Grands et petits avatars
Le dico des utopies et des dystopies
Les autres thèmes
1
Cultes et sectes dans la Grèce antique
9
Mouvements sectaires et messianiques africains
Les Dicos
*
De A à E
de F à N
De O à Z
*
Le dico des utopies
Animismes et syncrétismes
*
Les syncrétismes Afro-américains
Barquinha
Batuque
Candomblés
Candomblé Cabocle
Catimbo
Convince
Hoodoo
Ifa
Sagrada Jurema
Kromanti
Kumina
Lucumi
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Maria Lionza
Myalisme
Nanigos
Obeah
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Pagelance
Palo
Quimbanda
Quimbois
Santéria
Santidade
Santo Daime
Shouters
Spiritual Baptists
Tambor de minas
U.D.V
Umbanda
Vaudou
Winti
*
Les racines africaines
Le peuple Yoruba et les Orishas
La cosmogonie des Yorubas
Le Culte Ifa chez les yorubas
Les Egungun ou culte des morts chez les Yorubas
Ibeji,le culte des Jumeaux chez les Yorubas
Les orishas, divinités des Yorubas
Les Fons du Bénin et les voduns
Cosmogonie, magie et sorcellerie chez les Bakongo
*
Les messianismes africains
Communauté de Bregbo
Mouvement de le Croix Koma
Culte Deima
Dona Beatrice
Le Harrisme
Kimbanguisme
Le Matsouanisme
Alice Lakwena
Joseph Kony
*
La religion en Grèce
Spécificité grecque
Rites Eleusiaques
Culte à Dionysos
Zagreus
Isodaïtes
Sabazios
Cultes confidentiels en Grèce
Cotys
Adonis
Cybèle,Attis
Les Cabires
Orphisme
Pythagorisme
*
La religion à Rome
Le culte officiel à Rome
Les cultes domestiques à Rome
La Divination à Rome
Le culte de Bacchus
Pythagorisme romain
Culte d'Isis à Rome
Mithra, le soleil Invaincu
*
Hérésies et gnosticisme
Le Gnosticisme
Abeloïtes
Adamites
Aériens
Aétiens
Aloges
Angéliques
Antidicomarites
Apellites
Apolinaristes
Apostoliques
Aquatiques
Arabiques
Archonticiens
Ariens ou arianisme
Artotyrites
Ascites
Bardesanistes
Basilidiens
Caïnites
Carpocratiens
Cataphrygiens
Célicoles
Cerdoniens
Cérinthiens Mérinthiens
Cléobiens
Colluthiens
Colorbasiens
Donatistes
Ebionites
Elcésaïtes
Encratites:ou tatianites
Floriniens
Helvidiens
Hiéracites
Héracléonites
Jovinianistes
Macédoniens
Marcionites
Marcites
Marcosiens
Malchisédéciens
Méléciens
Ménandriens
Manichéens
Messaliens
Métangismonites
Naasseniens
Nazaréens
Nestoriens
Nicolaïtes
Noëtiens
Novatiens
Ophites
Origénistes
Passalolynshites
Paterniens
Paulinianistes
Pélagiens
Pépuziens
Perates
Phibionites
Photiniens
Priscillianistes
Ptolémaïtes
Sabelliens
Saturniens
Sécundiens:
Séleuciens:ou Hermiens
Séthiens
Sévériens
Simoniens
Tatianites
Tessarescédécatites
Théodotiens
Vadiens
Valentiniens
*
Dossiers annexes
Utopies et Dystopies
Sacrifice et religion
Chronologie
Iréné de Lyon
Royaume de prêtre Jean
Oedipe
*
Articles annexes
Asiento
Ayahuasca
Bandeirante
Encomienda
Eldorado
Enchantés (royaume des)
Fitzcarraldo
Jurema
Mission
Palenque
Palmarès
Quilombo
Sébastianisme
Seringuero
Tordesillas
Dernière révision
février 2010
Avertissement.
Ce dictionnaire par nature évolutif collecte les définitions de termes ayant trait de près ou de loin aux utopies et contre-utopies aussi appelées dystopies. Il s’attache en outre à présenter les œuvres littéraires et leurs auteurs, mais également tente un inventaire des nombreuses expérimentations de communautés utopiques qu’elles aient été inspirées par des idéaux philosophiques, politiques ou même religieux.
Liste des mots.
De A à N...
"Abbaye de Thélème" -
Abraxa -
Agnosticisme -
Agrarianisme -
Anarchisme -
Andrew (Stephen Pearls) -
Apathéisme -
Athéisme -
Auroville -
Beatnik, Beat Generation -
"Un Bonheur insoutenable" -
Campanella Tommaso -
"La cité du soleil" -
Contreculture -
Contre-utopies -
Cynemerne -
Déisme -
Destinée manifeste -
Diggers. -
DIY -
Dystopies -
Eldorado -
Emerson (Ralph Waldo) -
"Fahrenheit 451" -
Familistère. -
Finifête -
Icarie (voyage en..) -
"La ferme des animaux" -
Chales Fourier. -
Fruitlands -
Gaïa. -
Hippie (mouvement) -
George Rapp. -
Libre penseur -
Levellers -
Mère -
Modern Times -
New-Age -
New lanark. -
New Harmony. -
Noosphère. -
"Nous autres" -
De O à Z.
Robert Owen. -
Panthéisme -
Primifête -
Phalanstère. -
Punk. -
Rochdale. -
Socialisme utopique -
Syphogrante -
Théisme -
Thoreau (David Henry) -
Tranibore -
Transcendantalisme -
trapemerne -
Uchronie -
Unitarisme -
Utopia -
Utopies -
Verseau (ère du) -
Volkgeist -
Warren Josiah -
Weltgeist -
Zapolète -
Zeitgeist -
Définitions.
"L'Abbaye de Thélème"
L’abbaye de Thélème est une abbaye imaginaire décrite par Rabelais à la fin de Gargantua. Bien qu’étant considérée comme une utopie, la structure et
l’organisation de l’abbaye sont pourtant en contradiction avec la thématique utopique habituelle. En effet l’ensemble des œuvres utopiques ont en commun
de nous inventer des mondes isolés dans l’espace ou dans le temps, mondes dans lesquels l’égalité imposée à tous semble triompher de toutes les
difficultés habituellement rencontrées dans les groupes sociaux. Il ressort de ces monde parfaits et prétendument heureux que le bonheur apparaît être le
résultat d’une conformation pour ne pas dire d’une certaine forme de lavage de cerveau, et en tous cas en aucune manière d’une libéralisation des rapports
sociaux. Bien au contraire c’est l’extrême rigueur dans la surveillance de tous les aspects de la vie qui favorise l’accomplissement de l’utopie. Avec
l’abbaye de Thélème nous sommes dans une situation hétérodoxe pour ne pas dire hérétique au regard du mythe utopien. En effet la devise de Thélème est
«fait ce que voudras» autrement dit fait ce que bon de semble du moment que tu ne portes pas préjudice à autrui.
Bien entendu on peut être
réticent face à l’aspect nettement élitiste pour ne pas dire eugéniste qui préside au choix de pensionnaires de l’abbaye. Les privilégiés de Thélème
sont jeunes, beaux et choisis parmi les familles riches. Ils sont débarrassés de tous soucis matériels par une domesticité importante. Ils ne sont même
pas astreints à la chasteté ni tenus à aucun sentiment de culpabilité compensatoire. Mais chez Rabelais il ne s’agit pas de fantasmer sur une caste de
nantis épargnée par les vicissitudes de la vie et occupée à satisfaire son bon plaisir. Ce qui s’insinue est ici tout le contraire de ce que prônent les
utopies. Le bonheur parfait dans une société ne peut être résolu par une égalité obsessionnelle imposée au travers de règles contraignantes qui
infantilise les masses, mais bien au contraire par une maturation individuelle de chaque individu qui doit devenir son propre maître et être de ce fait
capable d’être son propre censeur.
L’égalité ou en tous cas le respect d’autrui garants d’une société juste et pacifique ne peut passer par des
obligations sociales autoritaires mais doit devenir une notion intrinsèque à la nature humaine. C’est ainsi que débarrassé de toute loi et guidé par sa
seule équité l’homme pourra parvenir au bonheur parfait. Toutefois, Rabelais en nous présentant une caste de fils à papa choyés ne poursuit probablement
pas un délire eugéniste que nous soupçonnions, mais tente de nous faire comprendre que l’on ne peut parvenir à un état d’équité et de justice qu’à
condition d’être dans une situation matérielle confortable. C’est alors seulement dans cet état de bienêtre obtenu par simple droit naturel et non par
soumission à des dogmes ou à des clans que l’être humain peut établir des relations dénuées de faux prétextes avec ses semblables. Nous sommes donc
éloignés des habituelles rigidités des société utopiques telles qu’elles sont signalées dans l’Utopia de More ou la Cité du Soleil de Campanella,
toutefois Rabelais lui-même en laissant la porte de Thélème ouverte aux allés et venus ne semble pas faire de l’abbaye une société aboutie mais bien
plus une sorte retraite temporaire pour fils de famille aisés, et cela sans doute parce qu’au bout du compte il n’a pas su apporter de réponse au
désœuvrement prévisible qui ne manquerait pas d’atteindre des individus déchargés de toute obligation.
Abraxa.(Abraxas, Abrasax)
Abraxa est le nom de la capitale des fous dans l’éloge de la folie d’Erasme. Dans l’œuvre de Thomas More, Utopia, Abraxas est le nom d’Utopia avant
qu’elle ne soit colonisée par Utopus et qu’elle ne se détache du continent pour devenir une île. Dans le christianisme des premiers siècles, Abraxas ou
Abrasax étaient un démon considéré par la secte gnostique des basilidiens comme leur dieu suprême. Il était la manifestation
des 52 attributs des 7 éons, correspondant aux 364 jours de l’année, le 365éme n’étant pas précisé.(sans doute l’unité composée du tout). Abraxas aurait
représenté aussi les 7 lettres du nom de Dieu en Hébreu, les 7 planètes, les 7 jours de la semaine. Et dans la numérologie grecque son chiffre
correspondait à 365. Rien ne dit que le nom choisi par Erasme et More soit lié au gnosticisme, mais rien ne le contredit et en tous cas la similitude
interroge. De plus il est intéressant de remarquer qu’Abraxa avait un corps de chimère avec une tête de coq et des pieds de dragon. Etonnant quand on
remarque que le mauvais usage du mot utopie l’assimile à la définition de chimère.
Agrarianisme
L’agrarianisme est l’action de partager les terres entre ceux qui les cultivent. Il est aussi la conceptualisation d’une démarche empirique par laquelle
un groupe décide de s’approprier des terres qui ne lui appartiennent pas au motif qu’il s’y est installé et les valorise par la culture ou tout autre
moyen. C’est cette notion qui a été avancée par Thomas Jefferson pour justifier la conquête de l’ouest, prétendant qu’il était de la «destinée
manifeste» de l’Amérique (comprenez les envahisseurs qui piquaient la terre aux indiens) que de se répandre sur le continent afin de transformer ce pays
sauvage en nouveau jardin d’Eden. (Gott mit Uns)
Anarchisme
L’anarchisme est le refus de se soumettre à toute construction sociale coercitive telle que la religion, la police l’armée et principalement l’état. De façon
plus générale l’anarchisme refuse tout dogmatisme et milite pour l’adhésion librement consentie au travers de systèmes mutualistes ou collectivistes
et plus généralement autogestionnaires. Il existe de multiples manifestations de l’anarchisme allant de constructions communautaires socialistes,
communistes, fédéralistes ou syndicalistes à des expressions plus individualistes portant sur la désobéissance civile ou la non-violence et même
parfois sur une certaine forme de développement personnel considérant que l’individu est la clef de l’émancipation des groupes sociaux.
