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Le dico * page 1/3
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Tordesillas
Dernière révision
février 2010
Avant-propos
Ce dictionnaire en 3 pages est lié aux sujets traités dans nos pages, et apporte des informations complémentaires qu’il aurait été fastidieux d'évoquer dans nos articles. Il comprend aussi des définitions traitant de thèmes périphériques qui nous ont paru intéressants de mentionner dans le contexte. Il est complété par notre dictionnaire des utopies et dystopies .
Liste des mots de A à E
Abakua - Abraxa(s) - Adoptianisme - Aje - Aladura - Anabaptisme - Anaforuana - Angola - Anoméens - Ara - Asiento - Assen - Auroville - Awofaka - Axé - Ayahuasca - Bandeirantes - Baptisme - Batuque - Bisimbi - Bumba-meu-boi - Bosch - Bossale - Boto - Buchinengué - Cabildo - Cabinda - Cabocle - Cabula - Calandu - Candomblé - Cangaceiro - Canudos - Casuistique - Chiliasme - Césaropapisme - Caruanas - Codex - Codices - Congrégationalisme - Consubstantialité - Convince - Cosmogonie - Dème - Diloggun. - Docétisme. - Donatisme - Dystopie - Egungun - Eldorado - Emi - Enchantés - Encomienda - Enthéogène - Epiclèse - Episcopalien - Episcopalisme - Eschatologie - Eshu - Eunomiens - Exoucontiens - Accéder à la liste de F à N
Accéder à la liste de O à Z.
Définitions.
Abakua
Syncrétisme afro-américain présent surtout à Cuba, dont l’origine se situe parmi les peuples Ibos(1) du sud-est du Nigéria. Connue à Cuba sous le nom de
Nanigos la société Abakua repose sur un culte secret réservé aux seuls adeptes, culte fondé sur la légende de Sikan une princesse mise à mort pour
n’avoir pas su conserver le secret du poisson sacré incarnation du Dieu Abasi. La confrérie est autorisée par le régime cubain et certaines manifestations
publiques sont ouvertes aux profanes.
(1)Le terme Ibo ou Igbo est indifféremment utilisé bien qu'il semblerait que le mot Ibo soit le nom du peuple, et igbo la langue des Ibos.
Voir notre page "Abakua société secrète des Nanigos de Cuba">>
Abraxa-Abraxas-Abrasax
Abraxa est le nom de la capitale des fous dans l’éloge de la folie d’Erasme. Dans l’œuvre de Thomas More, Utopia, Abraxas est le nom d’Utopia avant
qu’elle ne soit colonisée par Utopus et qu’elle ne se détache du continent pour devenir une île. Dans le christianisme des premiers siècles, Abraxas ou
Abrasax étaient un démon considéré par la secte gnostique des basilidiens comme leur dieu suprême. Il était la
manifestation des 52 attributs des 7 éons, correspondant aux 364 jours de l’année, le 365éme n’étant pas précisé.(sans doute l’unité composée du tout).
Abraxas aurait représenté aussi les 7 lettres du nom de Dieu en Hébreu, les 7 planètes, les 7 jours de la semaine. Et dans la numérologie grecque son
chiffre correspondait à 365. Rien ne dit que le nom choisi par Erasme et More soit lié au gnosticisme, mais rien ne le contredit et en tous cas la
similitude interroge. De plus il est intéressant de remarquer qu’Abraxa avait un corps de chimère avec une tête de coq et des pieds de dragon. Etonnant
quand on remarque que le mauvais usage du mot utopie l’assimile à la définition de chimère.
Adoptianisme
Doctrine apparue dans le christianisme vers le IIIe siècle et qui prétendait que Jésus-Christ était devenu fils de Dieu par adoption lors de son baptême
dans le Jourdain. Cette croyance a été déclarée hérétique par le concile de Frankfurt en 794 sans toutefois avoir été totalement éradiquée.
Aje
Chez les yorubas du Nigéria l’Aje est le don de sorcellerie que chacun possède (ou non) à sa naissance. Pour les yorubas on ne nait pas
sorcier au sens où l’on serait de nature démoniaque, mais on nait avec un pouvoir que l’on utilisera pour le bien ou le mal selon ses propres penchants.
Pour essayer de comprendre ce qu’est l’Aje dans notre mentalité européenne entachée des images médiévales sur le sujet, nous devons plutôt nous approcher
de la notion de chance ou encore de celle qui fait que certains individus semblent être au bon endroit au bon moment et d’autres non. L’Aje est par
certains côtés la capacité accordée à un individu d’être en accord avec son être profond et agir en parfait synchronisme avec lui. C’est la foi en soi
qui soulève les montagnes, la maîtresse de la magie.
Aladura
Mouvement chrétien fondé chez les Yorubas du Nigéria dans un contexte général d’émancipation des églises noires qui rejettent la tutelle des églises
européennes. Aladura qui en Yoruba peut être traduit par «gens de la prière» émerge en 1918 alors qu’en réaction à la pandémie de grippe espagnole les
créateurs du groupe rejettent à la fois la médecine occidentale et traditionnelle africaine pour privilégier la prière comme médium de guérison.
Les promoteurs d’Aladura sont issus de l’église anglicane et incorporent des élément du pentecôtisme comme la glossalie, ainsi que quelques points de
la doctrine de l’église de Faith Tabernacle de Philadelphie, dont le refus du baptême des enfants. Aladura comme la grande partie des mouvements chrétiens
africains rejette les religions animistes africaines prétextant de leur nature maléfique. La plupart des églises aladura sont opposées à la polygamie.
Mouvement de prière et de renouveau spirituel Aladura va de 1918 à 1930 s’appeler successivement «Prayer Band» «Precious Stone» «Diamond Society» et enfin « Faith Tabernacle ». De 1931 à 1939 Faith Tabernacle va s’associer à l’église apostolique d’angleterre (England Apostolic Church) pour donner naissance en, 1942 à l’Eglise Apostolique du Christ (C.A.C. Christ Apostolic Church) qui sera la première église constituée issue du mouvement Aladura. De nombreuses autres églises vont émerger selon une double tendance, l’une pentecôtiste qui donnera en particulier la «Redeemed Christian Church of God», la «Mountain of Fire ministries» et la «Deeper Life Bible Church», l’autre tendance définie comme spiritualiste donnera l’Eternal Sacred Order of Cherubim and Seraphin (Chérubins et Séraphins) , Chruch of Lord, et la Celestial Church of Christ (Eglise du Christianisme Celeste. Contrairement a d'autres églises du renouveaux africain le mouvement aladura est peu impliqué dans la politique.
L' Anabaptisme
L’anabaptisme est une conception de la doctrine issue de la réforme qui consiste à n’accorder le baptême qu’aux individus en mesure de choisir, et donc
à ne pas baptiser les enfants. Le mouvement est né alors que les réformes de Luther et Zwingli n’avaient pas encore pris racine. Elles étaient portées par
Conrad Grebel qui voyait dans la volonté des réformateurs de rester soumis à une autorité politique, un non aboutissement du processus. Pour Grebel on
n'avait pas chassé le pape pour se soumettre à un prince ou un conseil municipal.
Le mouvement anabaptiste a été repris par un prêtre hollandais et sans être profondément transformé y perdra son nom. Désormais les anabaptistes seront
plus connus sous le nom de mennonites. C’est ce mouvement encore qui parti d’Alsace donnera naissance à une collectivité ultra conservatrice, Les Amish.
De doctrine identique les anabaptistes sont donc le courant euro-continental du processus alors que les baptistes, bien qu’inspirés par l’anabaptisme,
représente la version anglo-saxonne. Cependant les anabaptistes sont des non violents convaincus qui refusent la peine de mort et le service militaire, alors
que les baptistes n’adhèrent pas à cette non-violence.
L' Anaforuana
Les anaforuana sont des graphismes ésotériques que l’on peut assimiler aux firmas du Palo, aux pontos
de l’umbanda ou aux vévés du vaudou et qui dans
le culte Nanigos (Abakua)de Cuba font partie d’un ensemble se dessins symboliques faits à la craie jaune ou blanche appelés Ekeniyo.
Il existe trois types d’Ekeniyo. Les Gandos, les Anaforuanas ou Signatures, et les Seals . Les Gandos
dessinés sur le sol sont recouverts de différents objets de cérémonie. Les dignitaires de haut-rang se tiennent également au dessus de ces graphismes.
Les Anaforuana ou signatures représentent les hiérarchies constituant la structure Abakua et sont supposées oindre les objets rituels sur lesquels
elles sont dessinées. Les Seals représentent et identifient chaque association, soit une centaine rien que pour Cuba.
Angola
En dehors du pays africain faisant partie de l’ancien royaume Kongo , le mot Angola est utilisé comme adjectif de certains cultes afro-brésiliens comme le
candomblé pour spécifier l’origine bantoue, et en conséquence la vénération de Knisis (Inkices) la prédominance du culte des morts.
Anoméens
Courant du christianisme proche de l'arianisme dont les représentants Aèce d’Antioche (Aétiens) et Eunome
(Eunomiens). Ils considèrent que Dieu est inengendré et qu’en conséquence la triade est constituée du Père qui n’est qu’une
énergie issue de cet inengendré qui à son tour à donné le Fils qui à son tour à donné le Paraclet ou le consolateur qui selon le concept
orthodoxe est le Saint-Esprit. Les anoméens sont aussi appelés hétérousiens ou exoucontiens.
En résumé ils considèrent que le Père et le Fils sont de substance différente d’où leur nom 'anoméen' (substance différente).
Ara (Emi, Ori)
Dans les croyances des yorubas du Nigéria l’homme est formé de trois éléments. Le premier est l’Emi ou esprit. C’est lui qui nous permet
le dialogue interne c'est-à-dire la faculté d’interagir avec un milieu dont nous comprenons les codes. C’est Emi qui enregistre les souvenirs et stocke
les expériences de notre incarnation présente. Le deuxième élément est Ori, ou l’âme. C’est le siège de la sagesse c'est-à-dire des
savoirs résultant des expériences rencontrées dans nos vies antérieures. Les données d’Ori nous restent cependant inaccessibles jusqu’à notre mort. Le
troisième et dernier élément est Ara, notre corps physique qui reste le véhicule de notre incarnation et qui a notre mort devient un
Oku ou cadavre. A notre mort justement Emi et Ori désolidarisés d’Ara ne forment plus qu’une entité unique qui va soit rester en attente
de sa réincarnation (Atunwa) pour retourner vers le monde matériel ou Aiyé ou au contraire accéder a la demeure d’Orun et devenir un esprit pur compagnon
des orishas. Les entités retournant vers Aiyé seront séparées en deux sortes d’esprits. Ce seront des Omoluabi s’ils ont vécu
leur dernière incarnation de façon respectable et dans ce cas ils pourront devenir des esprits ancestraux vénérés. En revanche s’ils ont eu une
incarnation corrompue ou nuisible ils deviennent des Ajogun, des esprits obscurs porteurs de tous les maux qui frappent l’homme, la mort
(Iku), la maladie (Arun), l’avarice et la perte (Ofo), la haine, la malédiction (Epe), l’égoïsme, l’emprisonnement (Owon), l’abandon (Ofun), la solitude
et la paralysie (Egba).
