur les sept cieux
Le premier est Appétit, à l’aspect du lion
Le deuxième est Religion, à l’aspect de l’âne
Le troisième est Argent, à l’aspect de hyène
Le quatrième est Fatuité à l’aspect de serpent à sept têtes
Le cinquième est guerre à l’aspect de dragon
Le sixième est Politique à l’aspect de singe
Le septième est Bêtise à l :’aspect de flamme.
Telle est l’hebdomade du Sabbat, tels sont ceux qui gouvernent le monde.
Ialdabaôth aussi nommé Saklas (celui qui est aveugle), se manifeste sous la forme qu’il veut en fonction de ses désirs. Il à transmis à ses
inférieurs une portion du feu qui est le sien, mais n’a pas transmis la lumière pure de la Puissance dérobée à la Mère.
C’est cette partie de puissance dérobée à la Mère et qui est en lui, qui porte les puissances créées par Ialdabaôth à le prendre pour un Christ,
et c’est pour cette raison qu’il se fait proclamer Dieu en désobéissance envers ses créateurs.
Nous touchons au thème central du gnosticisme. La création n’est pas le travail de Dieu le Père, mais celui d’un sous-dieu le démiurge, un incompétent ayant volé à sa Mère la formule sans savoir l’utiliser. Il est assimilé au Jéhovah des hébreux. Rien d’étonnant alors que ces gnostiques mettant en cause sans délicatesse le Dieu des Hébreux se soient attitrés leur animosités en même temps que celle des chrétiens qui se référaient au même Dieu.
Aux Puissances Ialdabaôth jumela sept Pouvoirs auxquels il donna un nom.
Pouvoir sera auprès de la Première puissance
Divinité auprès de la deuxième
Messianité, auprès de la troisième
Jalousie, la quatrième
Royauté, la cinquième
Compréhension, la sixième
Sagesse, la septième.
Ialdaboôth vit sa création au dessous de lui et dit à ses créatures « Je suis un Dieu jaloux, en dehors de moi il n’en existe pas d’autres ».
La Mère réalisa que la puissance dérobée avait donné naissance à un avorton. Elle demanda à son conjoint l’esprit saint et invisible de lui venir
en aide. Ce qu’il finit par faire tout en déplaçant la Sagesse de son éon pour la muter dans le neuvième ou elle résidera jusqu’à ce qu’elle ait
redressé sa déficience.
L’Archontat entier des sept puissances vit dans l’eau l’empreinte de la ressemblance de l’Homme primordial et décidèrent de créer l’homme selon
ce modèle. Mais les autorités ne purent que créer un corps sans vie. Encore une fois sur l’intervention de Mère, le Père de tous envoya son
émissaire déguisé en serpent pour apporter l’aide nécessaire.
Le thème de l’homme sans souffle se retrouve dans le judaïsme au travers de l’image du golem, cet être fait d’argile, ébauche d’Adam.
C’est par le souffle de l’esprit extirpé de la puissance de Mère que l’œuvre se mit debout. Ainsi Adam reçut par cet acte
la puissance de Mère. Les autorités se rendirent compte que l’homme leur était supérieur, et décidèrent de l’entrainer vers les régions de
l’immense matière, et l’introduisirent à l’ombre de la mort.
Le premier Archonte pris l’homme et le plaça au Paradis . L’arbre de la connaissance du bien et du mal c’est la pensée supérieure à laquelle il
ne faut pas gouter pour ne pas comprendre la situation. Le serpent tentateur peut-être mais surtout initiateur symbole de la gnose..
Le premier archonte jette alors le voile de l’oubli sur Adam, et afin de retirer la puissance de la pensée supérieure (Ennoïa) cachée en Adam,
il décida de la faire sortir de lui et créa la femme.
Le Femme apparaît en quelque sorte comme l’avatar de Barbélô. La pensée de lui-même propre à l’esprit doit s’exprimer hors de cet esprit
pour devenir manifestation. Le Femme reproduit dans le Kérome, c'est-à-dire le monde fini et limité d’Adam, la même dynamique que Barbélô à agit
dans le Plérome de archétypes.