En dehors de certaines formes
extrêmes ou déviées l’anarchisme ne rejette pas l’ordre mais le pouvoir. Certains courants comme le socialisme anarchique ne refusent la propriété
privée que lorsqu’elle accapare les moyens de production au profit d’une élite minoritaire et dominante. De nombreux mouvements sont inspirés par
l’anarchisme ( punks , squatters, mouvements de libérations divers, etc.…) Piotr Bakounine et Pierre-Joseph Proudhon sont les principales figures
fondatrices de l’anarchisme.
Stephen Pearls Andrew (1812-1886)
Ecrivain anarchiste individualiste américain il est l’auteur de nombreux écrits dans lesquels il développe ses concepts. Il milite en particulier pour que
la relation entre le travailleur qui vend son temps de travail à un employeur qui l’achète contre rémunération repose sur un accord
contractuel connu aujourd’hui sous le nom de salariat, avec en arrière fond cette constante des théories anarchistes de l’époque la volonté de ramener le
prix d’un bien à la seule valeur du travail nécessaire à la produire sans qu’il soit question de bénéfice.
Par ailleurs en 1860 Adrew élabore un
projet de société, la Pantarchie, qui s’inspire en grande partie des théories développées dans sa nouvelle science l’ universologie
. Avec la Pantarchie Andrew souhaite la création d’une nouvelle forme de gouvernance à caractère religieux, dont la préoccupation première serait le
développement spirituel de l’humanité, et d’un nouvel état qui lui serait inféodé. Avec l’universologie Andrew va à la recherche d’une science chargée d’étudier
les principes et vérités qui relient les domaines du savoir humain. Il tente en fait d’encadrer ces domaines dans des archétypes pour en
déterminer toutes les avatars possibles assimilant à l’occasion concepts et manifestations concrètes comme issus de mêmes sources. Une démarche identique
sera entreprise bien plus tard par Edward Osborne Wilson et sa «consilience». Selon Andrew toute chose dans la création est soumise à une trinité composée de l’ Unisme
relatif à l’unité -l’un, la gravitation, le centripète, l’arrivée- puis le Duisme qui concerne tout ce qui divise- diffère,
décentralise, la force centrifuge, le départ- et enfin le Trinisme qui est la réalisation par l’équilibre des deux forces opposées.
Comme on le voit rien de bien nouveau, si ce ne sont les termes car il s’agit ni plus ni moins que de reprendre la doctrine néoplatonicienne du principe
divin partagé en trois hypostases ou principes premiers, l’un, l’intelligence et l’âme, thème qui sera repris par le christianisme
sous la forme de la trinité. Sans doute influencé par ma méthode d'écriture rapide de Pitman (sténographie)
qu'il avait observé en Angleterre,et certainement soucieux d'imposer encore sa marque, Andrew élabore un nouveau langage artificiel l’ Alwato.
Comme on peut le ressentir, si l’anarchie est l’ordre sans le pouvoir il semble qu’Andrew ait été emporté par son besoin d’ordonner jusqu’à proposer de
remplacer une démocratie sans doute imparfaite par une théocratie qui n'est certainement pas l'exemple d'une société anarchique. Il démontre en cela une
des tendances perverses des grands utopistes qui ne veulent un
monde meilleur que s’il se plie à leur vision se mettant d’emblée à la frontière de la contre-utopie.
Avant la présentation de son projet pantarchique, Andrew avait créé en collaboration avecJosiah Warren la colonie utopique de
Modern Times (1851) puis ultérieurement à celle de Unity Home à New-York City en 1857.
Auroville
Ville créée près de Pondichéry en Inde par Sri Aurobindo en collaboration avec la Mère (Mirra Alfassa) dont l’objectif était d’offrir
un espace de vie ouvert à toutes les croyances, opinions politiques et nationalités. Inaugurée en 1968 Auroville est construite selon le principe de la
spirale galactique, avec dans son centre le « Matrimandir » considéré comme l’âme du lieu. La ville devait recevoir 50.000 habitants mais n’en compte
guère plus de 2000. Auroville est en soi une tentative de création d’une société utopique et ne semble pas échapper à l’écueil type auquel est confronté
ce genre de tentative, à savoir, l’impossible cohabitation avec la réalité.
Beatnik, Beat generation"
La Beat Generation est d’abord un mouvement littéraire et artistique apparu dans les années 1950 aux USA et dont les initiateurs sont Jack Kerouac (Sur la
route-1957), Allen Ginsberg (Howl-1956) et William Burroughs (Le festin nu-1959). La Beat Generation rejette le matérialisme bourgeois, son hypocrisie,
sa superficialité et surtout sa rigidité. C’est par une vie débridée et libérée de toute contrainte que devait s’exprimer cette libération. Puisant ses
racines dans une classe défavorisée ce mouvement reste avant tout intellectuel mais influencera les futurs mouvements contre-culturels et particulièrement
les Hippies, même si ceux-ci étaient majoritairement issus de milieux favorisés qu’il tentaient de fuir.
Le terme Beatnik n’apparaît qu’en avril 1955
sous la plume de Herb Caen du ‘San Francisco Chronicle’. Le suffixe « nik » viendrait de l’assimilation à la terminaison de Spoutnik, le satellite Russe,
afin d'instiller une note péjorative en insinuant l'existence d'un lien entre la philosophie ‘beat’ et le communisme. Toutefois il ne devrait s’agir que d’une interprétation tardive
ou «ajoutée» car le mot Spoutnik n’a été connu en occident qu’à l’occasion de l’envoi du satellite le 4 octobre 1957, soit plus de deux ans après sa
citation dans le San Francisco Chronicle.
De fait le sens de «Beat» est celui de «battu», soit, une génération battue, vaincue, écrasée. De plus les
‘Beats’ étaient au 19em siècle des vagabonds qui voyageaient dans les trains de marchandises mais qui sont d’avantage connus sous le nom de "Hobos"
(Homeless Bohemians) et qui sont décrit par Jack London dans «La route»…. D’ailleurs «Sur la route» de Kerouac initiera les
"road-movies" un genre appliqué au cinéma de ce qui existait déjà dans la très haute antiquité (Gilgamesh entre autre), le voyage comme moyen initiatique. En
l’occurrence et sans porter de jugement, les promoteurs de la Beat Generation ont surtout compté sur le psychotropes et l’alcool pour parvenir à des
nirvanas. La petite bande en a payé le prix et s’est retirée bien trop vite de la scène, transformant à l’occasion ce qui aurait pu être qu'une petite
désespérance ordinaire, en mythe fondateur de légende.
"Un bonheur insoutenable"
Cette œuvre d’Ira Levin publiée en 1969 situe son action après l’an 2000 dans une humanité qui s’appelle désormais la famille. Dans ce monde il n’existe
plus que quatre prénoms autorisés par sexe, la violence et l’égoïsme ont disparus non par l’opération du Saint-Esprit mais par le travail incessant UniOrd
ou Uni un ordinateur caché sous les Alpes qui veille au bonheur de tous et va selon un thème cher aux dystopies jusqu’à autoriser ou interdire la
procréation. En d’autres termes chacun doit être contenu dans les limites acceptables qui annihilent toute liberté individuelle même anodine. Ainsi Karl,
surnommé Ashi est privé de ses fusains au motif qu’il affiche un goût trop prononcé pour le dessin. Toute utilisation du temps à son seul profit en dehors
du cadre imposé par Uni est illégale. Des traitements médicamenteux sont prévus pour rester dans le rang et des traitements spéciaux sont concoctés pour
normaliser les rares récalcitrants. Bien entendu comme dans toute dystopie il existe des opposants, dont Copeau (Li RM35M4419) formé à l’indépendance
d’esprit par son grand-père.
L’utilisation de la science fiction dans les récits dystopiques devient une nécessité dans un monde qui est maintenant totalement connu. Plus question d’utiliser l’artifice de l’île inconnue, le temps devient en lui-même cet espace isolé impossible à atteindre. Dans cette dystopie Ira Levin semble s’attaquer à tous les systèmes de conditionnements qu’ils soient politique, religieux ou simplement conformistes. Thème récurent aux dystopies les élites dominantes qui semblent sous couvert du bonheur imposer leur façon de voir à toute une masse, restent des élites inconnues. Derrière le masque d’UniOrd se cache en effet une armée de programmeurs informatiques qui sont les véritables maîtres du jeu. Dans ce monde de 1969 où la guerre froide bat son plein sur une fond de course à la maîtrise de l’espace se profile le monde de demain qui sera d’autant plus contrôlé qu’il aura des moyens technologiques surpuissant à offrir à ses maîtres qu’ils soient devenus les pères d’une « famille » capitaliste ou communiste. Ainsi capitalisme, communisme, religion, ne sont jamais que des UniOrd derrière lesquels se cachent ces mystérieux faux prophètes de l’est comme de l’ouest qui veulent programmer le monde pour qu’il s’adapte à leur propre vision.
Campanella (Tommaso)
Né en 1568 en Calabre Giovanni Domenico Campanella prendra le prénom de Tommaso à son entrée chez le dominicains à l’âge de 15 ans. Il s’intéresse à la
théologie, la magie, l’astronomie et la médecine et s’oppose aux idées d’Aristote en privilégiant A l’instar de Telesio dont il s’est imprégné de
l’œuvre une recherche de la vérité basée sur l’observation de la nature.
Ses écrits le mènent en prison dès 1591, mais est acquitté l’année suivante
sous condition de retourner en Calabre. Il refuse et parcours divers lieux durant dix années au terme desquelles il participe à une conjuration destinée
à émanciper la Calabre du joug espagnol. Trahi et capturé en 1599 il sera arrêté, torturé et emprisonné à vie n’échappant à la mort que pour avoir simulé
la folie.
S’en suivront 27 années de prison au cours desquelles il écrira de nombreux ouvrages qu’il réussira à faire publier par l’entremise de ses
amis. Ce n’est qu’en 1626 qu’il sera libéré grâce à l’intervention du pape Urbain VIII mais son caractère indépendant continuera à lui créer des
inimitiés qui le pousseront à se réfugier en France où il deviendra le conseiller de Richelieu. Il meurt en 1639 à Paris. Ses principaux écrits sont, La
cité du soleil, La monarchie d’Espagne, Aphorismes politiques, Monarchie du Christ, Athéisme Vaincu, Métaphysique, Antivénitiens, Le sens des choses.
"La cité du soleil"
Cet ouvrage écrit en italien par Tommaso Campanella en 1602 alors qu’il était en prison il ne sera publié qu’au XXe siècle. Une deuxième version
rédigée en latin sous le titre « Civitas Solis » sera écrite en 1613 et éditée en Allemagne en 1623. Cet œuvre inspirée de la République de Platon et de
l’Utopia de Thomas More sera saisie par l’inquisition.