Asiento
La traite des esclaves dans l’empire espagnol d’Amérique a d’abord été soumise à un système de licences gérées par « la casa de Contratacion » de Séville
qui de fait déterminait un quota annuel « d’importation ». Durant cette période les esclaves provenaient d’Espagne (Ladinos) et des factorias
portugaises en Afrique, particulièrement d’Angola (ex Kongo). Le Portugal aura l’exclusivité du trafic.
A partir de 1580 l’Espagne décida
l’application de l’Asiento. En droit espagnol l’Asiento (Charles Quint 1518) autorise l’état à passer contrat avec une personne physique ou morale
(Asentisia) afin de lui confier la gestion d’un service public en l’échange d’un droit d’exclusivité. C’est cette disposition qui est appliquée à
la traite des esclaves à partir de 1580. A cette date justement l’Espagne annexe le Portugal dont les habitants se retrouvent sujets
espagnols, et c'est le Portugal qui aura l’exclusivité de la traite jusqu’en 1640 date à laquelle la domination espagnole cessera. De 1641 à 1703 l’exclusivité
passe entre les mains de hollandais, puis de français de 1703 à 1713, des anglais de 1713 à 1759 et pour finir par échoir à des commerçants basques.
Cependant dès 1720 le trafic devient économiquement peu viable et se trouve concurrencé à la fois par la contrebande et un marché libre. En 1817
l’Espagne met fin officiellement à la traite marquant la fin de l’Asiento.
Assen (Ossoun)
Les Ossouns chez les Nagos et les Assens chez les Fons sont des cannes en fer représentant un ancêtre et qui servent également d’autel portatif. Chaque
Assen ne peut représenter qu’un seul défunt mais un défunt peut avoir de nombreux Assens. Pour les personnes importantes l’Assen est surmonté de motifs
faisant référence à la vie du mort. Ainsi l’Assen du roi Agonglo est surmonté d’un plateau sur lequel se trouvent un palmier et un ananas rappelant un
évènement particulier de sa vie où la foudre frappa un palmier sous lequel il s’était réfugié sans qu’il soit atteint. «La foudre tombe sur le palmier,
mais épargne l’ananas»
Auroville
Ville créée près de Pondichéry en Inde par Sri Aurobindo en collaboration avec Mère (Mirra Alfassa) dont l’objectif était d’offrir
un espace de vie ouvert à toutes les croyances, opinions politiques et nationalités. Inaugurée en 1968 Auroville est construite selon le principe de la
spirale galactique, avec dans son centre le « Matrimandir » considéré comme l’âme du lieu. La ville devait recevoir 50.000 habitants mais n’en compte
guère plus de 2000. Auroville est en soi une tentative de création d’une société utopique et ne semble pas échapper à l’écueil type auquel est confronté
ce genre de tentative, à savoir, l’impossible cohabitation avec la réalité.
Axé (Ashé)
L’axé (nom en portugais) ou Ashé est une énergie liée aux êtres ou aux objets, une sorte de force créatrice potentielle prête à agir sur ordre. Olodumare (Démiurge des Yorubas)
aurait créé le monde avec Axé principe qui rend possible le processus vital (E. de Santos). Cette force serait liée au sang des animaux sacrifiés (Thème
récurrent du lien entre le sang et l’énergie vitale et même l’âme, une des raison du refus des transfusions sanguines dans certaines sectes) . Axé
signifierait « commande » l’instrument par lequel la création est mise en mouvement. Pour Bastides Axé est le mana ou énergie vitale, pour Carneiro
c’est le fondement magique de la maison du Candomblé. Pour Verger il s’agit de la force sacrée liée à un Orisha, pour Castro ce sont les pouvoirs
agissant contre les forces maléfiques mais aussi les fondements magiques d’une maison de culte et enfin pour Ziegler ce sont les objets sacrés dotés de
force spécifiques.
Plus généralement l’axé est la tradition religieuse d’origine mythique ou réelle liée à un terreiro matrice de tous les autres.
Enfin l’axé est l’ensemble des terreiros.
Ayahuasca
L’ayahuasca est un breuvage composé de deux éléments actifs principaux issus pour l'un d’une liane, la Banisteriopsis Caapi , et pour
l'autre des feuilles d’un buisson proche du caféier, le Psychotria Viridis appelé aussi Chacuruna. Ce breuvage est utilisé en Amazonie
occidentale depuis le Venezuela en passant par la Colombie le bassin de l’Orénoque, les confins du Pérou et des états de l’Acre et de Rondônia au Brésil,
dans le cadre d’un chamanisme ancestral mais aussi dans celui des syncrétismes de cultures amérindiennes et de catholicisme.
L’ayahuasca est consommé
pour ses qualités hallucinogènes permettant d’atteindre des états de conscience élargis. Ces effets sont provoqués par les alcaloïdes ( harmine, harmaline,
tetrahydroharmine, harmol et dymethyltryptamine-DMT) présents dans la liane (Banisteriopis Caapi). L’autre apport majeur du breuvage est celui de la Psychotria
Viridis dont l’écorce contient une quantité important de DMT, un alcaloïde hallucinogène. D’une manière générale lorsque la DMT est ingérée, elle est
neutralisée par l’action d’une enzyme contenue dans le tube digestif humain, la Monoamine Oxydase (MAO). A son tour l’action de la MAO peut
être inhibée par l’absorption d’un antidépresseur inhibiteur de la MAO ou (IMAO). C’est exactement ce rôle qui est joué par l’harmine et l’harmaline
présentes dans la banisteriopsis.
Mot tiré du quechua, ayahuasca est aussi connu sous les noms d’ayawaska, jagé, caapi ou d’appellations métissées telles que la purga, la planta, la
santo-daïme , le végétal. Cette diversité de noms est inhérente à l’exposition de ce breuvage à de multiples groupes
sociaux et linguistiques avec pour conséquence attendue une grande variété de modes préparatoires du breuvage pour lequel on a répertorié près d’une
centaine de racines, feuilles, écorces potentiellement additionnables en fonction des recettes locales.
Indépendamment de ces particularités, l’absorption de l’ayahusaca est liée aux pratiques chamaniques dont l’objectif primordial est avant tout de guérir.
Le chaman amazonien (le pagé ou pajé) est avant tout un curandero , un guérisseur. C’est par la transe provoquée par la liane qu’il contacte
les esprits des végétaux et des animaux, esprits qui l’éclairent sur la maladie de leurs patients et lui indiquent souvent le type de plante à utiliser et
la façon de les préparer pour obtenir la guérison. Certains chamans ne soignent qu’avec l’ayahuasca (ayahuasqueros) qu’ils font aussi prendre à leurs
malades pour qu’eux-mêmes visualisent leur mal et s’en débarrassent. L’ayahuasca contient des substances vomitives destinées à nettoyer le corps et
d’ailleurs la diète, complément préconisé dans toute cure, est pratiquée par le chaman d'abord pour nettoyer leur corps, mais aussi pour éviter toute interférence potentiellement dangereuse
entre les produits ingérés et certains aliments. D’autres techniques prophylactiques
sont parfois adjointes aux traitements comme la "chupada" , une pratique qui consiste pour le chaman à aspirer (chupar) le mal, ou au
contraire la "soplada" où le curandero souffle sur le malade de la fumée de tabac ou de l’Agua Florida, une sorte d’eau de Cologne,
ou même de l’eau bénite.
L’énergie des végétaux sera amplifiée par des prières et des chants lors de la préparation du breuvage et durant les séances de guérison ( "Icaros" dans le chamanisme et "Hinarios" dans la Santo-Daïme). En raison de l’interpénétration du chamanisme et du christianisme ces prières sont souvent adressées à Dieu ou à des saints catholiques, mais en l’absence de syncrétisme ce sont les entités de la nature qui sont invoquées (Tucum, Currupipiragua etc…) Au cours de la séance le chaman va faire absorber l’ayahuasca à son patient pour que ce dernier atteigne un état dit de "Mareacion" une forme de transe aussi appelée "Miraçao", (vision, mirage, dans la Santo-Daïme) ou "Borracheira" (force étrange dans l’UDV). Les chamans considèrent qu’il existe deux sortes de maladies. Les maladies normales envoyées par Dieu (Mal de Dios) et les maladies anormales envoyées par les sorciers, les maladies des gens (Mal de Gente)
Le chevauchement des cultures amérindiennes et européennes a abouti à des syncrétismes qui ont fait adopter au chamanisme des pratiques et croyance
chrétiennes et au christianisme des aspects cultuels animistes, dans un contexte de la quasi absence de l’influence africaine par ailleurs dominante. Du
reste l’utilisation même de psychotrope pour parvenir à la transe est culturellement étrangère aux apports africains.
L’expression la plus aboutie du processus syncrétique apparaît dans le culte de la Santo-Daïme né dans l’état
d’Acre au Brésil. Mélange de croyance et de rituels catholique et animistes ce culte fait de l’ayahuasca la pierre maitresse de ses pratiques à telle
enseigne que le nom de santo-daïme désigne aussi bien la religion que le breuvage hallucinogène lui-même. (voir notre page santo-daïme pour plus
d’informations) . Née en concomitance avec l’effondrement du marché amazonien du caoutchouc, le culte s’est diffusé avec l’émigration économique,
d’abord au Brésil puis aux Etats Unis et en Europe, soit directement en temps que Santo-Daïme ou sous le nom d’une de ses deux émanation l’ UDV
(Uniao do vegetal) ou de la Barquinha (la petite barque en portugais). Bien que l’utilisation de la liane n’entraine pas de phénomène
d’addiction, son inscription au tableau des stupéfiants de nombreux pays pose un problème à la diaspora. Cependant son utilisation est dépénalisée depuis
peu au Brésil et aux USA.
L’ayahuasca ne doit pas être confondue le jurema un autre psychotrope issu d’un végétal utilisé dans le chamanisme
brésilien du Nordeste. L'ayahusaca est cependant parfois utilisé avec le jurema afin d'apporter à ce breuvage les IMAO présents dans la Banistreriopsis.
Bandeirantes
Les bandeirantes étaient une sorte de milice qui avait la charge de pénétrer l’intérieur des terres pour y soumettre les indiens à l’esclavage d’une
part, et découvrir des richesses minières à exploiter d’autre part. Les incursions entreprises relevaient soit de requêtes officielles (Entradas)
soit d’initiatives privées (Bandeiras) , et c’est de ce second terme que provient leur nom. Dès le XVIème siècle sous
l’instigation de Bartolomé de Las Casas et plus généralement la pression des dominicains, le pape Paul III émis (1531) une bulle restaurant la liberté
des indiens esclaves, et en 1543 le gouvernement espagnol édicta des lois destinées à restreindre la possession d’esclaves indiens, interdisant en
particulier toute nouvelle mise en esclavage de ces indigènes. Bien que ces lois aient mis du temps à être inégalement appliquées elles contraindront
finalement les bandeirantes à se reconvertir en chasseurs de nègres marron.