Le serpent est le symbole de l’initiateur. C’est la Kundalini du yoga avec son double serpent entouré autour de la colonne vertébrale qui par son action va éveiller les centres d’énergie. C’est l’Ouroboros grec, le serpent qui se mord la queue, symbole cyclique du temps qui s’absorbe. L’assimilation du serpent au diable est une particularité de l’ancien testament. Lucifer ange de lumière, autre version de Prométhée, celui qui apporte le feu (l’esprit) aux hommes, les initiateurs L’un et l’autre sont punis.
Le diable encore dont le nom veut dire celui qui sépare, mais qui sépare de quoi ? Ce n’est pas l’action du diable qui à entrainé la chute mais bien celle de Ialdabaoth, ce faux dieu. Ce n’est pas lui nom plus qui à séparé Eve d’Adam. Tout au plus a-t-il été la cause de leur expulsion du Paradis.
C’est toute la confusion entre le mythe judéo-chrétien d’une faute originelle dont Eve et Adam se sont rendus coupables, et la version gnostique d’un coupable, Ialdabaoth-Jéhovah, qui veut leur faire porter le chapeau.
Le diable, devient l’alibi le bouc émissaire, celui par qui le scandale arrive. Une véritable campagne d’intoxication qui pourrait faire envie
à plus d’un de nos dirigeants modernes. En dehors de toute approche métaphysique, et en restant très terre à terre, nous pouvons nous demander
pourquoi un Dieu si omniscient aurait laissé trainé dans son Paradis un arbre aussi dangereux pour l’espèce qu’il avait créé.
C’est ce que l’on appelle de la provocation et à n’en pas douté rendrait les coupables passible de circonstances atténuantes, et ferait de Dieu
un responsable. Pourtant cette version n’est pas une fable et fait partie du fond de croyance sur lequel se construisent judaïsme et
christianisme.
Ialdabaôth les chasse du paradis. Puis il vit la vierge qui se tenait près d Adam et la souilla engendrant un premier fils
Elohim le juste et YHVH l’injuste. Le juste est établi sur le feu et l’esprit et l’injuste sur l’eau et la terre. Ce sont eux qui sont nommés Caïn
et Abel.
Adam connu Eve et engendra Seth
L'origine du monde, la cosmogonie gnostique
1
Traduit du Copte ce document fait parti des textes du codex II de la bibliothèque de Nag Hammadi. Il nous est parvenu sans titre. Il présente
une vision détaillée de la cosmogonie que les gnostiques entendent faire adopter au judaïsme autant qu’aux chrétiens .Nous y trouvons les thèmes
de « L’Hypostase des Archontes et de l’Apocryphon de Jean.
Cette fois l’auteur mentionne Sabaoth le fils de Yaldabaoth, et fait de ce fils l’exemple d’une rédemption accordée par l’adhésion à la gnose.
Sabaoth , Adam, et Eve sont ici des modèles à suivre.
1
A l’achèvement dans l’illimité de la nature des immortels, Sagesse, une forme s’écoule de Foi. Cette forme éprouve du désir, devient
ressemblance de lumière, se répand comme un ciel, sans limite entre immortels et ceux venus après. L’Eon de vérité ne produit pas d’ombre mais
son dehors, si. Ce dehors est ombre et on l’a appelé « ténèbre » Une puissance est apparue au dessus de la ténèbre et ces puissance venues après
l’on appelée « le chaos sans limite ».De ce chaos toute trace de dieu a germée.
2
L’ombre s’aperçut qu’il y avait plus fort qu’elle et engendra Jalousie, un avorton dépourvu d’esprit. La bile expulsée du chaos apparut en
substance aqueuse. La matière n’est donc pas sortie du chaos, mais se situait dans une de ses parties.
3
Foi vit ce qui était issu de sa déficience, et Foi-sagesse voulut que ce qui était dépourvu d’esprit fut modelé d’après une forme et exerçât
le gouvernement sur la matière, et sur les puissance, un Archonte apparut hors de l’eau, doté d’un grand pouvoir, mais ne sachant pas d’où il
était issu.