La cité du soleil reprend les thèmes fondamentaux de la société utopique telle que l’a présentée
Thomas More dans son Utopia. D’abord la cité du soleil est une île inconnue située quelque part du côté de Sumatra. Son architecture répond au cadre
structuré dans un carcan géométrique typique des cités utopiques. Ville circulaire est composée de sept murailles concentriques entourant un temple cœur
de la cité. Les sept murailles portent le nom des planètes et servent non seulement à protéger mais à enseigner les solariens. La cité est dirigée par un
chef (Hoh) qui détient à la fois le pouvoir temporel et spirituel. Hoh aussi appelé Métaphysicien est assisté de trois gouvernements, Puissance (Pon),
Sagesse (Sin), Amour (Mor). Pon est en charge de l’armée la guerre et la défense, Sin préside l’art, les métiers et la science, quant à Mor il s’occupe
de la génération, la vie sexuelle, et l’épuration de la race.
Il n’existe pas de propriété privée chez les solariens, comme en Utopia chacun doit
changer de maison, mais cette fois-ci tous les 6 mois et non tous les dix ans. Comme dans les autres utopies tous les aspects de la vie individuelle, la
sexualité, le travail sont régit par la coutume plus que par le droit écris. La cité du soleil établit une égalité entre tous ses citoyens. Chacun est
habillé de même manière, la nourriture est distribuée de façon égale pour tous. Comme dans les autres utopies les citoyens semblent avoir résolu les
problèmes de convoitise et de jalousie qui sont les poisons habituels générateurs d’inégalité sociale.
Contrairement à Utopia qui se concentre sur
l’aspect social et communautaire d’une société utopique, Campanella introduit la religion dans son utopie et prêche d’avantage pour une communauté
théocratique un peu à l’image d’une église qui serait en accord avec ses idéaux.
Contreculture
La contreculture décrit les valeurs d’un mouvement culturel qui va à l’encontre de la culture dominante de son époque. Ce terme possède en français une
connotation péjorative équivalente à sous-culture alors qu’en anglais il s’assimile au terme underground qui privilégie la notion de résistance ou
d’opposition souterraine à quelque chose. Le mouvement hippy des années 60 avec son opposition à la société bourgeoise de consommation et sa volonté de
libérer la sexualité contrainte de l’époque est un mouvement typiquement contre-culturel. Le féminisme, le mouvement punk, la
beat-génération sont d’autres exemples.
Diggers
Les « diggers » sont les membres d’un groupe contestataire apparu au XVIIème siècle en Angleterre à l’instar des Levellers (Niveleurs) de John Lilburne.
Dirigés par Gerrard Winstanley et William Everard les diggers réclamaient le droit de bécher (to dig=bécher, creuser) de labourer de planter et d’habiter
les terres relevant de la couronne et des communaux. Ils appliquèrent cette exigence pour le première fois à Saint George Hill à Walton on Thames dans le
Surrey donnant naissance à l’ « ancienne communauté de jouissance des fruits de la terre » (1649). Considérés comme des précurseurs du socialisme avec
T. Muenzer un des chefs de la révolte des paysans en Allemagne, les diggers étaient tout aussi préoccupés d’eschatologie (doctrine de la fin ultime des
choses). Dans la mouvance de l’époque ils s’approchaient des mouvements dissidents qui très déçus de la mise sous tutelle royale de l’église d’Angleterre
cherchaient à se débarrasser à la fois du roi et des évêques. Le mouvement des diggers s’inscrivait également dans une vision millénariste et apocalyptique
d’un prochain retour du christ qui devait changer l’homme en profondeur.
Le nom de diggers est repris en 1967 par le mouvement dirigé par Emmett Grogan qui s’est développé dans le quartier de Haight Asbury à San Francisco. Nés à l’initiative d’une troupe de théâtre, les diggers se mettent à proposer des repas, des magasins et même de spectacles gratuits. Les ressources sont obtenues par n’importe quels moyens y compris le vol. Plus qu’un mouvement contestataire les diggers apparaissent à l’image de leur créateur comme une tentative délirante, anarchique et finalement suicidaire d’établissement d’un onde plus équitable. Société utopique embrumée par les effluves des psychotropes de la Bay, les diggers ne dérogeaient pas à la règles des utopies qui repliées sur elle mêmes comptait finalement sur les autres pour assumer leurs chimères.
Destinée manifeste
La destinée manifeste est une conviction de l’élite dirigeante américaine du 19em siècle, qui affirmait que leur nation était investie d’une mission
divine et irréversible qui l’enjoignait de répandre la démocratie et la civilisation toujours plus à l’ouest du territoire. Cette vision empreinte de
messianisme entendait faire de l’Amérique l’archétype d’un nouvel ordre mondial débarrassé des tares du vieux continent. Cependant si cette promesse de terre promise
reposait bien sur un modèle religieux cher aux pères fondateurs, elle n’était pas pour autant dénuée d'opportunisme. Invoquée par le président Polk à
une époque de grandes annexions territoriales (1840), la destinée manifeste confortée par la doctrine Monroe (1823) tentait d'écarter les britanniques et les russes
de leur visées expensionistes sur l'Oregon et la Californie, l’objectif étant de réserver aux seuls américians l'accés à la côte Pacifique
porte du commerce vers l'Asie. Ainsi alors que les Etats-Unis interdisaient, selon la doctrine Monroe, à tous états européens de conquérir de
nouvelles colonies en Amérique, ils s’autorisaient une expansion colonisatrice -pardon!- civilisatrice, poussant toujours plus loin la frontière au nom du dieu de
la démocratie. En contrepartie ils s’interdisaient d’intervenir dans les affaires européennes, ce dont ils n’avaient de toute façon pas les moyens.
DIY (Do it yourself)
(Do-it-yourself ou Fais le Toi-Même en français) Attitude anticonsumériste développée par les mouvements punks et qui s’exprime par
des actions systématiques de recyclage, réparation, modification, d’anti gâchis en général, destinées à exprimer son opposition à l’économie capitaliste
tout en participant à une écologie active. Ce serait l’équivalant de notre système «D» si celui-ci n’était pas réduit au seul sens pratique.
En effet,
DIY est une véritable philosophie de l’existence dont l’intention est de s’émanciper des systèmes contraignants et hégémoniques quels qu’ils soient.
Ainsi par exemple le développement du système d’exploitation Linux, la production de Fanzines, ou encore l’encyclopédie libre Wikipedia en cherchant à se
libérer successivement de la domination Microsoft/Apple, des maisons d’éditions, ou des carcans universitaires, sont dans l’esprit de ce mouvement dont
l’essence est de transformer l’utilisateur passif en acteur.
Dystopie
Dystopie est le synonyme de contre-utopie.
Les dystopies sont généralement des œuvres littéraires au moyen desquelles leurs auteurs tentent d’alerter
leurs contemporains sur certaines conditions particulières observées dans leur époque qui pourraient à terme amener l’émergence d’une société de type
dystopique, c'est-à-dire une société dans laquelle une élite s’emparerait d’un pouvoir sans partage en soumettant la masse à sa volonté. Là où le projet
d’une société utopique a tendance à formuler une hypothèse, la société contre-utopique a déjà été largement expérimentée dans la réalité. Le nazisme
(prise de pouvoir d’une élite raciale), le totalitarisme soviétique (prise de pouvoir d’une intelligentsia) et sous certains aspects le capitalisme
libéral (prise de pouvoir d’une oligarchie) sont des états dystopiques.
On ne peut pas cependant opposer utopie et contre-utopie car ces deux concepts ne s’opposent pas littéralement. En effet l’utopie fait du bonheur un
objectif communautaire qui exige une forme particulière de gouvernance, en revanche les contre-utopies font de la forme de gouvernance un objectif
communautaire dont les conséquences malheureuses ne sont pas un objectif en soi. Ainsi on peut réduire les propositions en considérant que ce qui
oppose utopie et dystopie réside principalement dans la nature du pouvoir. L’utopie opte pour un pouvoir partagé entre tous pour le bien de tous la
contre utopie opte pour un pouvoir capté par une élite pour le bien de cette seule élite.
Les œuvres littéraires dystopiques les plus connues sont
«Le meilleur des mondes» de Huxley (1931) avec ses embryons conformés chimiquement pour en déterminer l’ordre hiérarchique, «1984» d’Orwell et son
Big Brother (1948), «Fahrenheit 451» de Ray Bradbury (1963), température à laquelle brûle le papier (233° Celsius).
«Un bonheur insoutenable» d’Ira Levin (1969),«Nous autres» de Ievgueni Zamiatine (1920). C’est avec « la ferme de
animaux » qu’Orwell dresse un excellent portrait d’une utopie se transformant en dystopie.
Voirs aussi > > > > Les utopies
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Eldorado
Article révisé le 17/03/2010
Les contes pour enfants et les fallacieuses promesses d’au-delà mirifiques que certaines religions agitent comme un pendule hypnotisant sont sans doute à
l’origine de ces croyances presque innées en des mondes d’inépuisables merveilles dont l’Eldorado n’est qu’un des nombreux avatars. L’immensité des terres
inconnues offerte par les nouvelles découvertes du 16em siècle ouvrait non seulement sur un nouveau, mais sur un autre monde, une nouvelle terre promise
un nouvel Eden.
Autant dire que lorsqu’en 1513 Vasco Nunez de Balboa entendit parler d’un royaume Incas du Pérou riche en or et que Cortés
remplissait les poches du trésor espagnol avec un autre or , celui de Tenochtitlan (futur Mexico), les esprits déjà chauffés au rouge accueillaient avec
rapacité cette rumeur d’un roi doré (el dorado) qui chaque matin se couvrait de poudre d’or et se rinçait ensuite dans un lac sacré.
C’est grâce à
Gaspar de Carvajal que le mythe devait s’affirmer. Dans ses chroniques il nous rapporte alors les aventures de Francisco de Orellana qui partit en
expédition de ravitaillement sur le rio Coca et se trouvant dans l’impossibilité de faire marche arrière, se laissa emporter par le rio Napo, puis le
Marañón pour parcourir enfin l’Amazone jusqu’à son embouchure. En chemin il rencontrera des indiens qui pour se débarrasser de son inquiétant équipage
lui feront croire à un pays de cocagne, l’Eldorado de Omaguas. C’est également au cours de cette aventure qu’Orellana apercevra les guerrières
Tapuyas qu’il assimilera aux amazones de l’antiquité et donnera leur nom au fleuve qui jusqu’à lors avait autant de noms qu’il existait de tribus
indiennes sur ses berges.
En 1560 le vice-roi du Pérou cherchant à se débarrasser de quelques aventuriers gênants demanda à Pedro Ursua de partir à la recherche de ce fameux
Eldorado de Omaguas évoqué par Cavajal. L’affaire se terminera tragiquement avec l’assassinat d’Ursua et de son lieutenant Fernando de Guzman par un
certain Lope de Aguirre immortalisé par Werner Herzog (Aguirre ou la colère de Dieu). Désormais la localisation de l’Eldorado semble se concentrer sur le
massif des Guyanes et un certain hollandais, Hondius, établit en 1599 une carte qui situait la citée d’or près du lac de Parima dans ce massif guyanais,
position qui sera confirmée par le cartographe Théodore de Bry qui en rajoutera en affirmant que Manoa est la plus grande ville du monde.