Du côté brésilien si les bulles papales avaient leur mot à dire, la politique et la minuscule part du gâteau sud-américain laissée au Portugal
changeaient la donne. Sao Paulo et Para à l’embouchure de l’Amazone devinrent les quartiers généraux de véritables armées qui pénétraient à l’intérieur
des terres pour capturer les nouveaux esclaves dont l’économie avait besoin. Le gouvernement portugais restait très favorable à cette pression qui
permettait de contourner la ligne de démarcation imposée par le traité de Tordesillas , et d’étendre la présence brésilienne
en zone espagnole.
En 1629 les Paulistes (venant de Sao Paulo) s’attaquèrent aux missions que les jésuites avaient développées chez le Guaranis au
Paraguay (Actuel) ne laissant plus que deux missions sur les douze principales. Les rescapés menés par le père Montoya s’enfuirent en Argentine pour y
développer de nouvelles communautés. A nouveau traqués, le père Montoya se rendit en Europe et obtint du pape Urbain VIII que soient exercées des menaces
envers les esclavagistes, et de Philipe IV l’autorisation d’armer et d’entrainer les indiens au tir au fusil. En 1651 les Bandeirantes furent défaits par
les indiens christianisés, et se retournèrent alors vers les missions de Chiquito en Bolivie du Sud. A nouveau repoussés ils ne tentèrent plus d’incursion
dans ces régions. Ce sont également les bandeirantes qui vont être en charge d’éliminer les quilombos de Palmarès qui
durant des décennies serviront au Brésil de refuges aux nègres marrons. On estime à près de deux millions le nombre d’indiens capturés et soumis à
l’esclavage durant la période d’exaction de ces bandes. Nous ne connaissons pas de comptabilité des nègres rattrapés.
Le Baptisme
Le baptisme est un mouvement qui trouve ses sources chez les anabaptistes ( rebaptisants) et leurs héritiers les mennonites. La première église
se définissant comme « baptiste » a été fondée en Angleterre par le puritain Thomas Helwis en 1612. A la suite des persécutions subies par les puritains,
les baptistes, comme d’autres, ont émigré vers l’Amérique du nord. Retrouvant les mouvements mennonites originellement anabaptistes, ils ont fondé les
églises baptistes en Amérique.
Les baptistes comme les anabaptistes considéraient que devenir chrétien était un choix, et que pour concrétiser ce choix
par le baptême on doit être adulte.
Batuque
Le Batuque est d’abord une danse mêlée de chants pratiquée au Cap Vert. Le Batuque est également le nom donné par les portugais à l’ensemble des danses
afro-brésiliennes telles que la samba, rumba, mambo, jongo. Plus couramment le Batuque est le nom donné au Brésil principalement dans le Rio Grande do Sud
aux cultes afro-brésiliens (principalement le culte des Orixas) tout comme le nom Candomblé est utilisé dans le reste du pays. Ce nom s’est étendu aux pays
voisins, Paraguay et Argentine. Comme le Candomblé les sources du Batuque varient selon les nations qui en sont à l’origine, à savoir les
Fon du Bénin (Dahomey) les Yoruba du Nigéria et les bantous du Cabinda (Angola).
Le nom viendrait du portugais « bater » signifiant battre, en référence aux percussions.
Bosch, Buchinengué
Les Boschs sont des peuplades qui au Surinam descendent des noirs qui pour fuir l’esclavage se sont réfugiés en forêt où ils se sont regroupés en communauté afin
d’organiser leur survie. Ils sont une composante de ce que l’on appelle les Bushinengué ou « hommes des bois ». Il existe divers mouvements ayant concourus à la
formation de ces quilombos devenus ici des « républiques », mais la trace la plus distincte de cette formation est celle qui a amené la
constitution du groupe des Saramaca. Vers1660 une communauté du juif bahianais fuit le Brésil pour échapper à l’inquisition et se réfugie au Surinam. Ce sera
pour échapper à la capitation que les esclaves seront cachés en forêt le temps que passe l’inspecteur du fisc, mais ils disparurent pour la plupart et formèrent
le groupe qui deviendra celui des Saramaca et garderont de leur origine une relative influence de langue portugaise. Durant plus de cent ans divers groupes vont
ainsi se former autour de quilombos et finiront par arracher à l’état hollandais la constitution de royaumes ou républiques jouissant d’un statut
autonome. Ces républiques ouvertes à tous fuyards tenteront de reconstruite la forme sociale africaine. Six royaumes obtiendront cette autonomie formant
les communautés Saramaca, Djuka, Paramaka, Matawaï, Aluku, Kwinti. Aujourd’hui la dénomination Djuka a pour les gens des villes ou de la côte une
signification péjorative assimilable à « plouc » et attribuée indifféremment aux vrais communautés djukas ou aux autres. Les Aluku (Bonis) vivent
aujourd’hui en Guyane française. Les Boschs ne doivent pas être assimilés avec les Para-créoles ou Parans créoles qui sont
des esclaves rendus à la liberté lors de la fin de l'esclavage au Surinam en 1863, même s'ils semblent partager le culte des winti.
Bossale
Ce terme est appliqué dans les Amériques aux esclaves nés en Afrique par opposition aux esclaves nés en Amérique, les créoles.Dans le culte
Winti un dieu bossale est prépondérant
sur les dieux créoles du fait de sa naissance. Il ne faut pas oublier que dans les croyances de l’Afrique de l’est, les dieux ne sont pas seulement attachés à
des manifestations ou des créations naturelles, mais ils peuvent aussi être des ancêtres mythiques ou historiques ayant acquis par leur importance pour
l'ethnie et parfois même pour le lignage familial un statut divin.
Boto
Le Boto est une espèce de dauphin d’eau douce endémique au bassin de l’Orénoque et de l’Amazone. Appelé Dauphin rose d’Amazone (inia geoffrensis) il ne
doit pas être confondu avec le Sotalie d’amazone ou Tucuxi. Le boto est au centre de la légende amazonienne des enchantés
où après s’être transformé en être humain à la nuit tombée il devient le grand séducteur de ces dames. La légende veut également que si l’on regarde le
boto dans les yeux on fera des cauchemars toute sa vie. Ces légendes donnent lieu à une commercialisation des fétiches protecteurs supposés venir du boto
mais qui sont en fait élaborés à partir du Tucuxi ou même de cochons ou de moutons.
Consulter aussi cette excellente présentation : www.dauphinlibre.be/boto.htm
Bumba-meu-boi
Le bumba-meu-boi est une manifestation folklorique qui tourne autour d’une histoire sarcastique concernant la mort et de la résurrection d’un bœuf. (boi). Ayant eu la langue coupée par un employé de ferme cédant à une envie de sa femme enceinte, un bœuf est déclaré mort par un docteur ignare qui lui écoute le cœur à la hauteur du derrière. Un pagé (chaman amérindien) convoqué à son tour ressuscite l’animal qui n’était jamais mort. A l’origine cette légende ibérique destinée à lutter contre le paganisme dont le bœuf est un symbole puissant (Apis, Mithriacisme…) est récupéré par les jésuites pour servir de support à l'évangélisation des indigènes et des esclaves noirs. Ici on ne sait pas très bien qui est ridiculisé, le médecin ou le pagé ? Le Bumba-meu-boi s’est développé dans le Nordeste du pays puis dans tous l’état d’Amazonas où chaque année ont lieu des festivités dans la ville de Parintins. Cette fête répandue dans tout le Brésil y prend des noms différents. Le bumba-meu-boi du Maranhao, Rio Grande do Norte et de l’Alagoas devient le boi-bumba au Para et en Amazonas, le boi-calemba ou bumba au Pernambouco, le bumba ou folguedo-do-boi au Minas Gerais ou à Rio, le boi-de-reis en Espirito-Santo etc…A San Luiz de Maranhão la fête se situe en juin et juillet.
Cabildo
Littéralement le cabildo est en Espagne le ‘conseil municipal’ dont le principe transposé en Amérique est la colonne vertébrale du système. Ce qui nous
intéresse ici est le cabildo aussi appelé « Cabildo nacion » qui lui est une pièce maitresse dans le dispositif de la traite des esclaves. Le cabildo est
d’abord une infirmerie chargée de remettre en état les esclaves ayant soufferts de la traversée transatlantique. Sur le principe des fraternités espagnoles
(cofradias) il s’agissait également de regrouper les esclaves selon leurs origines ethniques et ceci en contradiction avec la disposition de l’état colonial qui veillait à préférer
la division pour mieux régner. La corrélation nation-origine était relativement aléatoire du fait que les esclaves prenaient souvent les noms des ports
africains où ils avaient été embarqués. Ce sont ces nations qui vont permettre la transmission des traditions et des croyances africaines qui donneront
naissance en fusionnant avec le catholicisme aux nombreuses religions syncrétiques afro-américaines. Le premier Cabildo répertorié, serait le Calbildo
Shango de la Havane (1568).
Cabinda
Le Cabinda est un pays africain enclavé entre l’océan et les deux Congo et actuellement occupé par l’armée angolaise. De culture bantoue les Cabinda pratiquent
le culte des knisis (Inkices) avec une forte présence du culte des Eguns (morts) qui sont à différents titres et sous différentes formes des assistants mis à
disposition des vivant au travers d’une hiérarchie de spécialisation des pratiques de magie blanche et noire. Les rituels Cabinda son effectués en langue
Kimbundo, deuxième langue parlée en Angola, et en Kikongo parlé dans une partie du Congo. Dans le Batuque sud-américain la nation Cabinda vénère tout
naturellement les Knisis mais également les Orishas apportés par la nation Ijexa. Cette nation à en particulier adopté le Xango des
Yoruba. En revanche l’Orisha Exu (Eshu) qui préside à l’ouverture des rituels dans la plupart des syncrétismes devient Bara Elegba. Le
candomblé attaché aux racines identiques prend le nom plus généraliste de candomblé bantou (Angola, Congo).