4
Foi sagesse lui dit « jeune homme traverse jusqu’ici » (Yaldabaoth) Ce jours là apparut le commencement de la parole (verbe) magie de toute
chose manifestée. Mais Yaldabaoth était ignorant, il se crut seul et le premier de tout. Il sépara l’aqueux du sec et créa le ciel, puis la terre
et enfin la parole androgyne.
Du « i » prononcé par l’androgyne, l’archonte le nomma « Iao », Le père créa un deuxième fils qui prononçât un « e » et son père l’appela
« Eloaï ». Il créa un troisième fils qui cria « as » et son père l’appela « Astaphaios »
Sept archontes apparurent dans le chaos. Ils eurent leur nom masculin et féminin.. Iao à pour nom féminin Seigneurie, Eloaios , Jalousie,
et Astaphaios , Sagesse.
5
Yaldabaoth créé les cieux et tous les trônes et demeures, temples et chars. Satisfait et orgueilleux le grand Archonte se prend pour le seul
Dieu, mais Foi se met en colère et lui apprend qu’il existe avant lui un homme immortel qui le piétinera les temps venus. Après quoi, Foi dévoile
dans les eaux son reflet et se retire en haut dans la lumière.
6
Sabaoth fils d Yaldabaoth glorifie Foi et condamne ses père et mère. Avec l’assentiment de Foi, Sabaoth créé sa demeure puis les armées
des anges. Yaldabaoth devient jaloux de la gloire de son fils et créa la mort androgyne qui a son tour engendra sept fils androgynes au nom
mâles (jalousie, courroux, sanglot, gémissement, deuil, hurlement, pleurs-à-fendre-l’âme) et aux noms femelles (Colère, tristesse, luxure,
lamentation, malédiction, amertume, querelle) qui tous s’unirent les uns aux autres engendrant chacun sept autres de telle façon qu’il furent
quarante-neuf démons androgynes.
Face à ceux-ci Sabaoth créa sept puissance androgynes bonnes dont les noms mâles sont
(celui-qui-n’est-pas-jaloux, bienheureux, joyeux, véridique, celui-qui-n’est-pas-envieux, désirable, fidèle) et aux noms femelles (Paix, joie,
allégresse, béatitude, vérité, amour, foi)
7
Yaldabaoth qui s’était vanté d’être le seul dieu fut démystifié par les autorités qui avaient aperçu Adam-lumière avant son retour au chaos.
Pour ne pas perdre la face le grand archonte propose de créer un homme à partir du sol et à leur ressemblance.
C’est ainsi que naquit
l’instructeur et aussitôt apparut l’homme androgyne, l’hermaphrodite, l’Eve-Vie c'est-à-dire l’instructrice de la vie. Eve est donc sans mâle,
c’est la première femme, la première enceinte la première sage-femme, la première qui se soigna.
Sur l’ordre du grand géniteur les puissances façonnèrent un homme d’après leur corps et d’après l’homme qui leur était apparu.
Ils le dotèrent d’une âme et fut appelé Adam c'est-à-dire « Père ». Mais dépourvu d’esprit il fut abandonné comme un vase inerte.
8
Sagesse-vie prise de pitié envoya son souffle sur Adam et il ne put se lever. Les sept archontes troublés lui demandèrent qui il était,
et Adam répondit qu’il était venu détruire leur ouvrage. Ils prirent Adam immobile et le placèrent dans le paradis, puis se retirèrent dans les
cieux.
9
Sagesse envoya sa fille, Eve comme instructrice, et elle fit lever Adam. Les autorités averties de ce prodige, revinrent souiller Eve afin
qu’elle ne puisse pas retourner vers la lumière, mais ils jetèrent un voile de sommeil sur Adam afin de lui faire croire qu’Eve était issue
de son côté.
Eve se cache dans l’arbre de la connaissance, et place son sosie auprès d’Adam. Les puissance souillèrent ce sosie et Eve conçut Abel du premier
Archonte .
10
Ainsi le premier Adam de la lumière est spirituel, il apparut au premier jour. Le second Adam est psychique, il apparut au sixième jour, auquel on donne le nom d’Aphrodite. Le troisième Adam est terrestre c’est l’homme-de –le-loi , il est apparut le huitième jour, après le repos de la pauvreté, celui qu’on appelle jour du soleil.