Il faudra attendre Charles Marie de La Condamine pour que ce mythe soit récusé et surtout l’explorateur allemand Alexander Humboldt pour qu’il soit
définitivement abandonné (1799).
L’Eldorado est souvent apparenté à une utopie, mais s'il est exact que par certains côtés ce pays imaginaire en
revêt bien les caractéristiques, ce n’est pas cette qualité qui dans cette époque en faisait l’attrait. Les conquistadores n’étaient pas des humanistes
en quête d’un nouvel Eden mais des prédateurs en maraude prêt à s’accaparer n’importe quel butin. L’Eldorado en temps que tel ne les intéressaient pas
car tout comme le Candide de Voltaire qui y séjourna, ils avaient compris qu’il n’y avait aucun avantage à être couvert d’or dans un pays où il suffisait
de se baisser pour en ramasser. L’or n’a de valeur que s’il permet de se distinguer de ses semblables, de s’extraire du lot, de se hisser au sommet des
pouvoirs et même tout simplement comme l’avouait Candide de s’épargner les foudres de l’inquisition.
L’Eldorado n’est pas une utopie mais une
chimère qui nous renvoie à cette question lancinante, le bonheur ne peut-il exister que s’il est instable et précaire et en corollaire, la douleur la
souffrance ou la crainte ne sont-elles pas des conditions nécessaires au bonheur. Voltaire fait de l’Eldorado vu par Candide un monde plus proche de
l’ Utopia de More car il s’en sert pour jeter un œil critique sur son époque et faire ressentir au travers de l’étonnement de candide, l’absurdité des
mœurs de son temps, et en particulier du monde religieux.
Extraits de Candide :
"Il (candide) voulu savoir comment on priait Dieu en eldorado.
Nous ne le prions point […]nous n’avons rien à lui demander ; il nous a donné tout ce qu’il faut, nous le remercions sans cesse. »
Ou encore l’étonnement de Candide apprenant qu’il n’existe pas de prêtres
"Quoi ! Vous n’avez point de moines qui enseignent, qui gouvernent qui disputent, qui cabalent et qui font bruler les gens qui ne sont pas de
leur avis ?
Candide finalement préfèrera retourner dans un monde où l’or permet de s’émanciper des contraintes générales plutôt que de
rester dans un monde où ces contraintes n’existent tout simplement pas.
Ermeson (Ralph, Waldo) 1803-1882
Poète et philosophe américain, il est à l’origine du mouvement transcendantaliste dont il pose les bases dans Nature (1836). Il
voit dans la nature une entité divine globale dont nous faisons partie et non ce self service matériel que nous en avons fait.De fait il est avec David H. Thoreau
un des précurseurs de l'hypothèse Gaïa développée en par James Lovelock. C’est toute notre notion
de la transformation de notre milieu en objet qui pose Emerson. En outre, il est un des premiers écrivains américain a avoir souhaité la rupture avec la
culture européenne et en particulier britannique pour donner naissance à une littérature purement américaine. D’ailleurs la concept même de nature qui
pour les britannique était une sorte d’annexe à l’histoire de l’homme devenait en Amérique un élément actif et créatif tourné vers les grands espaces
libérateurs d’énergie et d’imaginaire.
"Fahrenheit 451"
Roman de Ray Bradbury dont le titre fait référence à la température à laquelle s’enflamme le papier. Dans le futur décrit par l’auteur il est interdit de
posséder un livre, et ce sont les pompiers qui sont en charge de brûler tout livre découvert. Comme il se doit certains résistent et deviennent même des
hommes-livres en apprenant par cœur certains écrits. Ce roman est une dystopie qui communique son thème sur un fond historique imprégné de maccarthisme et
d’un nazisme encore récent qui brulait les livres interdits. Derrière ces deux évènements c’est toute la puissance d’une propagande mise au service d’une
cause perverse qui est en cause et qui se justifie par l’invention d’ennemis opportuns comme les juifs pour le nazisme et les communistes pour McCarthy.
Dans Fahrenheit 451 l’ennemi est le livre dont l’existence est intolérable du fait qu’il colporte toute contradiction en puissance pouvant être opposée à
la pensée unique qui tente de s’insinuer dans la direction des peuples. Supprimer les livres c’est d’abord supprimer la mémoire populaire, c’est faire
relles qui rendent plus difficile l’unification de la pensée ou tout simplement plus coûteux les frais de publicité et de packaging. Bradbury se situe à
la charnière de deux époques. Il vient d’abord de se monde du passé où il faut interdire l’information pour protéger les pouvoirs, et entre dans cette
nouvelle ère où il n’est plus nécessaire d’interdire mais au contraire inonder surcharger d’information afin de les noyer dans une masse informe qui finit
par écœurer ou simplement dérouter le lecteur ou mieux encore le manipuler pour lui faire acheter le dernier produit à la mode.
Familistère.
Jean-Baptiste André Godin n’est pas un gosse de riche, et quand il s’installe à Guise en 1846 pour y fonder la fabrique de poêles dont il est l’inventeur
il n’oublie pas d’où il vient. Attiré par la doctrine de Charles Fourier il investit une partie de sa fortune dans une implantation phalanstérienne au
Texas. L’échec de l’affaire le poussera à s’engager plus directement en adaptant le principe du phalanstère à une réalité plus pragmatique, et plus proche
de lui, qu’il appellera le « familistère ».
Il s’agit pour Godin non seulement de créer des conditions de vie plus équitables pour les ouvrier de son
entreprise mais d’éduquer ce monde ouvrier afin qu’il ne sente plus attaché à la misère par fatalité et qu’il finisse par se convaincre de ses bons
droits. Godin ne poursuit ni un projet marxiste ni une révolution et reste sans doute proche de Rabelais qui dans son Abbaye de Thélème considérait que
seul le développement intellectuel de l’individu pratiqué dans un contexte matériel confortable est garant d’une véritable société juste et pacifique.
C’est donc aussi et d’abord au confort de ses ouvriers qu’il s’attachera en faisant construire des habitations avec l’eau courante, des buanderies dans
les parties communes pour éviter que les appartements soient continuellement humides.
C’est autour du familistère, nom donné aux bâtiments abritant
les habitations des ouvriers que s’organise le principe coopératif basé sur les idées d’Owen. Sur ces références Godin installe des écoles mixtes
obligatoires jusqu’à l’âge de 14 ans, et créé une bibliothèque. La construction elle-même du familistère avec un bâtiment fermé sur une cour intérieure
est destinée à favoriser la cohésion de l’ensemble mais aussi par une surveillance réciproque de tous les habitants à établir une autodiscipline fondée
sur l’exemplarité et la réputation.
Les profits tirés de l’entreprise (fabrication et économats) sont destinés à financer les œuvres sociales et
la reste est partagé entre les ouvriers en fonction de la qualité du travail fourni. Pour gérer cette échelle des récompenses Godin met en place un
système de hiérarchie fondé en grande partie sur l’ancienneté mais aussi sur des échelons résultant des mérites particuliers. Pour parfaire son œuvre
Godin met en place un système de protection sociale contre la maladie et les accidents du travail et assure une retraite au plus de 60 ans.
Bien
entendu le système Godin est critiqué par les marxistes qui voient dans l’affaire la trace d’un paternalisme contraignant en même temps qu’une clientèle
qui leur échappe. Il est honni des commerçants soucieux de la concurrence déloyale des économats, exécré par le clergé qui voit sans doute dans la mixité
de l’enseignement et la promiscuité des logements l’œuvre de Satan. Pourtant Godin et son familistère retourné presque méconnu dans les placards de
l’histoire pourrait bien être un de ces rares visionnaires sincères qui avait compris que seule l’élévation des esprits pouvait permettre un jour leur
émancipation pour acquérir non l’égalité utopique mais le simple respect dû à tout être humain. Pour cela Godin savait que le pire ennemi de l’ouvrier
c’était l’ouvrier lui-même qui comme dans toute dystopie est conformé mentalement à subir sa domination comme une irréversible fatalité. C’est en grande
partie pour avoir ignoré cet indispensable élévation des esprits que l’expérience communiste manquant de socle stabilisateur à abouti sur ce monstrueux
échec en libérant les rancunes, et en remplaçant un régime injuste par un totalitarisme assassin.
L’association disparaît en 1968 et l’entreprise
devient une société anonyme .Aujourd’hui le familistère est classé monument historique et la marque des poêles Godin fait partie de la société Cheminée
Philippe.
Finifête (Primifête, Cynemerne, Trapemerne)
Fêtes célébrées à utopia en l’honneur du premier et du dernier jour du mois. L’anné utopienne est partagée en mois solaires et mesurée par la révolution
du soleil. Les jours de finifête le peuple réunit dans le temple le soir à jeun remercie Dieu pour ses bienfaits du mois ou de l’année écoulés. Les
lendemains jours de primefête il est demandé à Dieu de protéger le mois o l’année à venir. A finifête s’organise une confession publique sensée apaiser
le lien social.
"La ferme des animaux"
Article entièrement révisé le 14/03/2010.
Ce roman publié en 1945 est une fable au moyen de laquelle Orwell nous décrit sa vision de la situation postrévolutionnaire de l’union soviétique, nous
offrant à l’occasion un modèle typique de la transformation d’une utopie en dystopie. Las de supporter l’esclavage auquel les soumet M. Jones, les
animaux de la ferme se révoltent et finissent par chasser les hommes pour prendre le pouvoir. Heureuse époque qui voit enfin fleurir hymnes à la liberté et
promesses d’éternels lendemains qui chantent, des « plus jamais ça » des « tous ensemble » fédérateurs, sans oublier la trilogie sacrée, liberté égalité
fraternité ce qui en langage animal se traduit par « Non aux deux pattes (les hommes), les quatre pattes, Oui ! ». Mais à peine les flonflons de la fête
sont-ils retombés que voilà déjà les surlendemains qui déchantent.
C’est ainsi que Napoléon petit cochon malin à grosse tendance feignasse entouré
de Boule de Neige éminence à tout faire, et de Brille-babil brosse à reluire de service, prennent le pouvoir de ce nouveau monde égalitaire. Très
rapidement Napoléon décide d’aller à l’essentiel et met fin unilatéralement aux débats démocratiques pour réserver les décisions au comité restreint de
l’élite porcine devenu pour l’occasion la race dominante. Mais il n’en restera pas là et restreindra encore son comité restreint en éliminant son
concurrent Boule de Neige parce que Napoléon n’a plus qu’un but dans la vie, profiter de la planque.
Bien entendu Orwell dresse avant tout un
portrait jubilatoire de la révolution bolchévique. Napoléon cet exploiteur de son petit peuple animal est Staline et Boule de Neige Trotski. Sage l’ancien
ce cochon qui souffle sur la braise pour alimenter la révolution, est l’idéologue Karl Marx. Quant à Brille-babil toujours à se mettre en quatre pour
satisfaire le petit père cochon du peuple c’est la propagande.