Cabocle (Caboclo en portugais)
La définition du terme cabocle est suffisamment incertaine pour que le mot ne soit pas retenu par l’anthropologie. A l’origine cabocle aurait été utilisé pour
distinguer en Amazonie les indiens civilisés des autres indiens. Mais déjà il semble que l’on retienne souvent comme critère de civilisation le fait d’être
christianisé, ce qui dans le contexte envahisseur des débuts de la colonisation et donc de l’évangélisation peut s’expliquer.Plus généralement le terme Cabocle
est utilisé pour désigner les métis d’indiens et de blancs, et ultérieurement d’indiens et de noirs, mais également pour caractériser des paysans à la peau
burinée. Le mot viendrait de la langue Tupi, soit de « Cab-boc » qui voudrait dire qui vient de la forêt, ou de « Kabi-boca » « fils de l’homme blanc » et en
tout état de cause le mot devrait perdre son « L » pour être prononcé Caboco. Au Brésil comme dans d’autres pays de la région les métissages ont des noms très
précis selon la nature et même le degré des mélanges. Cariboca, curiboca, mameloucos (mamelouk) sont entre autres des termes pouvant être plus précis que
cabocle (caboclo) qui pourrait, mais sous réserve, se résumer à définir toute forme de métissage partant d’au moins un ancêtre amérindien.
Lévi-Strauss nous précise (Tristes tropiques) que le terme Caboclo correspond à un métissage de blanc et d’indien, celui de Mestiços à un croisement de blanc et de noir,
et Cafusos à un mélange d’indien et de noir.
Le terme cabocle apparaît dans diverses religions syncrétiques pour définir certaines divinités ou entités indiennes qui ne sont pas obligatoirement métissées. Par exemple ce qui fait la particularité du candomblé cabocle par rapport au candomblé Ketu, jéjé, ou Angola, c’est le fait d’invoquer en plus des entités africaines, les esprits indiens ( Tupi-Guarani ). Dans l’Umbanda les cabocles sont les entités qui dépendent de la ligne de l’Orisha Oxossi, dans la pagélance le terme cabocle est utilisé pour marquer le passage d’une pagélance rurale théoriquement indienne à une pagélance urbaine métissée par ses apports étrangers. Selon les cas le terme cabocle est donc utilisé pour indiqué la perte de qualité purement indienne, ou dans d’autres cas pour signaler la qualité indienne même métissée par opposition a une nature africaine.
Au brésil il existe une journée des cabocles le 24 juin.
**Voir notre page "Le Candomblé cabocle">>
Cabula
La Cabula est un culte afro brésilien d’origine bantou, une fraternité consacrée à l’invocation des esprits du kongo par le moyen de la transe
(évanouissements, syncopes). On en retrouve la présence dans l’état d’Espirito Santo où l’on décomptait près de huit mille initiés au début du 20ème
siècle. Les initiés ou «camanas» se réunissaient sous la direction de l’ «embanda» ou chef de culte assisté d’un «cambone» ou apprenti, lors de cérémonies
appelées «mesas» (tables). Les réunions se tenaient en pleine nuit soit dans un bâtiment prévu à cet effet (camoucite) ou temple, soit directement dans
la forêt (mata). Lors de ces cessions les initiés invoquaient Calunga (la mer), Tata un esprit bénéfique qui s’incarne dans les individus pour leur
apporter son aide, et les Baculos ou ancêtres qui eux ne s’incarnent jamais.
Les cérémonies sont rythmées par des chants et des claquements de mains.
Le but est d’acquérir le nom d’un ou plusieurs esprits protecteurs (Santé ou Tata). Cette révélation passe par l’épreuve de la bougie. Le requérant entre
dans la forêt avec une bougie éteinte sans rien prendre pour l’allumer et doit ressortir avec cette bougie allumée et il rapporte ainsi le nom de son
esprits protecteur (Tata guerrier, Tata fleur de Calunga, Tata brise-montagnes..)La Cabula est proche de la Macumba carioca et de l’Omoloko.
Calandu
Terme d’origine bantoue qui servait dans le Brésil du 18ème siècle à désigner les pratiques religieuses des esclaves. Le calundureiro était le
pratiquant des cultes africains. Les rituels se caractérisaient par les percussions de tambours sacrés et la communication avec les esprits qui
s’exprimaient par la bouche des possédés.
>liste>
Candomblé
Nom donné aux cultes syncrétiques afro-brésiliens relevant d’un même type de pratiques cérémonielles et de rapports aux entités divines ou spirituelles
africaines. Il existe trois grands courants qui se sont construits sur les « nations » qui elles mêmes sont issues du regroupement des esclaves par
identité de langage afin de faciliter leur évangélisation. Le candomblé Ketu ou Nago utilise la langue des yoruba
(Nigéria) dont les Orishas sont les divinités. Le candomblé Angola ou Batuque utilise les langues bantoues et
principalement le Kikongo et Kinbundo et vénère les knisis (inkices). Enfin le candombléJéjé, autrement
dit étranger qui utilise la langue Gbe des populations Fon du Bénin et vénèrent les voduns. Le candomblé
cabocle construit principalement construit autour du culte Angola ajoute a son panthéon et ses rituels la vénérations des
esprits amérindiens. Il existe d’autres religions afro-brésiliennes qui ne sont pas assimilées au candomblé, à savoir, la
Macumba, l’Umbanda et Quimbanda, l’Omoloko. Chaque individu possède son entité
avec laquelle il communiquera lors des cérémonies par la transe obtenue par la musique, et les offrandes de mets, parfums, port de vêtements exclusif de
l’Orisha appelé.
Plus d’information, voir notre page Candomblé et Candomblé Cabocle
Cangaceiro
Le cangaceiro est un bandit du sertao, région du Nordeste brésilien, dont le nom vient de «canga» le joug, par
allusion à l’aspect toujours lourdement chargé en arme de ces personnages. Le cangaceiro est avant tout un bandit qui agit
pour son propre compte contrairement au jagunço ou capanga qui est au service d’un grand propriétaire.
Cependant les cangaceiros ont aussi parfois constitué leur bande autour de la défense d’intérêts privés, particulièrement lors
de problèmes générés par des successions familiales.
Comme souvent au Brésil une définition locale suit sa propre vie.
Ainsi partant du pur banditisme le cangaço (terme signifiant le banditisme du Nordeste) va se revêtir d’une aura à la
Robin des bois jusqu’à voir dans le cangaceiro un justicier prenant au riche pour donner aux pauvres. Cette perception
poétique d’un phénomène social va être immortalisée sous une forme de chanson de geste, le cordel. De la même
manière le cangaço va souvent être utilisé par des courants politiques qui chercheront dans son histoire les prémices des
lutes sociales. Le capanga (garde du corps) le cabra (homme-lige) le jagunço ( mercenaire) sont des synonymes auquel sont
donnés parfois des sens spécifiques différents, c’est pourquoi cet article se borne à donner des généralités sans aller dans un
détail qui à lui seul nécessiterait une étude complexe pour attribuer des sens exacts en fonction des régions.
Canudos (Guerre des..)
Article totalement révisé le 8/12/2010
La guerre des Canudos n’était pas un évènement inéluctable dans la biographie du Brésil. Les rancœurs les amertumes peuvent vivre longtemps traversant
des générations en s’inscrivant dans la fatalité sans que jamais les victimes ne relèvent la tête. Mais parfois contre toute attente une petit goute en
trop va transformer un mélange resté longtemps inerte en masse explosive. Cette petite goute fut ici la naissance de la république. En cette fin de
19em siècle, depuis près de vingt années, Antonio Vicente Mendes Maciel dit le Conseiller parcourt le Sertao brésilien
construisant églises et cimetières et annonçant la très prochaine fin du monde. Avec de nombreux adeptes il s’installe dans la vielle fazenda de Canudos
qu’il rebaptisera Belo Monte et sera peu à peu rejoint par une population hétéroclite de laissé-pour-compte, déshérités et même de bandits de grands
chemins (Cangaceiros).
Les choses auraient pu en rester là -une communauté mi-utopique mi-messianique en attente du retour de son messie et de son apocalypse salvatrice- si
la nouvelle république, et ses lois franc-maçonnes, interprétées de manière équivoque n’avaient libéré les frustrations enfouies dans des siècles
d’humiliations et de brimades pour les faire surgir dans une apothéose rédemptrice qui rendait à chacun son honneur en même temps qu’une promesse
de salut.
L’histoire a souvent de ces enseignements surprenants où les péchés commis par les uns, ici la monarchie et ses délégués en
terres conquises, vont retomber sur la tête de ceux qui ont brisé ces chaînes séculaires, en l’occurrence la république. Bien sûr tout n’est pas noir et
blanc et le nouveau régime laisse déjà deviner ses nouvelles formes d’autoritarisme, mais nous n’en sommes pas encore là et les lois «maçonniques»
suffisent à faire naître l’équivoque.
En premier lieu la création du mariage civil et le passage de la gestion des cimetières au domaine public sont
vécus comme une insulte à Dieu. Mais la plus grave offense à la divinité se situe là où on l’attendrait le moins de nos jours, dans l’impôt. Jusqu’à
lors l’impôt était la dîme, autrement dit une somme versée pour Dieu et certainement pas à ces franc-maçons antis cléricaux. Ainsi à Canudos les
jagunços ne paieront pas l’impôt, continueront à gérer leurs cimetières, refuseront l’utilisation de l’argent de la république. Ils ne se soumettront
pas non plus au recensement où doit être spécifié la race et la religion car à coup sûr il s’agit d’établir des listes répressives. Enfin et pour faire
bonne mesure ils attendront le retour de la dynastie de Bragance dans une forme de sébastianisme de substitution. A Belo
Monte c’est clair, pour tout le monde la république est l’antéchrist annoncé avant la fin du monde.
En attendant que le Sertao soit recouvert par
les eaux, la république se doit de réagir à cette rébellion qui bien que mineure risquerait de s’étendre aux nostalgiques de l’empire et même trouver des
alliés dans une Angleterre toujours à l’affut d’un rétablissement monarchique. Ce sera seulement en 1897 à la quatrième expédition que l’armée viendra à
bout d’une communauté qui plutôt que de se rendre périra dans sa quasi-totalité. Le 30 septembre de cette année 97 le conseiller est déjà mort depuis
quelques temps d’une dysenterie. Son corps sera exhumé par les vainqueurs et sa tête tranchée pour être envoyée à Bahia comme sujet d’étude afin de
savoir où se situait dans son cerveau le siège du fanatisme et de la folie.
Cette histoire qui s'inscrit dans les courants messianiques est reprise par Euclides da Cunha dans son livre « les hautes terres » dont à son tour l’écrivain Mario Vargas Llosa s’inspirera pour écrire « la guerre de la fin du monde » . Dans son roman Vargas Llosa met l’accent sur une Angleterre menaçante pour la république alors que d’autres sources indiquent au contraire que l’Angleterre soucieuse de ne pas être entravée dans son commerce, fait pression sur la république brésilienne pour qu’elle mette en terme à l’affaire.
Caruanas (en portugais)
Dans la pagélance,les caruanas sont des entités faisant partie du royaume de enchantés dont la fonction est de s’incorporer aux chamans pour
les aider dans l’accomplissement de leur tâche au cours de cessions. Ils sont appelés également guias (guides) ou « cavalheiro » (monsieur).