11
Les archontes annoncèrent à Adam et Eve que tous les arbres du paradis étaient à leur disposition, sauf celui de la connaissance dont la
consommation des fruits entraine la mort.
Alors survint le sage entre tous la « bête » qui fit part de la supercherie montée par les archontes afin de tenir les hôtes du paradis dans
l’ignorance.
On sait la suite.
12
Après quelques considérations et paraboles le texte s’achève sur une vision Apocalyptique d’un futur où l’univers en désagrégation
abandonnera peu à peu sa corruption pour retourner dans son néant primordial et enfin pur.
La descente de Jésus aux enfers
Faisant suite aux Actes de Pilate, ce texte est supposée être raconté par les fils jumeaux de Syméon. Composé au IVème siècle il puiserait ses sources dans des écrits du IIème siècle
1
Déjà très étonnés par la résurrection de jésus, les grands prêtres apprennent par Joseph, que les fils jumeaux d’un Syméon vivant à Arimathie
sont eux aussi revenus à la vie. Ayant confirmation les religieux demandent aux enfants d’écrire sous serment les circonstances de leur aventure.
2
Les frères affirment s’être retrouvés en enfers, où sont les « endormis depuis l’origine, et d’y avoir rencontré jean venu annoncé le salut
des croyants. Ils y ont également vu Adam et son fils Seth qui au seuil de la mort de son père avait demandé à Dieu l’huile destinée à oindre
son père et lui rendre ses forces. En réponse à cette demande Seth entendit l’ange du seigneur lui annoncé qu’il faudrait attendre 5500 ans après
la création du monde pour satisfaire à une telle requête.
3
A ce point du récit nous assistons à un dialogue entre Hadès et Satan. Ce dernier informe le gardien des enfers qu’il allait recevoir un
dénommé jésus, et qui prétendait ressusciter les morts et en conséquence pourrait vider l’enfer de ses occupants. Hadès fait renforcer les
défenses mais doute de réussir alors que Satan lui-même n’a pas réussi à empêcher la résurrection d’un certain Lazare.
4
Nous pouvons nous étonner de voir citer ici Hadès, dieu de la mythologie grecque. Il s’agit certainement d’une erreur habituelle des scribes
qui ont traduit la bible en grec, et qui ont traduit Shéol par Hadés. D’ailleurs le terme Shéol qui pourrait être traduit par « tombe de
l’humanité » ou « séjours des morts » est plus compatible dans le contexte, que le terme enfer associé à l’idée d’un séjour des damnés.
En effet comment expliquer, comme nous allons le découvrir, la présence des prophètes, des martyrs et de tous les ancêtres en enfer.
Comment également justifier que jésus y soit attendu comme un simple damné ?
5
Quoiqu’il en soit, malgré toutes les défenses, jésus fait éclater les portes de l’enfer, capture Satan et le donne à garder à Hadès qui
dépouillé de tous ses hôtes n’aura plus que çà à faire.
Hadès s’en prend à Satan et lui demande « Quel vice trouvais-tu en jésus pour désirer sa perte ? Comment as-tu osé lui nuire ?
6
Hadès apparaît ici comme un gestionnaire qui trouve que son commercial à mal jugé de la stratégie de développement. Il n’y a rien de satanique
en lui, et nous pouvons même le trouver moral. Satan lui-même est présenté comme un employé soucieux de remplir ses quotas.
7
L’enfer s’est vidé. Jésus a amené au paradis ses prophètes, ses martyrs et les ancêtres. Arrivés sur place les nouveaux venus s’étonnent de
voir deux vieillards qui du fait de leur présence n’avaient pas connu la mort. Enoch et Elie avaient été envoyés directement au paradis par
décision divine. Leur destin est d’y rester jusqu’à la fin des temps, et là ils devront affronter l’antéchrist. Ce dernier les tuera, puis après
avoir été ressuscités ils reviendront vers Dieu.
Un troisième personnage était également présent au paradis, le larron auquel jésus avait promis le paradis le soir même de son exécution.