Il nous reste Malabar, le cheval toujours plié sous le harnais et qui trouve qu’il
n’en fait jamais assez, un besogneux qui ne se plaint pas et qui finalement dès qu’il sera devenu inutile, sera envoyé à l’abattoir et vendu à
l’équarisseur par Napoléon pour se faire un peu de blé. Malabar est ce peuple soumis par nature, juste bon à trimer qui sera privé de sa révolution par
un tyran qui ne fera qu’en remplacer un autre.
La ferme des animaux est aussi l’histoire type d’un projet utopique qui n’existe que le temps où il reste une hypothèse mais se désintègre dès lors qu’il s’expose à une réalité qui par nature est cul et chemise avec la contre-utopie. Ce que ce récit démontre parfaitement sont les manipulations exercées par l’intelligentsia porcine sur la communauté animale afin de faire passer la pilule de cette mutation l’utopie en dystopie. Comme on l’a déjà vu la devise « tous les animaux sont égaux » se voit complétée de la phrase « mais certains plus que d’autres ». Pour donner un semblant de légalité aux beuveries de napoléon la règle qui dit que nul ne boira d’alcool devient « nul ne boira d’alcool en excès » et enfin le tabou absolu du « nul ne tuera d’animal » se transforme en « nul ne tuera d’animal sans raison valable ». Désormais Napoléon fera trimer les quatre pattes pour pouvoir en faire à sa guise et taper le carton avec les ennemis d’hier les deux pattes.
Charles Fourier (Phalanstère)
Théoricien de l’attraction passionnée, l’univers serait en relation avec les passions humaines qu’il reflèterait. Il classe les hommes et femmes en 810
catégories correspondantes à autant de passions sous passions et sous sous passions. Sur cette base de 1620 caractères qu’il appelle phalange il construit
un phalanstère (1620 personnes) L’attraction passionnée est une impulsion archétypale qui persiste en dépit de touts les influences sociales et éducatives
. Le travail et la morale pervertissent l’attirance naturelle.
Il considère que le phalanstère constitue un lieu de réunion permettant
l’épanouissement des qualités de chacun dans une complémentarité, sans évoquer le casse tête qu’un tel choix représenterait Le produits du travail des
phalanstères est réparti entre différents groupes et en suite individus non pas selon des critères de rentabilité économique mais de capacité à
susciter le désir de produire et leur potentiel d’harmonisation du phalanstère.
Les dividendes sont distribués en fin d’année moins le coût des biens
et services rendus par la communauté du phalanstère. L’accent est mis sur la libération de la femme sans laquelle il n’existe pas de véritable progrès
social.
Fourier s’oppose à la pensée bourgeoise fondée sur la propriété privée et la recherche de l’intérêt personnel. Il voit l’évolution de
l’humanité passer de Eden, la sauvagerie, le patriarcat, la barbarie (début du capitalisme), notre époque, celle de la civilisation et enfin l’Harmonie
qui sera l’ordre à venir, ordre sociétaire ou ordre combiné. Cette société de l’harmonie devra durer 35000 ans, la vie sera en moyenne de 144 ans, et un
cinquième membre poussera à l’homme. En réaction à la bourgeoisie il rejette l’amour fleuri en tellement prisé en France qu’il considère comme une
manipulation destinée à assouvir les désirs sexuels et lui oppose l’attraction affective.
Pour développer ses arguments Fourier utilise une
terminologie alambiquée et frise avec les élucubrations mystiques. Il construit surtout une usine à gaz aux méandres impraticables. Ainsi ses intensions
humanistes qu’il souhaite concrétiser au travers des familistères n’aboutiront jamais à de grands succès, mais ses idées proches du mutualisme apporteront
leur contribution à l’ensemble du processus d’humanisation des rapports sociaux.
Fruitlands
Communauté fondée à Harvard Massachusetts par l’écrivain et philosophe Amos Bronson Alcott (1799-1888), Fruitlands est plus une sorte de lubie qu’une
véritable tentative utopique. Alcott fut influencé par la rigidité d’un protestantisme auquel par ailleurs il déniait tout droit d’influer sur sa propre
foi, de même qu’il refusait à tout gouvernement le droit de lui imposer ses règles. Cette opposition à l’autorité ne le pousse pas pour autant vers la
culture de masse. Il abhorre la démocratie et considère que Belzebuth gouverne les masses faisant de l’opinion publique une forme dégénérée de pensée.
Fruitlands va être pour Alcott l’occasion d’accoucher sa propre vision d’un monde sans doute inspiré du transcendantalisme
mais qu’il semble avoir rempli plus de fantasmes que de projets élaborées. Il fait de la rupture avec tout système économique et de l’autosuffisance de
sa communauté des conditions essentielles de la liberté, démontrant à l’occasion son impréparation. En effet de nombreuses expériences ont prouvé que
pour parvenir à l’autosuffisance une société doit atteindre un nombre important d’individus ce qui était loin d’être le cas de Fruitlands avec ses 14
adhérents de base.
Les adeptes de la «Consociate family» tel qu’ils se nommaient, se considéraient eux-mêmes comme individualistes, communistes,
et partisans de la désobéissance passive. Totalement végétaliens ils poussaient le respect des animaux jusqu’à n’en utiliser aucun pour les travaux des
champs, et ne portaient pas de vêtements de laine pour ne pas heurter les moutons. Ils ne portaient pas plus d’habits de coton afin de protester contre
l’esclavage main d’œuvre principale du secteur cotonnier. A Fruitlands on ne buvait que de l’eau, se lavait à l’eau froide et on n’utilisait jamais la
lumière artificielle. Inspirés par les méthodes éducatives d’Alcott non seulement on ne batait pas un élève qui avait mal fait, mais c’était l’élève qui
devait battre son maître.
Tout ce petit monde pétri de bonnes intentions n’était en aucun cas armé, ni pour les travaux des champs, ni pour
résister aux rigueurs de leur premier hivers de paysans. L’expérience ne dura que quelques mois à cheval sur 1843 et 1844 et n’assura pas à Alcott la
postérité espérée.
Gaïa, Hypothèse Gaïa
1-Gaïa dans la mythologie grecque est la divinité primordiale qui a donné naissance sans intervention d’un mâle à Ouranos, le ciel,
Pontos, les flots, et Ouréa les monts, puis en s’unissant à Ouranos, aux Titans, cyclopes et Hécatonchires les monstres aux 100 bras. Elle est la tête
de file des divinités chtoniennes régnant sur les mondes telluriques et souterrains opposée aux divinités ouraniennes ou célestes. Gaïa est l’archétype
de la parthénogénèse reprise par la chrétienté sous la forme de la Vierge Marie qui est d’ailleurs souvent représentée avec un nouveau né dans les bras
et un globe terrestre sous les pieds.
2-L’hypothèse Gaïa est une théorie controversée émise par James Lovelock en 1970 et qui considère que la terre est
un système physiologique faisant corps avec l’ensemble des êtres vivants avec lesquels elle partage un intérêt solidaire, le maintient de la vie. Il
s’agit là d’une théorie en conflit avec le darwinisme qui affirme que seul le milieu agit sur les espèces et les fait évoluer, alors que Lovelock
ajoute que les espèces aussi peuvent influencer le milieu, ce qui nous semble exact. Nous ne citerons qu’un seul exemple largement significatif l’action
des immenses nappes de plancton qui dans le Pacifique concourent à la régulation de la composition atmosphérique. Le concept Lovelock est donc mixte
par rapport à celui de Darwin. L’hypothèse Gaïa se heurte encore au fait que le vivant se définit aussi par la nécessité d’une opposition avec le milieu
dans une relation proie/prédateur et qu’en l’occurrence la terre n’a pas de prédateur, ce qui n’est pas certain si l’on pense à l’action de l’homme sur
son milieu. En revanche la terre ne semble pas répondre à une des conditions qui détermine une espèce, à savoir, la capacité de se reproduire. La
question semble alors être de savoir que si la terre ne peut alors être définie comme une espèce vivante au sens scientifique, ne peut-elle pas pour
autant être considérée comme une entité, ou une super entité, ce qui impliquerait nous semble-t-il de verser dans cet animisme propre au société
primitives et tellement proscrit par notre rationalisme simplificateur.
Cette idée de corps global que serait la terre se rapproche du concept de
cerveau global qui voit chaque composante du vivant comme un partie d’un tout, mais aussi de noosphère une sorte de fine couche entourant la terre et
qui contiendrait la somme et peut-être la source de toutes les pensées, de telle manière que, comme le dit Howard Bloom dans « Le cerveau Global », ce
sont les idées qui choisissent l’homme et non l’inverse. Que l’hypothèse Gaïa, le cerveau global, ou la noosphère soient des
formulations valides ou validées ou non, n’empêche pas de penser qu’il s’agit là en tous cas de propositions novatrices qui ouvrent une nouvelle façon
d’aborder notre rapport au vivant.
Hippie (mouvement)
Le mouvement Hippie (né aux USA) se caractérise par une l’opposition d’une partie de la jeunesse issue du baby-boom aux valeurs et traditions de la
société bourgeoise des années 60. Aux repères de valorisation sociale offerts par le travail et la réussite professionnelle, les hippies proposaient le
rejet du matérialisme sacralisé par la société de consommation. Le mouvement hippie ne reposait pas sur une véritable idéologie structurée mais misait
sur une libération par une pratique désorganisée de la libération des mœurs, la liberté sexuelle, et l’utilisation de psychotropes pour atteindre des
états seconds. L’époque est aussi à la découverte du Bouddhisme et de l’Hindouisme qui vont participer à la recherche d’autres formes de rapports à la
vie. Produits bio, retour à la nature, Peace and Love, faites l’amour et pas la guerre, les hippies lorgnent déjà sur les idées new-age.
Par certains
côtés les hippies sont une des dernières manifestations du socialisme utopique qui militait pour la naissance d’une société égalitaire et libertaire non
par l’action politique mais par l’addition de bonnes volontés individuelles. La Beat Generation qui a précédé les hippies, représente le fondement
intellectuel hippie même si Kerouac ne s’est jamais solidarisé avec eux. C’est sur le plan artistique que le mouvement hippie a le plus agit, en
particulier la musique et l’art plastique avec le psychédélisme qui tentait de transmettre les sensations ressenties sous LSD ou autres psychotropes.
Le mouvement hippie reste la protestation d’une jeunesse qui s’est confrontée à un état de suffisance matérielle sans jamais avoir véritablement connu
la menace de pénurie et qui a dû tout aussi bien se ré-enchanter et se remotiver . Une génération qui n’avait plus rien à conquérir qu’à attendre la
retraite ou la grande déflagration nucléaire promise par la guerre froide. Ce rejet systématique dans une recherche de paradis perdus a manqué d’assises,
et la lutte contre la guerre du Vietnam n’a pas été en soi un mouvement politique. Il faudra attendre le mouvement punk pour voir réapparaitre un
fondement idéologique aux idées libertaires et une démarche structurée dans le style et l’esprit de l’ anarchie.