Casuistique
La définition la plus courante du terme est «Partie de la théologie morale qui s'occupe des cas de conscience». Avec ça on a tout compris! D’autant plus
que tout en théologie nous parait être un cas de conscience ou du moins soumis à notre conscience. En fait la casuistique est en théologie, morale et
éthique principalement, l’ensemble des règles générales à adopter face à un cas bien défini. Ceci revient à résoudre des cas concréts en leur
appliquant des principes moraux. Comme le signale Saint Augustin dans ses traités sur le mensonge, la casuistique consiste à savoir si la bonne intention
excuse la faute. Par exemple, quelle doit être notre attitude face au commandement «tu ne tueras point» dès lors que nous sommes confrontés à des cas
particuliers comme la guerre, la légitime défense, l’euthanasie destinée à abréger les souffrances et même l’avortement d’une gamine de 11 ans violée par
son beau-père. C’est le rôle de la casuistique que de répondre à ces différents cas précis pour en tirer des règles générales et créer en quelque sorte
une jurisprudence permettant de guider chacun dans la voie de la morale de l’éthique et de sa religion.
Comme on peut s’en douter la casuistique amène à
démontrer tout et son contraire avec le risque de vouloir faire coïncider les solutions pour satisfaires aux diverses formes d'intérêts du moment.
Ainsi l’interdiction de tuer, qui devrait être inaltérable au simple regard d’une logique religieuse ou humaniste, devient moins affirmée dès
qu’il s’agit de défendre l’autorité en place, poursuivre un Satan caché dans les sorcières, ou éliminer les concurrences hérétiques. Par certains côtés
la casuistique se révèle comme un des summums de la manipulation des consciences.
Par extension le terme s’applique au domaine du droit, de la médecine,
et de la psychologie qui cherche établir des principes de solution générales au travers de l’étude de cas concrets.
(Un des commandements de la force armée de l’Holy Spirit Mobile Force en Ouganda, interdisait de tuer, ce qui pour une armée est gênant. Mais colossale
subtilité pour passer outre le tabou, il fut révélé que ce n’étaient pas les soldats qui tuaient des ennemis, mais les esprits qui les habitaient.)
Le Césaropapisme
Le césaropapisme est la disposition du pouvoir temporel à exercer également le pouvoir religieux. Tiré de la coutume romaine datant d'Auguste, c'est avec
Constantin que le césaropapisme a repris coprs.
Codex (Codices)
Le Codex est un manuscrit présenté sous la forme d’un parallélépipède rectangle, autrement dit sous la forme d’un livre telle que nous la connaissons
aujourd’hui, soit un ensemble de pages reliées entre elles. Il apparaît au Ier siècle de notre ère et se substitue aux rouleaux jusqu’à lors utilisés
comme supports à l'écriture. Fait en parchemin au début, il sera fait de papier à compter du XIIIème siècle. Le codex forme son pluriel en « codices ».
Congrégationalisme.
Le congrégationalisme est un système de gouvernance apparu dans les églises protestantes qui confère le pouvoir à l’assemblée des fidèles, et non à une
hiérarchie ecclésiale. En majorité les églises congrégationalistes sont donc totalement indépendantes les unes des autres même au sein d’un même mouvement
comme par exemple le pentecôtisme. Le congrégationalisme tire ses origines d’une part du puritanisme anglais qui voulait installer une
église détachée de toute hiérarchie épiscopale et de l’anabaptisme continental qui n’avait pas adhéré à la réforme pour mettre le
pouvoir religieux dans les mains du conseil municipal. D’une certaine manière le congrégationalisme dans l’esprit du puritanisme qui l’a conçu est une
forme d’émancipation des pouvoirs religieux et politiques pour installer une démocratie dans ces deux domaines et l’Amérique du nord est devenue son champ
d’expérience. Le congrégationalisme ne doit pas être confondu avec le presbytérianisme qui confère le pouvoir à une assemblée
synodale représentative élue, et bien sûr s’oppose à l’épiscopalisme qui fut l’ennemi à abattre.
Consubstantialité.
La consubstantialité est une doctrine christologique issue du concile de Nicée en 325 et qui définit que Jésus Christ par rapport à Dieu, autrement dit
le Père et le Fils sont de même substance (homoousios). A l’opposé l’arianisme considérait que le père et le Fils étaient de substance différente
(anomoios) tandis que d’autres plus subtils, pour ne pas dire incompréhensibles, voyaient entre les deux une substance semblable mais non identique
(homoiousios). Magnifique thème de discussion d’une église naissante déjà incapable de fournir des preuves historiques indéniables de l’existence d’un
Jésus Christ (personnage incertain et en tous cas historiquement mineur) et qui se basant sur des écrits contradictoires, concurrentiels même, entend à
des siècles de distance et sur la foi du simple raisonnement déterminer la nature du lien qui existait entre ce quasi inconnu Jésus et ce grand inconnu
et inconnaissable Dieu. Quand par l’opération du Saint Esprit viendra la question des relations trinitaires Père-Fils-Saint-Esprit les mêmes artifices
serviront à alimenter les mêmes certitudes et creuser les infranchissables fossés qui feront de la chicane de l’argutie et de l’intolérance le nouveau
dogme trinitaire.
Convince.
Vielle forme de Myalisme existant à Saint Thomas en Jamaïque aussi appelée Bongo qui consiste à envoyer des sortilèges en se servant
d’esprits mis à disposition du sorcier. Il s’agit aussi de considérer que le monde des esprits ou fantômes est là pour aider les vivants avec lesquels
ils ne font qu’un. Certains esprits sont d’origine africaines et d’autres viennent d’esclaves marrons. Lors des cérémonies les adeptes possédés par les
esprits adoptent les manies et attitudes de ces derniers, boivent, fument draguent et peuvent même enlever des personnes et aller jusqu’au meurtre.
En savoir plus sur l'Obeah et le Myal
Cosmogonie.
Science qui étudie les systèmes de formation de l’univers ou encore légende, récit ou mythe qui en propose sa propre version sous forme directe ou allégorique.
Ainsi la mythologie grecque est en grande partie une cosmogonie ainsi que le livre de la genèse. La cosmogonie ne doit pas être confondue avec la
cosmologie qui est la science qui étudie les lois générales et la structure de l’univers, ni avec la Théogonie qui concerne la généalogie des dieux même
si parfois comme dans la mythologie grecque la Théogonie est une cosmogonie se servant pour sa démonstration des images anthropomorphisée des divinités.
Dème
Le dème est une division administrative de base de la société grecque qui correspond en gros à nos communes, le maire en étant le démarque. Le dème gère
les finances publiques, le cadastre, la police, le culte, et l’état civil. Dans la hiérarchie démocratique nous trouvons d’abord l’individu, puis le dème,
la trittye, la tribu, et enfin la cité.
Diloggun
Le Diloggun est un système de divination largement emprunté aux babalawos les prêtres de l’Ifa et qui est aussi utilisé dans la santéria. Il s’agit de jeter 16 cauris à
deux reprises et selon le nombre de cauris dont le côté ouvert est tourné vers le haut ou au contraire vers le bas le devin détermine quel est l’Oddu
qui correspond à l’objet de la consultation. Il existe 256 oddus possibles.
Docétisme
Le docétisme est une croyance apparue dès le début du christianisme selon laquelle Jésus n’avait pas de corps terrestre mais était seulement une apparence,
une sorte de corps astral. De ce fait certains courants du docétisme nient l’Ascension et la Résurrection de Jésus et même la réalité de sa souffrance en
croix. Le docétisme tire ses arguments du gnosticisme fortement présent à l’époque, et pour lequel le monde, et en conséquence la matière, était la création
d’un Dieu inférieur (Yahvé) dont la nature véritablement divine de Jésus ne pouvait s’accommoder.
Donatisme
Le Donatisme puise ses origines en Afrique romaine dans l’attitude des chrétiens en général et des évêques en particulier, face aux persécutions de la fin
du IIIème siècle. Sommés dans un premiers temps de livrer les livres sacrés ainsi que les objets du culte, puis dans un second temps de rendre sacrifice
aux dieux romains certains chrétiens vont se soumettre d’autres biaiser ( en remettant des livres hérétiques) et d’autres enfin aller jusqu’au martyre.
Avec le retour au calme les chrétiens ne s’étant pas soumis voient d’un très mauvais œil le retour en grâce des relaps ( lapsi) et particulièrement du
clergé défaillant rétabli dans ses fonctions. Sous la direction de l’évêque Donat, 66 évêques de Numidie s’élèvent contre la nomination de Cæcillius au
poste d’évêque de Carthage au motif que celui-ci avait été ordonné prêtre par Mensurius un évêque lapsi. Sur l’intervention de Constantin Ier les
Donatistes furent pourtant déboutés. Liés un temps aux mouvements contestataires des ouvriers agricoles (circoncellions) s’élevant contre les propriétaires
terriens, le donatisme fut définitivement assimilé à une hérésie lorsqu’en 405, l’empereur Honorius décida d’assimiler tout schisme à une hérésie.
Cependant le donatisme reste principalement un schisme fondé sur la légitimité des représentants du clergé et non une hérésie au sens donné à ce terme
dans l’église proto-orthodoxe, et son échec marque la collusion définitive du christianisme et du pouvoir temporel. Ce sera l’invasion arabe en Afrique
du nord qui mettra un point final à ce schisme.
Dystopie (Contre-utopie)
Dystopie est le synonyme de contre-utopie.
Les dystopies sont généralement des œuvres littéraires au moyen desquelles leurs auteurs tentent d’alerter
leurs contemporains sur certaines conditions particulières observées dans leur époque qui pourraient à terme amener l’émergence d’une société de type
dystopique, c'est-à-dire une société dans laquelle une élite s’emparerait d’un pouvoir sans partage en soumettant la masse à sa volonté. Là où le projet
d’une société utopique a tendance à formuler une hypothèse, la société contre-utopique a déjà été largement expérimentée dans la réalité. Le nazisme
(prise de pouvoir d’une élite raciale), le totalitarisme soviétique (prise de pouvoir d’une intelligentsia) et sous certains aspects le capitalisme
libéral (prise de pouvoir d’une oligarchie) sont des états dystopiques.
On ne peut pas cependant opposer utopie et contre-utopie car ces deux concepts ne s’opposent pas littéralement. En effet l’utopie fait du bonheur un
objectif communautaire qui exige une forme particulière de gouvernance, en revanche les contre-utopies font de la forme de gouvernance un objectif
communautaire dont les conséquences malheureuses ne sont pas un objectif en soi. Ainsi on peut réduire les propositions en considérant que ce qui
oppose utopie et dystopie réside principalement dans la nature du pouvoir. L’utopie opte pour un pouvoir partagé entre tous pour le bien de tous la
contre utopie opte pour un pouvoir capté par une élite pour le bien de cette seule élite.