8
Dès qu’ils eurent fini d’écrire leur texte, les jumeaux devinrent invisibles.
L'évenagile de Philippe
L’évangile débute par une succession de paragraphes courts du types paraboles et symboles dignes de la pensée de Lanza del Vasto . En d’autres termes le texte cherche à impressionner le lecteur de l’époque dans un style qui nous semble aujourd’hui si proche de la vanité qu’il déprécie le contenu du message.
1
Les archontes là encore cherchent à tromper l’homme qu’ils jugent meilleur qu’eux. L’insistance est mise sur la valeur du nom en général,
l’incommunicabilité du nom de dieu, et la falsification des noms dont se sont rendus coupables les archontes pour asservir l’homme.
2
La libération de l’homme signifierait pour les archontes et leurs troupes la fin des sacrifices d’animaux. Sans doute s’agit-il ici de l’animal
pris au sens de la matière animée corporelle et périssable, née de l’intervention hasardeuse des archontes.Plus loin il est clairement fait
mention de madeleine, compagne de jésus, qui l’accompagnait toujours.
3
Vient ensuite une comparaison entre la grande sagesse Achamoth et la petite sagesse Echmoth celle qui connaît la mort. Par cette
différenciation le discours semble vouloir indiquer que dans ce monde dans lequel nous vivons, création d’Ialdabaoth-saklas, subsiste
une part de la sagesse de Sophia, du royaume de Barbélô.
4
Nous revenons à Marie Madeleine « Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le seigneur l’aimait plus que tous ses disciples et
l’embrassait souvent sur la bouche.
Le mariage est présenté comme un grand mystère. C’est grâce à lui que persiste le monde et l’homme. Peut-être s’agit-il là du symbole plus que
d’un acte légal. En effet par le mariage autrement dit l’union homme femme, se reconstitue l’être androgyne qu’était l’homme primordial avant
que Ialdabaoth en décide autrement. Plus loin le texte confirme que la mort est la conséquence de la séparation d’Eve contenue dans Adam, et le
salut sera la réunion des deux êtres en un seul. « si la femme n’avait pas été séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme.
Sa séparation a été à l’origine de la mort… »
5
«Adam mangea de l’arbre qui engendrait les animaux, s’il avait mangé de l’arbre qui porte des hommes, alors les dieux adoreraient l’homme.
Nous trouvons là une référence à la matière, c'est-à-dire à l’incarnation. En choisissant l’arbre des animaux Adam s’est soumis à la loi animale,
celle qui exige le sacrifice, la mort inhérente à toute matière.
L'évenagile de Judas
L’évangile de judas n’a bien entendu pas été rédigé par judas, mais par un auteur faisant partie de la secte des caïnites qui elle-même fait partie du courant Ophite. Cette secte prend à contre-pied la doctrine de la bible et cherche ses modèles dans les figures maudites ou réprouvées de l’ancien testament. Ainsi Caïn est-il l’exemple parfait car en tuant son frère il s’est affirmé supérieur à un Yahvé sensé le protéger. Dans le même esprit les caïnites étaient des admirateurs des habitants de Sodome, et de Judas l’Iscariote.
Dans l’évangile de judas, ce dernier est sacrifié en faveur d’un destin supérieur au sien. C’est par le sacrifice de sa trahison que doit se réaliser la passion du Christ. Si Judas doit en payer le prix, la haine des autres, il en recueillera aussi les bénéfices car il sera initié aux grands mystères par jésus lui-même.
Les allusions gnostiques sont évidentes. L’Adam androgyne, prend ici le nom de l’Adamas des Naasséniens, des Ophites pur jus, et les Eons font
partie du jeu de la création. Douze Eons avec six paradis faisant soixante-douze cieux pour soixante-douze lumières.
Cette multitude
d’immortels est nommée Cosmos c'est-à-dire la-perdition-par le-Père et-les-soixante-douze-lumières. Ici c’est Saklas qui créé l’homme à son
image, modelant Adam et Eve dont le nom dans les nuages est Zoé.
L’évangile se termine sur la trahison de Judas, qui en contrepartie reçoit
sa récompense.