Icarie ( Voyage en Icarie)
Récit imaginaire écrit pat Eugène Cabet en 1842 relatant le voyage d’une jeune anglais en visite dans une île inconnue, Icarie. Il s’agit pour Cabet de
décrire une société fondée sur les critères habituels définissant une société utopique. L’égalité comme toujours est l’argument obsessionnel qui à lui
seul est sensé apporter la justice sociale et le bonheur aidée en cela par l’absence de propriété individuelle, d’argent, de cours de justice et cerise
sur le gâteau de délinquance. Dans ce monde fermé et régit par les carcans architecturaux propre au genre, chacun reçoit nourriture et vêtement en fonction
de ses besoins, l’éducation est gratuite et ouverte aux deux sexes et il n’existe pas de religion d’état.
Rien de bien original sous le soleil des
utopies et d’ailleurs pourrait-on sortir dans ce domaines des quelques clichés qui alimentent çà et là les illusions. Par bien des côtés les utopies
ressemblent aux promesses de ces messies ou gourous qui de temps à autre arrivent à entraîner des âmes en peine dans leurs délires, et Icarie n’échappe
pas à la règle, d’ailleurs Cabet considérait les premiers chrétiens comme formant la première forme de société idéale, démontrant à l’occasion une vision
naïve de ce qui était déjà un combat de tranchée entre de multiples conceptions concurrentes.
En 1847, 150 sympathisants votent l’acte de
constitution de l’Icarie avec Eugène Cabet comme président, et constituent le bureau de l’immigration icarienne. En 1848, 69 colons tentent de
s’implanter sur les rives de la Red River au Texas mais décimés par le paludisme ils abandonnent et se réfugient à La Nouvelle Orléans où ils seront
rejoints par de nouveaux icariens et dès 1849 par Eugène Cabet lui-même. Une nouvelle migration du groupe va diriger les colons vers Nauvoo en
Illinois. Après une courte période de prospérité une crise surgit en 1856 en raison dune attitude trop autoritaire de Cabet qui après avoir entrainé
200 à Saint-Louis, décède d’une attaque cérébrale. La communauté disparaîtra en 1863 mais le mouvement suivi par les branches dissidentes tiendra
jusqu’en 1878.
En 1881 une nouvelle vague de colons inspirés par le mythe icarien s’installe en Californie près de Cloverdale et créent la
communauté de d’Icaria Speranza en s’inspirant des idées de Charles Fourier et de Saint-Simon, mais cette communauté sera dissoute en 1886.
Levellers
Les levellers (niveleurs) étaient un groupe d’individus qui s’était constitué durant la révolution anglaise autour des personnalités de quelques
pamphlétaires qui défendaient l’idée de l’égalité et du droit de propriété pour tous. Ils entendaient que le rôle du parlement soit majeur dans le
fonctionnement de la nation mais en insistant sur le fait que celui-ci n’était jamais que le représentant des volontés populaires. Le seul maître de na
nation devait être ni le roi, ni en définitive le parlement qui n’était qu’un rouage du système, mais tout simplement le droit. Les levellers ont limité
leur action à des écrits et ils ont de fait disparu lorsque leurs pamphlétaires se sont éteints (John Lilburne, Richard Overton, William Walwyn, John
Wildman. Les levellers ne doivent pas être confondus avec les diggers.
Libre pensée (Libre penseur)
Refus de se livrer à tout dogme établi et compter sur sa propre raison pour élaborer ses critères et valeurs. De ce fait la libre pensée se confronte
souvent aux dogmes religieux sociaux et politiques. La libre pensée est une disposition de l’esprit à s’émanciper des carcans imposés par tous les aspects
de la tradition, elle ne doit cependant pas être systématiquement assimilée à des notions comme l’hérésie, l’athéisme, ou plus généralement à des courants
d’opposition ou de contreculture qui peuvent être motivés par la libre pensée comme par toute autre motivation, y compris à esprit totalement contraire.
Mère
Mirra Alfassa née en 1878 à Paris fut appelée Mère. Elle est à l’origine avec Sri Aurobindo de la création de la communauté d'Auroville
en Inde. Mariée au peintre Henri Morisset elle divorce pour épouser Paul Richard avec lequel elle part à Pondichéry et rencontre Sri Aurobindo. Elle
travaille à la descente dans le monde matériel de quelque chose qui devra transformer la vie, et fait part de son expérience au travers de ses écrits
(Agenda de Mère). Durant la dernière partie de sa vie il semble qu’elle ait été séquestrée par ses adeptes indiens qui voulaient tout simplement la
déifier contre son gré. Mère aurait même fait parvenir un message à un de ses amis pour lui faire savoir qu’on cherchait à l’empoisonner. Totalement
isolée elle mourra en 1973 très certainement empoisonnée à l’arsenic. Ces manigances ne concernant que le cercle restreint de ses adeptes indiens,
l’environnement « Auroville » n’a pas été impliqué dans cette manipulation et existe toujours à ce jour.
Modern Times (Brentwood)
Colonie utopique individualiste anarchique fondée à Long Island (New-York) en 1851 par Josiah Warren et Stephen Pearls Andrew
reposant sur la notion de souveraineté individuelle et sur la libre adhésion de ses adhérents. Elle reprend les idées et principes que Warren avait
expérimentés à Times Store à Cincinnati en 1827 ainsi qu’à Utopia. Le produit du travail y est considéré comme propriété privée
et la monnaie locale repose sur une valeur échange/travail. Comme à Utopia la valeur d’un produit dépend uniquement du travail qui est consacré à sa
fabrication la notion de profit étant bannie. Les terrains sont acquis en propriété privée par les habitants de même que les allées qui étaient communes
au départ. Modern Times fonctionne sans police, sans tribunal et sans prison. La guerre civile et l’infiltration d’individus peu motivés par les idéaux
des fondateurs ont mis un terme à l’expérience. Le nom de Modern Times à disparu pour laisser la place à celui de Brentwood localité du district de
New-York.
New-Age
Le New-Age est un courant qui dans la société occidentale prône un éveil de la spiritualité par une approche individuelle et libertaire située en
dehors des religions traditionnelles. D’une certaine manière le New-Age applique au spirituel ce que les mouvements socialistes utopiques,
la Beat-Genaration les hippies ou les punks , appliquaient au social et au politique, à
savoir, un rejet des corps constitués et dogmatiques et la prévalence des choix individuels et des communautés intentionnelles comme modèle d’existence.
Il n’est donc pas étonnant que ce courant soit concomitant aux phénomènes de contrecultures rencontrés dans la deuxième partie du 20em siècle.
Cependant une des pièces maitresse du New-Age reste le mythe de l’ère du Verseau qui devra succéder à celle du poisson, celle du Christ. Cette ère du
verseau devra être une époque où l’homme accomplira la perfection de son potentiel psychique et spirituel. L’ère du verseau est un millénarisme qui
accomplit la destinée de l’homme par une sorte d’influence cosmique agissant en douceur sans qu’il soit nécessaire pour cela de l’impérative apocalypse
chère aux jeteurs d’effrois en tous genres. La doctrine du New-Age tire ses sources d’une multitude de religions constituées telles que le bouddhisme
l’hindouisme le tantrisme, ou d’églises qui elles-mêmes se sont inspirées de ces religions comme la société théosophique mais aussi des néo-paganismes,
chamanismes, wiccas, druidisme, ou encore des adaptation de syncrétismes afro-américains.
En dehors des religions déjà soutenues par des écrits
traditionnels, le New-Age construit en partie (et pour certains) sa cosmogonie sur les ouvrages d’Alice Bailey (Le traité des sept rayons) d’Helena
Blavatsky (La doctrine secrète) de Georges Gurdjieff, Ouspensky, l'ésotérisme en général. En même temps apparaît toute une littérature valorisant la part active du corps dans le processus
d’émancipation spirituelle dont l’éveil à une nouvelle spiritualité allait souvent de pair avec une démarche thérapeutique. Arthur Janov et son «cri primal»
voulait recréer les conditions difficiles de la naissance pour en décortiquer les éléments dramatiques fondateurs des troubles du comportement. Alexander Lowen
et sa bioénergie proposait en ensemble de techniques libératrices de tensions. Fritz Perls voyait dans la Gestalt, une sorte de jeux de rôles, un moyen
de jouer à son propre spectateur pour se décoder.
Le New-Age est un bric-à-brac, mais pour certains il est surtout un bric à braques. Il est vrai
que sa nature indépendantiste l’expose à la critique des corps religieux historiquement constitués, mais ces derniers peuvent être soupçonnés de
désinformation. On peut cependant penser que le New-Age est la voie royale pour tous gourous prédateurs et que le supermarché du spirituel qu’il offre
repose en partie sur des églises douteuses, bien que cette notion de « douteuse » soit extrêmement suggestive, la plupart des églises confirmées étant
fondée avant tout sur des mythologies. Il reste que cette incertitude et cet ostracisme sont sans doute les prix à payer pour choisir le chemin de
l’indépendance pour son cheminement spirituel.
Robert Owen (New lanark, New Harmony, George Rapp)
Robert Owen est issu d’un milieu modeste et ce sera par son intelligence et ses efforts qu’il parviendra à créer à 18 ans sa propre entreprise.
L’Angleterre de l’époque est en plein essor industriel. L’invention de la machine à vapeur et celle du métier à tisser à eau font passer le travail de
l’artisanat à l’industrie. Pour résoudre le besoin de main-d’œuvre les enfants des hospices sont offerts aux manufactures qui leur imposent un travail
allant de 5 heures du matin à 8heures du soir.
En 1799 Owen devient directeur de la société New Lanark, épouse la fille de son propriétaire David Dale et profite de sa situation pour commencer à expérimenter ses idées humanistes. Il n’engage pas d’enfants de moins de 10 ans, refuse d’utiliser les jeunes indigents comme apprentis et améliore les conditions de travail. Mais ce qui obsède Owen est l’éducation qu’il juge inadapté et juste bonne à former des criminels. Pour lui c’est dans les premières années de la vie que se forment les individualités et de ce fait une mauvaise éducation de base est pratiquement irréversible. De plus l’éducation pour lui ne doit pas se borner à donner des outils (apprendre à lire et écrire) mais à développer le sens critique et la capacité de raisonner en dehors de tout dressage. C’est en offrant un système d’apprentissage de qualité que l’état autrement dit le peuple s’offrira finalement la meilleure gouvernance.
A New Lanark le beau-père d’Owen avait déjà entrepris une démarche tendant à améliorer la
situation des ouvrier . Mais Owen voulait aller plus loin et en particulier dans le domaine de l’éducation qu’il considérait comme la source de toute
évolution sociale. Mais devant les dépenses improductives que représentaient ces lubies, les associés d’Owen le lâchèrent. Il se lia à de nouveaux
partenaires quakers en indiquant par contrat ses intentions de créer des écoles d’excellent niveau.
La première décision fut de répartir les élèves
par tranche d’âge, les moins de quatre ans, les quatre à six, et les six à quatorze ans. Les méthodes pédagogiques furent modernisées. Il fut interdit
de pratiquer les châtiments corporels, et des moyens d’apprentissage ludiques furent inventés. Le chant la danse ainsi que la gymnastique furent ajoutés
aux mathématiques et autres sujets classiques. Les élèves qui quittaient l’école à 10ans pouvaient suivre les cours du soir, ainsi que les adultes.