Les œuvres littéraires dystopiques les plus connues sont
«Le meilleur des mondes» de Huxley (1931) avec ses embryons conformés chimiquement pour en déterminer l’ordre hiérarchique, «1984» d’Orwell et son
Big Brother (1948), «Fahrenheit 451» de Ray Bradbury (1963), température à laquelle brûle le papier (233° Celsius).
«Un bonheur insoutenable» d’Ira Levin (1969),«Nous autres» de Ievgueni Zamiatine (1920). C’est avec « la ferme de
animaux » qu’Orwell dresse un excellent portrait d’une utopie se transformant en dystopie.
Voirs aussi
Les utopies
Notre dossier sur les utopies et dystopies
Enchantés (Encantados en portugais)
Les enchantés sont des entités présentes dans la pagélance, le catimbo, le Tambor de Mina
et la Santo-Daime. Il s’agit d’êtres qui au lieu de mourir se sont enchantés, c'est-à-dire se sont transportés «en chair
et en os» dans la demeure souterraine mais surtout subaquatique de leurs semblables. Il s’agit avant tout de croyances typiques de la forêt amazonienne
(mata) qui se sont amplifiées par l’apport de nouveaux enchantés d’origines européenne et même africaine. Les enchantés vivent dans un royaume sans
maladie ni douleur et de ce fait sont inexorablement attirés par les épreuves et les plaisirs du monde des humains. En principe invisibles, ils se
manifestent cependant au travers de trois méthodes distinctes.
La première qui semble être en même temps le fondement de la légende est celle où les
enchantés habitant le fond des rivières et des igaparés revêtent l’aspect d’animaux aquatiques tels qu’un serpent, un caïman, un poisson,
mais surtout un dauphin d’eau douce et endémique à la région, le « Boto ». La passion du boto est d’attendre la nuit pour séduire les
femmes et les engrosser qu’elles soient mariées ou non. La chose étant faite il retourne dans son monde attendant la nuit suivante.
Le deuxième type
de manifestation consiste à apparaître sous la forme humaine de préférence près des mangroves ou des plages. Ces enchantés là prennent toujours
l’apparence d’un personne familière, parents ou amis, et sont systématiquement couverts d’un chapeau pour cacher leur front proéminent. Ce chapeau ne
disparaît pas au cours de la transformation "retour" en animal. Ces enchantés là ont des pouvoirs magiques et peuvent contrôler les orages. Ils peuvent
également satisfaire les vœux des humains, infliger des maladies et même donner la mort. Peut-être y a-t-il sur ce dernier point un rapport mais ces
enchantés là ont tendance à enlever les vivants pour les faire entrer en chair et en os dans leur royaume.La force de cette légende est telle que les
enfants et même certains adultes évitent de se rendre au bord des rivières après 6 heures du soir et surtout seuls.
La troisième manifestation ne
consiste pas à se rendre visible, mais à s’incorporer à un chaman pour en assurer l’évolution ou l’assister au cours de ses cessions. Ce genres d’enchantés
se nomment"caruanas" "guias" (guides) ou "cavalheiro" (monsieur).
Le royaume des enchantés se situe sous la terre mais surtout sous l’eau, et il est soumis à une hiérarchie bien établie. Il se divise en sept royaumes. Vacuja, Tigre, Canindé, Uruba, Juremal, Josephat, et le fond de la mer. Chaque royaume comprend un certain nombre d’états et chaque état 12 villages. Chaque village a 3 maîtres (Mestres), soit 36 maîtres par état. Ce sont ces Mestres, presque uniquement des indiens, qui sont invoqués par les chamans lors des cérémonies. Maître Itapouan, dieu du soleil des anciens Tupis, Maître Tupan, ancien dieu du tonnerre, Maître Xaramundy grand guérisseur, Maître Mussurana prince du jurema. Des catimbozeiros les pratiquants du (catimbo) célèbres sont à ajouter, Maître Carlos, Maître Roldao de Oliveira, Maître Petit, Maîtresse Angélica, ainsi que des esprits catholiques comme saint Antoine ou encore les divinités des eaux, les petites filles en robe vertes, et enfin quelques nègres. Les Orishas Shango et Ogun sont mêmes devenus des Mestres.
Encomienda
(Article totalement révisé en juin 2010)
Le système de l’encomienda mis en place en Amérique espagnole et aux Philippines trouve ses fondements dans les diverses entités féodales qui feront un
jour l’Espagne. Mais alors que l’ensemble du processus colonial est le fait de troupes régulières, en Espagne la conquête résulte d’initiatives privées
soumises à autorisation préalable de la couronne (capitulaciones) mais financées par leurs promoteurs. Il est donc primordial pour l’autorité royale de
sortir d’une forme transactionnelle plus proche de l’environnement commercial pour installer l’aventure coloniale dans un cadre législatif dominé par
Dieu et le roi. En décidant d’accorder des privilèges aux grands conquérants la royauté ne fait qu’entériner un état de fait mais en replaçant sans
ambiguïté sous son autorité. D’une certaine manière elle s’offre la possibilité de dénoncer les dispositions contractuelles limitées des «capitulaciones»
au moyen de lois plus générales. De ce point de vue la protection des indiens stipulée dans les textes mais contraire aux intérêts de colons est aussi là
pour rappeler où est fait le droit et par qui.
L’encomienda n’accorde pas de droits de propriété sur les terres des indiens et pour cause. Ces derniers étant devenus sujet du roi les terres n’appartiennent qu’à lui. En revanche ce système recommande (encomendar) c'est-à-dire attribue ou confie à un bénéficiaire espagnol (encomendero) un certain nombre d’indiens dont il doit assurer la protection l’éducation et l’évangélisation qui incombent normalement aux souverains. En contre partie de ces obligation l’encomendero pouvait exiger de ses indiens le paiement d’un impôt en nature, métal précieux ou l’accomplissement de corvées. Il s’agit de fait d’un transfert des droits et devoirs de la couronne à un tiers qui devenait administrateur d’un bien, en l’occurrence la force de travail des indiens, mais sans jamais en être propriétaire.
Le principe de l’encomienda est déjà dans les faits installé par Colomb dès son arrivée à
Hispaniola mais les premiers textes datent de 1503 même si la dénomination n’est pas encore utilisée. Ce sont surtout les lois de Burgos de 1512 qui
vont en définir l’application. Il paraît évident que cette législation appliquée par une élite avide et peu scrupuleuse et surtout très éloignée du
pouvoir central va devenir rapidement un une source d’abus contre lesquels va s’élever en particulier Bartolomé de Las Casas. Sous son impulsion Les
lois nouvelles de 1542 mettront un terme au caractère perpétuel de cette disposition pour la transformer en jouissance viagère. A la suite de violentes
réactions la couronne accorda le système des «deux vies» qui obligeait les encomenderos à déposer un dossier toutes les deux générations pour que
l’encomienda soit réattribuée aux héritiers.
Dans l’ensemble l’encomienda a été appliquée et a évolué de façon très diverses selon les régions avec pour
conséquence une disparité des richesses de leur bénéficiaires due aussi aux conditions locales (région pauvre ou peu peuplées) . Dans de nombreux cas les familles
d’encomenderos ont tenté des unions avec de hauts fonctionnaires ou encore ont acquis des exploitations ou sont devenus commerçants. Ceux qui n’avaient
pas su se diversifier ont peu à peu été victime de la raréfaction des indiens décimés par les travaux pénibles mais surtout par les maladies apportées
d’Europe. Dès le début du 18ème siècle il fut décidé que l’encomienda disparaitrait à la mort de ceux qui en avait la jouissance ce qui ne provoqua pas
de remous particuliers le système s’étant de fait effondré sur lui-même. Mais c’est en 1812 qu’elle fut définitivement abolie.
L’encomienda fut parfois
aussi appelée repartimiento bien que ce nom désigne particulièrement un système différent de travail obligatoire en principe
rémunéré par lequel les indiens étaient contraints de fournir un temps de travail aux colons. Ce pouvait être aussi à certaines occasions, comme
les récoltes, un mobilisation plus importante de la population.
Egungun (Masque d'egungun, mascarades)
Le culte des egungun doit être appréhendé dans le contexte culturel africain d’une continuité de relation entre le monde des vivants et celui des morts,
et particulièrement de lien aux ancêtres fondateurs des lignées. Originaires de l’ethnie yoruba du Nigéria les egungun ou « squelettes en yoruba» font
l’objet d’une hiérarchie cultuelle séparée de l’ensemble du culte des orishas et dont les fonctions sacerdotales peuvent revêtir des noms variables selon
les lieux de culte. A Kétu c’est l’Alagba qui est le grand prêtre, à Cove c’est le Balé, à Porto Novo c’est l’Alagba suivi d’une hiérarchie complète. Ce
culte s’est diffusé chez les Fons voisins où il à pris le nom de Kuvito (revenants en fongbe). La société des egungun fait partie des quelques société à
masques du peuple yoruba et seuls peuvent participer les adeptes ayant reçu l’initiation nécessaire. En dehors des rituels secrets des manifestations
publiques ont lieu chaque années ou en raison d’évènement particuliers (décès…).Durant ces manifestations connues sous le nom de « mascarades » les
adeptes défilent entièrement revêtus de costumes bigarrés et richement ornés. Chaque costume correspond au caractère particulier de morts qui viennent
visiter les vivants en ayant en quelque sorte laissé tomber leurs inhibitions. Ainsi les egungun peuvent être sarcastiques, grossiers, vulgaires, violents,
ou au contraire doux et classieux. Ils sont l’image de la continuité des caractères que la mort n’a su éliminer. Lors des mascarades aucune partie du
corps des egungun ne doit être visible faute d’entrainer la mort. De même les costumes et déguisements ne doivent jamais être touchés par les profanes, et
c’est pour cette raison que le Mariwo armée d’une baguette (Ishan) écarte avec violence tout individu qui s’approcherait d’un egun.
Les masques
(costume dans sa totalité) portés par les danseurs sont désignés par le nom de sa localité par les personnes étrangères à celle-ci. (Les revenants
d’Abomey, les egungun de Porto-Novo), mais à l’intérieur d’une même localité on désignera le nom du quartier. Cependant les interdits et tabous portés
sur les masques interdisent de nommer le porteur durant la mascarade. Généralement les egungun parlent chantent discrètement ou bruyamment selon les
caractères. Seuls les jeunes egungun sont tenus au silence en raison du risque encouru par leur inexpérience et ils sont facilement identifiables des
autres masques grâce à leur petite taille.
Comme nous l’avons vu les manifestations peuvent être organisées en toute occasion donc à tout moment.
Il existe cependant une fête collective périodique qui se situe avant la saison sèche et ses grandes vagues de chaleur. Cette fête ou « Odun Egun » qui
est située dans le premier trimestre de l’année mais à date variable selon les villes, est l’occasion d’invoquer les morts de l’année afin d’attirer
leur bienveillance sur la communauté. L’orisha Oya-Igbalé, épouse de Shango déesse des vents et de la tempête, maitresse des forêts plages et cimetières
est la mère d’egun qu’elle a eu après avoir mis au monde huit enfants mort-nés. C’est pourquoi bien que la société des egungun soit réservée aux hommes,
une seule vielle femme y est admise comme représentante d’ Oya. C’est aussi peut-être en honneur de cette orisha que les cérémonies secrètes des sociétés
d’egungun se tiennent en forêt. Au brésil le culte des egungun est pratiqué à Bahia dans l’ile Itaparica située dans la baie de tous les saints, et à
Cuba par la société des egungun , l’Egbe egungun. En finalité le culte des egungun sert à s’approprier les qualités et la force des ancêtres un peu comme
la transposition sur le plan spirituel d'anciennes pratiques telles qu'on pouvait les observer dans les sociétés cannibales.
Voir les egungun chez les yoruba dans notre page Racines
Eldorado
Les contes pour enfants et les fallacieuses promesses d’au-delà mirifiques que certaines religions agitent comme un pendule hypnotisant sont sans doute à
l’origine de cette croyance presque innée en un monde d’inépuisables merveilles dont l’Eldorado n’est qu’un des nombreux avatars. L’immensité des terres
inconnues offerte par les nouvelles découvertes ouvrait la voie à toutes sortes de rêves et de fantasmes, et lorsqu’en 1513 Vasco Nunez de Balboa entendit
parler d’un royaume des Incas du Pérou riche en or et que Cortès remplissait les poches du trésor espagnol avec l’or de Tenochtitlan, les esprits étaient
totalement ouverts à cette croyance d’un roi doré (eldorado) qui chaque matin se couvrait de poudre d’or et se rinçait dans un lac sacré. Les fauves déjà
lâchés se trouvaient sous amphétamines et les récits de Gaspar de Carvajal en rajoutaient. C’est lui qui dans ses chroniques rapporte le récit du voyage
de Francisco de Orellana qui emprunte le Coca pour une simple opération de ravitaillement et sans possibilité de faire marche arrière se laisse emporter
par le rio Napo puis le Marañón pour finir par descendre l’Amazone jusqu’à son embouchure. Dans son périple il rencontrera des indiens qui pour se
débarrasser des intrus lui inventeront un Eldorado de Omaguas, et c’est également au cours de ce voyage que l’équipage devra affronter les indiens
Tapuyas qui faisaient participer les femmes aux combats. Carvajal attribuera à ces guerrières le nom d’amazone qui sera aussi le nom donné à ce fleuve
qui jusqu’à lors avait autant de noms qu’il y avait de tribus sur ses berges.
En 1560 le vice-roi du Pérou cherchant à se débarrasser de quelques aventuriers gênants demande à Pedro Ursua de partir à la recherche de ce fameux Eldorado de Omaguas évoqué par Cavajal. L’affaire se terminera tragiquement avec l’assassinat d’Ursua et de son lieutenant Fernando de Guzman par un certain Lope de Aguirre. Désormais la localisation de l’Eldorado semble être ciblée sur le massif des Guyanes et un certain hollandais Hondius établit en 1599 une carte qui situe la citée d’or près du lac de Parima dans ce massif guyanais, position qui sera confirmée par le cartographe Théodore de Bry qui en rajoutera en affirmant que Manoa est la plus grande ville du monde. Il faudra attendre Charles Marie de La Condamine pour que ce mythe soit récusé et surtout l’explorateur allemand Alexander Humboldt pour qu’il soit définitivement abandonné (1799).
L’Eldorado est souvent apparenté à une utopie, mais il s’agit sans aucun doute de l’assimilation du terme aux notions d’illusion et de chimère. Il
serait plus exact de dire que si par certains côtés ce pays revêt bien les caractéristiques d’un communauté utopique telle que l’imaginait Thomas More,
ce n’est pas cette qualité qui en faisant l’attrait. La vision que les conquistadores pouvait en avoir était celle de prédateurs cherchant à s’emparer
d’un butin à leur seul profit. L’aventurier ne cherche pas l’eldorado pour y vivre l’harmonie mais pour s’en accaparer les richesses, le piller et le
détruire. Ces aventuriers tout comme le Candide de Voltaire qui séjourne dans l’eldorado, ont très bien compris qu’il n’y avait aucun avantage à être
couvert d’or dans un pays où il suffit de se baisser pour en ramasser. L’or comme toute chose n’a de valeur que s’il permet de se distinguer et de
s’offrir ce que d’autres ne peuvent atteindre, ou même comme le dit Candide de s’épargner les foudres de l’inquisition. L’eldorado est donc bien une
chimère qui au-delà de ses considérations matérielles nous renvoie encore une fois à cette grande question, le bonheur ne peut il exister que s’il est
précaire, et en corolaire la douleur et la souffrance ne sont-ils pas définitivement les conditions absolues du bonheur. L’Eldorado vu par Candide se
rapproche d’avantage de l’ Utopia de More, dont Voltaire se sert de toile de fond pour faire la critique de son temps, ce qui est l’aspect fondamental du
genre. Au travers de l’étonnement de Candide c’est l’absurdité des mœurs qui est mise en cause avec un coup de griffe bien senti à la religion.
Extraits de Candide :
"Il (candide) voulu savoir comment on priait Dieu en eldorado.
Nous ne le prions point […]nous n’avons rien à lui demander ; il nous a donné tout ce qu’il faut, nous le remercions sans cesse. »
Ou encore l’étonnement de Candide apprenant qu’il n’existe pas de prêtres
"Quoi ! Vous n’avez point de moines qui enseignent, qui gouvernent qui disputent, qui cabalent et qui font bruler les gens qui ne sont pas de
leur avis ?
Enthéogène
Le terme hallucinogène se borne à constater les qualités d’une substance propre à provoquer lors de sa consommation des états de conscience étendue, qui
se manifestent généralement par une forme de transe accompagnée de visions. Les propriétés hallucinogènes sont détenues par des alcaloïdes qui ne font
aucune philosophie et n’ont aucune mystique. Le terme enthéogène introduit une sorte de hiérarchie dans les manifestations hallucinogènes prétendant que
les substances ainsi définies « engendrent Dieu au-dedans de soi ». En quelque sorte il y aurait des substances profanes destinées à provoquer une défonce
hallucinogène pour le fun ou pour se détruire, et une défonce sacrée, respectable, enthéogène qui permettrait de rencontre dieu. Une autre forme du combat
entre l’axe du bien et celui du mal, une sacrée argutie de la casuistique dans sa version new-âge.
Ce qui nous semble certain est que chacun a ses propres motivations pour prendre des psychotropes et que celles-ci soient ludiques, mystiques, suicidaires
n’a rien à voir avec le produit lui-même.
Epliclèse
L’épiclèse dans l’antiquité est un épithète accolé au nom d’une divinité, et qui en précise le nom du lieu du culte, le nom de sa cité d’origine, l’action
spécifique ou un rite particulier. Par exemple Athéna Nikè est Athéna la victorieuse, Athéna poliade , Athéna
protectrice de la cité.
Episcopalien, épiscopalienne
Episcopalien désigne un système de gouvernance de l’église anglicane dont l’autorité est soumise selon les pays à un Primat, un évêque, un évêque
président (USA), ou un évêque principal (Philippines).
Six églises anglicanes sont directement sous l’autorité de l’archevêque de Cantorbéry.
L’église Episcopalienne est le nom que l’église anglicane a pris aux Etats-Unis afin de s’émanciper de la tutelle anglaise.
Episcopalisme, épiscopalienne
L’épiscopalisme est une doctrine selon laquelle l’assemblée des évêques a plus de pouvoir que le pape.
Eschatologie
L’eschatologie du grec « eschata » ou les dernières choses, est la doctrine qui traite de la fin des choses, (jugement dernier, résurrection, damnation
ou salut éternel.) Les trois religions du livre, judaïsme, christianisme et Islam sont des eschatologies dans la mesure où elle font quasiment de
l’attente de la fin un des piliers de leur doctrine et finalement notre raison d’être, contrairement à des religions comme le Bouddhisme qui par la
croyances en des cycles propose une conception basée sur le mythe d’un éternel retour, dont la fin n’est pas la finalité eschatologique sans retour, mais
l’initialisation d’un nouveau cycle.
Eshu (Exu, Eleggua, Elegba, Papa Megba, Bombojira, Lucero, Bara)
Les animismes africains identifient les divinités selon un ensemble de caractéristiques dont émanent des identités communes à diverses religions. De
ce fait tout comme le Mercure romain est similaire à l’Hermès grec, l’Eshu-Elegba yoruba, le Legba des fons, le Bombojira des congos le Lucero du Palo et
bien d’autres sont l’expression d’une même forme prise par la manifestation du dieu unique au travers d’une de ses divinités intermédiaire. En dehors
de tous critères de valeur qui n’ont pas leur place ici nous avons choisi Eshu comme tête de chapitre de toutes les divinités qui lui sont similaires au
seul motif que le panthéon Orisha est celui qui a exercé la plus grande influence dans la construction des syncrétismes afro-américains.
Eshu-Elegba est fils de Yémenja, frère de Shango d’Ogun et Ochossi. C’est un Orisha majeur qui sert d’intermédiaire entre le Dieu suprême et les
hommes. Eshu est le gardien des clefs, des barrières et des carrefours et en temps que tel il est celui qui agit sur le destin des hommes selon les routes
qu’ils choisissent de prendre, des barrières qu’ils autorisent à lever ou obligent à fermer en réponse à leurs actions. Il est aussi le gardien des
personnes, des maisons, des temples et des villes. Il est foncièrement querelleur, provocateur, il se délecte de malentendus et aime créer calamités et
accidents. Une de ses farce préférée est de se recouvrir d’une couleur différente sur chaque moitié de son visage afin de créer la dispute entre les
témoins qui le voyant passer d’un côté ou de l’autre témoigneront aussi bien qu’il est rouge ou qu’il est blanc.
Sa nature facétieuse et contradictoire
fait de lui à la fois un escroc (trickster) et le protecteur des voyageurs et parfois des commerçants. Il est également le psychopompe, le passeur d’âmes,
soit autant de spécificités qui le rattachent à Hermès le messager des dieux de l’Olympe lui aussi protecteur des voyageurs commerçants et voleurs.
Irascible et susceptible il doit être ménagé afin de ne pas provoquer sa colère. Comme Saturne il est le maître donneur des leçons qui vont permettre au
travers des épreuves imposées d’améliorer la nature humaine. Il est également soupçonné d’avoir apporté le soleil et son assimilation parfois simpliste
au diable en fait le représentant de ces porteurs de lumières tels que Lucifer ou Prométhée devenus des proscrits par leurs actions. Cette diabolisation
provient en partie d’une perception manichéenne du bien et du mal typique de la morale chrétienne mais absente des croyances animistes. Il est vrai que
les représentations d’un Eshu cornu et parfois affublé d’un phallus en érection se rapprochent de l’image diabolique dont s’est repu l’imagerie
populaire européenne, mais ici il s’agit en l’occurrence de symboles de fertilité.