Vers 1819 des accusations d’irréligion furent portées contre Owen et le forcèrent à rompre ses liens avec l’école. Ses associés en profitèrent pour rétablir la lecture hebdomadaire des écritures saintes, interdire le port du kilt aux enfants de plus de 6 ans et congédier les enseignants formés aux anciennes méthodes. Pour Owen il était temps de passer à une autre chose qui lui fut apportée sur un plateau avec la visite de Richard Flower un anglais arrivant d’Amérique et qui était chargé par la Harmony Society de vendre un terrain de 10.000 hectares propriété d’une secte rappiste située dans l’Indiana et dont les critères d’égalitarisme communautaires n’étaient pas sans intéresser Owen.
La communauté rappiste est une secte protestante fondée par
George Rapp et arrivée en Amérique en 1803. Ils s’établirent d’abord à Harmonie en Pennsylvanie et 10 ans plus tard déménageaient pour l’Indiana où ils
créaient New Harmony. New Harmony fonctionnait sur une mise en commun du travail et des dépenses. Owen y fonda sa communauté dont il établissait la charte
de la « Nouvelle communauté égalitaire de New Harmony » et dont les membres devaient être considérés comme étant une seule famille. Avec l’aide financière
de William Maclure un écossais intéressé par l’éducation Owen transforma ses écoles en entreprises distinctes et afin de combattre l’oisiveté et financer
l’entretien Maclure acquit 450 hectares de terrain qu’il fit cultiver aux élèves.
L’école se divisait en six départements, l’agriculture, industrie,
littérature, science, éducation, économie domestique, économie générale commerce, chaque département étant géré par un intendant assisté de quatre
surintendants. Ces intendants furent ressentis par certains comme représentant l’immiscions d’une forme d’autorité gouvernementale dans un système qui se
voulait autogéré. Ceci ajouté à la diversité des origines culturelles et des croyances religieuses des harmonistes aboutit à la scission de New Harmony
en diverses communautés.
Ceci mit fin à l’expérience Owen en Amérique mais ne dissuada pas ce dernier de tenter sa chance au Mexique. Son succès fut
surtout celui des communautés coopératives qui pouvaient être créées par des propriétaire fonciers, des paroisse ou des associations et qui se répandirent
en Grande Bretagne. Ce mouvement coopératif est aussi à la base du syndicalisme en Grande Bretagne.
Diverses communautés se référant à Owen émergèrent. Macluria du nom du dissident de New Harmony William Maclure. Celui-ci en désaccord avec les opinions religieuses d’Owen s’établit à 2 milles de la communauté mère et entraina jusqu’à 150 personnes avec lui. Cette communauté disparue à la suite de dissensions internes. Feiba-Pelevi dont le nom était la traduction en lettre de la latitude et longitude du lieu d’implantation de la communauté dans l’Indiana. L’expérience communautaire s’y transforma en acquisition privées en quelques années. Yellow Spring (Ohio) où une centaine de familles tentèrent de ranimer New Harmony, Nashoba (Tennessee) destinée à préparer les esclaves noirs à leur émancipation. Franklin Communuty réunion de libres penseurs rejointe par un harmoniste (de New Harmony) et qui ne durera que 5 mois. « The Freindly Association for mutual interest » qui réunissait 150 fermiers tentant à nouveau de revigorer l’expérience New Harmony, mais qui abandonnèrent rapidement l’essai au prétexte que le communautarisme n’est pas plus rentable que l’individualisme. » Maxwell Ewenite Colony » et sa tentative infructueuse d’exporter l’owénisme au Mexique. Bien que finalement lâché par ses partisans Owen sera à la source du mouvement coopératif.
Noosphère.
La noosphère est un concept développé par Teilhard de Chardin et qui postule à la formation autour de la terre d’une zone contenant l’ensemble des
pensées et des idées produites par l’humanité. Il s’agirait d’une sorte de corps psychique un peu à l’image d’un corps astral qui s’intensifierait sous
l’effet de la progression démographique. Cette théorie rejoint d’autres thèses qui militent pour la vision d’un monde où la notion d’individu tend à se
retirer au profit d’une globalisation des cerveaux pour produire une sorte de nouvelle espèce celle des super-organismes. La thèse noosphère est en
contradiction avec le darwinisme qui comme pour l’hypothèse Gaïa affirme que seul le milieu peu avoir une influence sur l’espèce et
non l’inverse. Or avec la noosphère c’est bien l’espèce, l’homme pensant qui créé le milieu, la noosphère. Alors si maintenant nous choisissons de nous
fier à un système mixte tel que le propose justement Lovelock, quel sera le résultat de ce nouveau milieu rendu surpuissant sur l’espèce, autrement dit,
nous.
"Nous autres" (Zamiatine)
Œuvre contre-utopique d’Eugène Zamiatine publiée en 1920 et utilisant l’artifice de la science fiction pour transmettre le message d’un habitant du futur
(D-503) aux contemporains de Zamiatine. Un millier d’années plus tard (que 1920) le monde n’a plus qu’un seul gouvernement entièrement occupé à imposer
le bonheur aux hommes qui n’ont plus de nom mais des numéros.
C’est en suivant la loi de la table des heures qui spécifie sans aucune dérogation
possible l’ensemble des actes devant être accomplis à un moment précis de la journée que l’on pense pouvoir atteindre le bonheur parfait. Il existe
encore deux heures de la journée qui sont laissées libres, mais au lieu d’être perçu comme une liberté, la situation est considérée comme un état
inaccompli et transitoire qui devra être amendée. C’est d’ailleurs avec étonnement et presque effroi que l’on songe à cette époque ancienne où chacun
pouvait faire ce qu’il voulait au moment où bon lui semblait dans une anarchie incompatible avec le bonheur. Dans ce monde, la toute puissance de l’état
intervenant pour gérer et contrôler toutes les phases de la vie a réussi à convaincre chacun que le bonheur ne pouvait passer que par une aliénation de
toute forme de liberté. Complètement conditionnés à la nouvelle pensée les individus sont totalement soumis au principe liberticide auquel ils participent
sans réserve n’arrivant même plus à imaginer ce que pourrait être une société non conditionnée. Là encore comme dans toute dystopie l’accent est mis sur
le rapport au sexe, et à ses conséquences, les générations. Les habitants de ce futur se demandent pourquoi les hommes qui avaient appris l’élevage afin
de gérer la population animale selon leurs besoins, n’avaient jamais poussé la logique jusqu’à faire de même avec eux-mêmes.
Cette histoire est typique du genre qu’elle initie en grande partie puisque Zamiatine inspirera Orwell et Huxley. Il s’agit de se confronter avec nos habitudes en projetant notre normalité d’aujourd’hui dans un futur où elle est devenue anachronique ou même hérétique. « Nous autres » est le trait d’union entre l’œuvre utopique et dystopique. En effet l’élite dominante cherche à imposer un monde parfait et heureux à la masse soumise, mais il utilise pour cela les méthodes qui seront employées dans les dystopies pour soumettre ces mêmes masse à une élite qui cette fois n’aura cure du bonheur du peuple mais sera occupée à préserver ses seuls intérêts. « Nous autres » définit parfaitement le mouvement communiste auquel il s’attaque en voyant venir sa dérive totalitaire et exterminatrice qui s’inscrit dans le contexte historique particulier du lendemain de la révolution russe. Zamiatine qui était un partisan de la thèse communiste, décrypte très rapidement les abus contenus dans le système et prévient des dérives à venir. Il sera pourtant un des rares auteurs à être autorisé par Staline à quitter la Russie et il se réfugiera en France où il finira ses jours.
Philarque (Protophilarque, Syphogrante, Tranibore)
Le Philarque est un magistrat de l’île d’Utopia élu tous les ans pour représenter 30 familles. Il s’appelait autrefois, Syphogrante. Dix syphograntes
(300 familles) obéissent à un protophilarque autrefois nommé tranibore. Ces mêmes syphograntes au nombre total de 1200 sont en charge d’élire le prince
parmi quatre citoyens proposés par le peuple et choisis selon leur moralité.
Cette description de la hiérarchie utopienne ne semble pas supporter la
comparaison avec les autres chiffres indiqués dans le récit. En effet si mille deux cent syphograntes représentant chacun 30 familles élisent le prince
nous arrivons à un total de 36.000 familles, alors que nous savons que l’île est constituée de 54 cités de 6000 familles soit 324.000 familles. Si
maintenant cette structure hiérarchique est celle d’une ville ( ce qui n’est pas précisé sauf erreur) nous serions toujours en discordance. De plus les
tranibores qui ne semblent pas intervenir dans l’élection du prince alors qu’ils sont supérieurs dans l’échelle des hiérarchies aux syphograntes ,
participent au conseil du prince pour délibérer des affaires du pays et régler les procès entre particuliers.
Punk (mouvement punk)
Le punk est un mouvement de contreculture à inspiration anarchique, apparu dans les années 1970 au moment du déclin du mouvement hippy. La philosophie
punk n’est pas monolithique et regroupe un ensemble de manifestations qui vont du pessimisme nihiliste le plus total à une participation active dans
toutes les actions de résistance aux valeurs bourgeoises, par l’expérimentation de voies originales comme le DIY ou « do it yourself ».
Avec un gout fortement marqué pour la provocation et la dérision les punks contestent les conventions idéologiques, politiques et artistiques émanations
de toutes les formes de pouvoirs en place et leur opposent des systèmes individualistes libérateurs d’énergies. Antimilitaristes, antiracistes,
altermondialiste, existentialistes le mouvement punk est d’une diversité qui se fait jour dans la multitude des genres musicaux qu’il à généré
(Anarcho-punk, Punk hardcore, Ska-punk, Street-punk, Street-punk etc… ) Le terme punk signifiait en anglais du 16em siècle, prostituée, mais signifie en
anglais du 20em siècle, vaurien, sans valeur.
Rochdale. (Société des équitables pionniers de Rochdale
Mouvement coopératif créé en 1844 en Grande Bretagne par 28 tisserands de Rochdale. Ce mouvement tient compte de l’échec de mouvement coopératifs l’ayant
précédé en faisant en sorte d’en tirer les conclusions utiles. Ils constatent que ces anciens mouvements acceptaient la vente à crédit, et répartissaient
les profits en fonction du capital versé. Sur ce constat ils établissent de nouvelles règles qui stipulent que la vente et l’achat se feront au comptant
et au prix courant du marché. La gestion de la société sera fondée sur le principe d’une personne pour une voix. Le nombre de sociétaires ne sera pas
limité, une partie du bénéfice sera consacré aux œuvres sociales et au logement, enfin le reste des profits ne sera plus partagé de deux façons différentes
. La première consiste à rémunérer les porteurs d’action en fonction du nombre d’action possédé, mais non du profit réalisé, la deuxième étant de partager
les profits en fonction des achats effectués. De cette manière il y a plus d’intérêt à acheter dans les magasins de la coopérative que d’acheter des
actions.