La mauvaise réputation de cette divinité se trouve encore accrue par le type de sacrifice qui lui est offert, une poule noire dont les cavités sont
remplies de maïs, de petite monnaie, d’allumettes et de tabac, sacrifice qui est parfois mis sur les chemins d’un ennemi ou concurrent pour lui porter
préjudice. Pourtant les correspondances d’Eshu avec les saints catholiques ne confirment pas cette renommée maligne, car si Eshu est identifié au
diable (Bahia, Recife, Alagoas, Rio, Maranhão, Cuba) il l’est aussi à saint Antoine (Rio, Porto-Algre), à saint Pierre comme gardien des clefs
(Porto-Alegre, Haïti), à saint Barthélémy comme messager (Recife), et même à saint Gabriel comme ange gardien.
Il n’en reste pas moins que la relation des adeptes à leur divinité reste prudente, et afin de ne pas heurter sa susceptibilité Eshu est honoré en tout
premier lieu et ouvre donc toute cérémonie. Il s’agit là bien entendu d’une logique qui répond à la nature même de ce dieu qui est chargé d’ouvrir les
barrières et d’autoriser l’accès aux chemins vers les autres divinités, mais comme l’indique le nom donné au Brésil à l’hommage rendu à Eshu (Exu) , il
s’agit « d’expédier » ce dieu. En effet le « despacho » du Candomblé ou littéralement « expédition, envoi » signifie à la fois envoyer en mission, ce
qui est normal pour un messager, mais aussi se débarrasser, virer, envoyer voir ailleurs ce qui se passe afin d’éviter la présence du perturbateur.
D’ailleurs les offrandes faites au dieu à l’occasion de ce despacho (appelé aussi padé d’Eshu ) sont mises en dehors du temple.
Il existe peu d’adeptes ayant Eshu comme orisha (dans la tête), et de plus il possède rarement ses enfants et de façon très brève. Avoir Eshu comme Orisha
est d’ailleurs vécu comme une épreuve à telle enseigne que l’on dit avoir la charge « cargo » d’Eshu. Eshu est représenté par une motte de terre simulant
un homme accroupi, motte placée hors de la maison ou derrière une porte.
Eshu devient Legba ou Elegba chez les Fons , Bombonjira chez les Congos, Alouvais chez les Angola, Eleggua dans la Santéria, Papa-legba dans le vaudou
haïtien, Lucero /Njuyo/Manunga/ Lubaniba dans le Palo, Exu dans le Candomblé, Bara dans l’Omoloko ou le Batuque. Mais il sera aussi Odara, Akessan, Lalu
et bien d’autres noms selon la fonction qu’il exerce (gardien des chemins, des portails, des carrefour) ou des qualités qu’il représente ( gérant de la
croissance). Les avatars de cette divinité sont nombreux, il aurait 21 chemins et plus d’une centaine de manifestations. Chaque Orisha à ses Eshus mis à
son service particulier.
Parmi ces multiples aspects parfois contradictoires, celui qu’il prend dans le vaudou est particulièrement significatif. Dans ce culte il est Papa-Legba
l’équivalent d’Eshu associé au soleil et règne sur les esprits bénéfiques et positifs du jour. En revanche dans le rituel Petro il devient Kalfou à
partir de minuit, maître des forces négatives et maléfiques. Sous cette manifestation de Kalfou (carrefour) il est assimilé à l’Hécate de la mythologie
grecque, elle aussi considérée comme psychopompe et qui représentait un des trois aspects de la lune, celui de la nouvelle lune ou lune noire symbole de
la mort alors que Séléné et Artémis symbolisent la naissance et la maturité. Messager, psychopompe, maître des destins Eshu est en union étroite avec
l’orisha de la divination Ifa dont il interprète les arrêts en langage compréhensible pour les hommes.
Eshu aime tout ce que la bouche mange, le beefsteak cru, mais il déteste les aliments de couleur blanche et l’ail. Il adore l’alcool, ses plantes sont le piment, l’ortie, la menthe et les feuilles de tabac, ses animaux le bouc, le coq, et les chevreaux, ses fruits la mangue, grenade, orange, cane à sucre, mure, ses armes le trident, cadenas, clef, pointe, ses métaux le nickel, fer, ses fleurs préférées les œillets rouges. Les esprits élémentaires correspondants sont les Gnomes, farfadets, son jour de la semaine le lundi, ses couleurs le rouge et le noir ou parfois le rouge et le blanc.
Eshu (Exu en portugais) ne doit pas être confondu avec les Exus de la Quimbanda qui sont des esprits de la forêt d’origine Angola (des Nkuyu) dont la nature reste là encore très complexe. Un peu à l’image du Kalfou vaudou, la quimbanda aurait hérité des Exus lunaires maléfiques, laissant à l’Umbanda les Exus solaires bénéfiques. Mais il s’agirait d’avantage de discerner les entités ou esprits capables de se soumettre à une autorité agissant dans le domaine de l’umbanda et les esprits adeptes du chaos et inaptes à se soumettre laissés aux soins de la quimbanda.
Comme nous l’avons vu, Eshu a de multiples avatars qui vont se spécialiser dans un rôle particulier. Eshu-Afrodi est un aide de l’orisha ifa,
Eshu-Abanunkue est le gardien des maisons et vit dans une casserole de terre. Eshu-Abalonke guide les âmes des morts, Eshu-Aberu transmet les sacrifices,
Eshu-Aganika se caractérise par sa dangerosité et sa malveillance, tandis Eshu-Alaguana est propriétaire des tous les cadenas. Eshu-Ananaki est le dieu
de la tristesse de la solitude et de la dépression et habite les déserts ou les lieux isolés, Eshu-Aboni est guérisseur et magicien, il vit dans les bois,
est très violent et connait tous les secrets d’Ossain. Eshu-Beleke est un grand connaisseur du secret des herbes et de la fabrication des remèdes et chose
étrange vit sur dans les décharges.
Eshu-Lode est un vagabond, un sorcier, et refuse les femmes, Eshu-igidé ouvre les chemins de montagne, c’est un tricheur qui travaille avec Ossain,
Eshu-Kaminalowa ouvre les chemins aux défunts et calcule le temps qu’il reste à vivre à quelqu’un, il est messager de Babalu-Ayé. Eshu-Aseli surveille
les adeptes dans le temple, Eshu-Ijelu est chargé des tambours et de la musique en général, Eshu-Diki est le dieu de l’amitié, Eshu-Bara-Dage compagnon
d’Ogun, travaille avec les serpents et ses emblèmes sont la machette et la faucille, Eshu-Bara-Aniki protège des chagrins, Eshu-Ashikuelu vit dans les
puits ou les tunnels, il est propriétaire des minéraux et en particulier de l’or, c’est un génie de terre et chef des egunguns et il est représenté par
une poupée de bois avec un seul corps et deux têtes. Cette divinité est celle des trésors enterrés et règne sur les paysans et tout ce qui se cultive.
Eshu-Afra est au service de Babalu-Aye. Il vit dans les hôpitaux où il aide les malades et surtout les contagieux.
Eshu-Elegbara est le contrôleur des sacrifices (Ebbosses) et de ce fait chargé de faire les remontrances nécessaires, il est avec Ogun dieu de la guerre
et de la paix. Eshu-Odara est l’eshu par excellence. Il est lié à Orunmila et demeure le chef des transformations du bien en mal et vice-versa.
Eshu-Agogo préside au changement des heures de la journée et de la nuit, Eshu-Oro est l’eshu du verbe, des mots et de la communication, Eshu-Opin
limite les espace et détermine les frontières, Eshu-Aleketu est en charge de la sensualité et la sexualité, de l’amour et de la dégénérescence physique
et morale. Eshu-Isheri lié à Ossain donne aux plantes l’Ashé (force agissante bénéfique ou maléfique). Eshu-Gogo est le dieu de la justice du salaire
et des dettes. C’est lui qui présente la note que chacun doit payer faute d’en subir les conséquences. Eshu-Wara est la divinité des relations
personnelles de la famille, Eshu-Aiyede est maître des écritures saintes, il porte nos prières et transmet les lumières prophétiques. Il établit le
lien entre l’Aiyé (monde matériel) et Orun (monde spirituel). Eshu-Jeki Ebo Da veille sur les chaines de la vie et décide qui meurt et qui est épargné.
Eshu-Agongon Goja règne sur les ustensiles et les outils. Il est le maître de la vanité et des ambitions démesurées. Eshu-Elekun est l’eshu des
chasseurs, Eshu-Pakta Si Ewa est celui qui fait agir le temps pour porter toute création vers la vieillesse, Eshu-Kewe Le Dunje trône sur les
comportements humains, la tristesse, la violence, la compassion. Eshu-Akokoriye est l’eshu de la nation Mina et le serviteur de Shango. Eshu-Arare Obi
Oké tient le monde dans sa main et il se présente avec quatre faces représentant les point cardinaux. Eshu-Awere porte le cœur du monde vers la piété et
la paix, et Eshu-Ina compagnon de Shango détient tous les feux purificateurs. Eshu-Obasin compagnon d’Oddua a participé à la création d’Ile-Ifé. Il est
fin tacticien et un grand leader. Eshu-Bakuo est maître du sixième sens et veille à ce que le destin programmé avec notre naissance soit accompli. Il
correspond à l’ange gardien chrétien.
Cette liste des avatars d’Eshu n’est pas exhaustive mais elle suffit à démontrer le large spectre de son champ d’activité. Liés au mouvement des générations, passeur d’âmes, compagnon d’Ossain la divinité des herbes et des plantes, relié au culte des morts et à celui de la divination, porteur de lumière il est la pensée prévoyante, le messager, le porteur de cette conscience sans laquelle le monde resterait inconnu, la mémoire sans laquelle il ne pourrait y avoir de conscience. Il est non seulement Prométhée mais aussi son frère Atlas, et s’il est le diable il l’est au sens littéral de celui qui partage, qui divise, ce qui finalement lui donne sa raison d’être, établir ou rétablir les liens.
Eunomiens
Secte arienne de tendance anoméenne dont Eunomius évêque de Cyzique et disciple d’Aèce
(aétiens) était le chef de file. Sa doctrine repose sur un refus d’admettre que Dieu puisse engendrer un Fils dont il pourrait être l’égal en
substance. Il rejette les miracles attribués aux martyrs et le culte des reliques.
Exoucontiens
Autre nom donné aux Ariens et tiré de leur affirmation selon laquelle le Fils( Jésus-Christ) n’avait pas existé. Il était
de ce fait non éternel et tiré du néant d’où [ex-oux-onton] ce qui n’est point ou encore tiré du néant.