Quelques années après l’ouverture de son premier magasin la coopérative acquiert un moulin et passe à la coopération de production. En
1854 les coopérateurs fondent deux filatures et en 1860 ils achètent un deuxième moulin. Ce mouvement coopératif de Rochdale a en grande partie était
repris par Jean-Baptiste Godin pour l’organisation de son « familistère » de Guise, d’ailleurs Marie Moret qui était en charge du système éducatif au
familistère a été la traductrice de l’œuvre de George Jacob Holyoake qui a fait connaître l’histoire des équitables pionniers de Rochdale.
Socialisme Utopique
Le socialisme utopique désigne l’ensemble des doctrines socialiste européennes du XIXème siècle avant l’arrivée des théories de Marx et Engels qui ont
introduit le socialisme scientifique qui apportera une critique plus méthodique de la société capitaliste. Le socialisme utopique se distingue par une
action qui ne s’inscrit pas dans le processus politique global dirigé par un état, mais dans la création à l’initiative de la communauté, de
contre-sociétés socialistes pouvant évoluer au sein même du système capitaliste. Cette idéologie a donné lieu à de nombreuses tentatives aux succès
relativement modestes et sans grande pérennité. Tirant ses idéaux des œuvres utopiques diverses et en particulier de l’Utopia de Thomas More on trouve
parmi ces expérimentations les mouvements coopératifs, les phalanstères de Charles Fourrier et leur avatar les Familistères de Godin, l’Icarie de Cabet,
New Harmony d’Owen. Le mouvement hippy représente aussi une forme de socialisme utopique. D’autres mouvements plus anciens s’avèrent précurseurs de
cette idéologie même si leur motivation humaniste étaient souvent empreinte d’idéaux religieux. C’est le cas de la nouvelle Jérusalem de Jean Hus dont
l’aboutissement au travers des Frères Moraves donnera naissance à la communauté d’ Herrnhut. C’est aussi le cas supposé des missions jésuites du Paraguay
(Réductions) mais surtout de façon bien plus évidente des hopitaux-pueblos de Quiroga au Mexique. (Liste non exhaustive). Arrivé à son apogée vers 1870,
le mouvement s’effacera au profit du marxisme.
Théisme-Déisme-Athéisme-Agnosticisme-Apathéisme-Panthéisme
Théisme : Croyance en l’existence d’un dieu actif dans la création et le fonctionnement de l’univers, et qui fait des religions le moyen
de communication entre cette divinité et les hommes.
Déisme : Tout comme le théisme le déisme croit en un dieu créateur et organisateur, mais rejette toute forme humaine organisée de lien
avec ce dieu (religion) et considère que ce lien avec Dieu est une affaire individuelle. Le déisme se rapproche de la notion de « Grand Architecte »
retenue par certaines obédiences maçonniques. Pour les déistes les religions sont des interprétations humaines. La croyance en un dieu en dehors de toute
religion est donc le déisme et non l’agnosticisme.
Athéisme : Conçoit une création et un univers sans dieu ni entité divine ou surnaturelle.
Agnosticisme : Tout d’abord l’agnosticisme n’est pas le contraire du gnosticisme qui lui est en ensemble de croyances
ayant tenté de s’imposer dans diverses religions dont le christianisme proto-orthodoxe, tout comme d’ailleurs ce terme de «gnosticisme» ne doit pas être
assimilé à celui de gnose. L’agnosticisme ne croit ni ne conteste l’existence d’un dieu mais considère que l’existence de
celui-ci n’étant pas scientifiquement confirmée elle ne peut être admise sur la seule valeur du dogme. Il ne doit cependant pas être assimilé au
scepticisme qui lui reste dans l’incertitude pour toute chose, même si celle-ci est validée par l’expérience.
Apathésime : Alors que l’agnosticisme refuse une croyance non validée par l’expérience scientifique, l’apathéisme va plus loin en
considérant tout simplement que la question de l’existence d’un Dieu n’a même pas à être posée.
Panthéisme : Doctrine philosophique qui affirme que Dieu est dans tout, autrement dit que tout est Dieu.
Thoreau (David Henry) 1817-1862
Philosophe, naturaliste essayiste, poète américain, il est surtout anticonformiste. Pour lui il ne s’agit pas là de se distinguer par un snobisme maniéré,
mais de pratiquer un acte de résistance et une méthode de perfectionnement de l’individu qui doit prémunir toute forme de suffisance. Il ne s’agit pas
non plus d’une recherche égoïste du profit tellement appréciée par le mercantilisme ambiant de l'époque, mais d’une sorte de nécessité morale de s’attacher à ce «soi»
à l’aide duquel se perçoit le monde, pour tenter d’en déformer le moins possible l’image.
Cet individualisme concerne particulièrement l’adhésion à
tout système social ou politique qui demande la soumission de l’individu à des dogmes. Thoreau présuppose que toute évolution sociale et politique est en
premier lieu individuelle. Il n'est cependant pas pour que l’homme s’isole, mais pour il y adhère sans aucune contrainte directe ou indirecte. Pour lui l’état est
soumis à des pressions économiques qui lui interdisent l’honnêteté, et seul l’individu peut être honnête
et faire passer parfois ses intérêts au second plan. Pour les mêmes raisons l’homme doit être capable de s’émanciper de l’opinion publique c'est-à-dire
de tous les schémas de pensée qui relèvent plus de la conformation au temporellement correct, que de la véritable recherche du vrai et du juste.
Thoreau est un promoteur de la non-violence et a inspiré Ganghi. Abolitionniste convaincu il pense que le refus d’acheter sucre, café chocolat, les
principaux produits collectés par les esclaves, serait bien plus efficace que toute action violente. Influencé par l’église unitarienne il considère
contrairement à l’esprit de son temps que la primauté ne doit pas être donnée à l’économique et gagner sa vie n’est pas amasser de l’argent mais
s’épanouir dans la tolérance et le respect de son environnement. Pour mettre ses paroles en accord avec ses actes il va vivre près de deux ans près du
lac Walden (Concord, Massachusetts) et décrira son aventure dans son livre (Walden, ou la vie dans les bois-1854). Ses écrits seront à l’origine de la création des parcs
nationaux et inspireront également les écrivains comme Edward Abbey (Le gang de la clef à molette) et par ricochet les écologistes américains .
Avec son ouvrage (Désobéissance civile-1849) il prône la résistance civile. Thoreau reste un auteur majeur si l’on veut bien comprendre cette
spécificité américaine de méfiance et de rejet de l’état et de toutes ses formes d’interventions jugées liberticides. Là ou l’Europe fait de l’état une
garantie du droit et respect des communautés, l’Amérique voit dans ce même état une forme d’autorité monarchique qui entend préserver ses intérêts aux
dépens de ceux de la communauté. Un état arbitre ou un état bourreau.
Avec Emerson, Thoreau sera à la base du mouvement transcendentaliste et
restera anarchiste au sens où l’entendait Proudhon, l’ordre sans le pouvoir. Il restera surtout le quêteur d’un sens qui devra toujours rester au point
d’équilibre entre la connaissance et l’ignorance afin de rester en éveil, et il nous laissera en clin d’œil sa phrase qui aurait pu être sa devise
«Si je ne suis pas moi, qui le sera»
Transcendantalisme
Doctrine initiée par les écrivains philosophes américains Ralph Waldo Emerson (1836) et Henry David Thoreau.
Elle repose sur l’idée qu’il existe une différence entre l’objet et la perception que l’on en a, et que de ce fait notre connaissance ne peut découler
que de la perception de cet objet (phénomène) et non de sa réalité propre et sans doute inconnaissable (noumène). Cette doctrine s’inspire de l’idéalisme
allemand et britannique et en particulier Kant bien que la filiation ne soit pas assurée
Uchronie
Article revu et complété en janvier 2011.
Uchronie est issu du titre d’un écrit de Charles Renouvier (1857) intitulé « Uchronie (utopie dans l’histoire) Esquisse
historique apocryphe du développement de la civilisation Européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être.» Dans ce récit l’auteur
modifie un évènement survenu durant le règne de Marc Aurèle et spécule sur ses conséquences dans l’enchaînement de l’histoire. Dans ce monde parallèle
Constantin Ier qui déjà avait fait porter le Chrisme sur son étendard fut, malgré ses rêves prémonitoires de succès, tué à la bataille
de Tergeste (Trieste) qui l’opposait à Galère. Julien passait inaperçu, et Théodose ignorant le christianisme n’en fera jamais une religion d état, pas
plus qu’il n’interdira le paganisme. Les chrétiens interdits en occident répandront leur foi dans les provinces d’orient, où la doctrine christique moins
polluée par sa collusion aux pouvoirs politiques, restera proche de ses origines humanistes. Le Moyen-âge européen s’épargnera ainsi les croisades et
surtout l’inquisition qui privée du bras séculier restera une rêve avorté.
Le « Napoléon Apocryphe » de Louis
Geoffroy (1836), par exemple, a précédé Renouvier sur ce thème précis qui consiste à modifier un évènement du passé, et partant de ce qui est alors nommé
«point de divergence», imaginer un autre développement de l’histoire. Mais c’est Renouvier qui lui donne son nom bien que celui-ci soit
sujet à diverses interprétations que l’on peut considérer parfois erronées.
Certains dictionnaires, sans doute influencés par le sous-titre,
donnent comme définition, «Uchronie : Utopie appliquée à l’histoire » ou encore « époque fictive, évocation imaginaire dans le temps ». En premier lieu
l’uchronie n’a rien d’une utopie appliquée à l’histoire. En effet l’utopie pour se distinguer du récit sur roman ou de la fable se doit de répondre à
certaines conditions dont la première est de formuler une critique de son époque en évoquant l’existence -en un lieu ou un temps isolé- d’une société
parfaite considérée à tort ou à raison comme heureuse. Dire en conséquence que l’uchronie est une utopie appliquée à l’histoire ou une évocation
imaginaire dans le temps est déjà une redondance du terme ‘utopie’ et n’apporte rien. Cette assimilation devient d’autant plus inadaptée que l’uchronie
ne présume en rien qu’une finalité heureuse ou un monde parfait adviendra de son évènement divergent.
De fait il existe une différence fondamentale
entre utopie et uchronie qui ne se situe pas dans un différentiation entre temps et espace, ou histoire et fiction, mais bel et bien dans le fait que
l’utopie pose un jugement de valeur sur son temps et sur son monde imaginé réputé parfait, alors que l’uchronie se contente d’évaluer une ensemble de
circonstances et d’évènements, une nouvelle chronologie historique fait d’ajout et d’omissions mais en tous cas exempts de tous jugements de valeur.
En suivant maintenant la piste qui nous est offerte par Bachelard nous pouvons à terme parvenir à une proximité de sens entre uchronie
et utopie dès lors que l’on se base sur d’autre critères que ceux de l’étymologie d’un non-temps et un non-lieu, ,ou des éléments déjà exposés. Bachelard
a en effet donné une très intéressante définition de l’utopie en disant que l’utopie est à la vie (sociale) ce que l’hypothèse est à la science. Sur cette
idée on peut ajouter que l’uchronie est à l’histoire ce que l’utopie est à la vie et l’hypothèse à la science, et pour faire plus simple, dire que
l’uchronie est une hypothèse appliquée à l’histoire.
Il reste cependant à éclairer un autre axe de différentiation entre nos deux « U » car il ne
serait pas contradictoire de dire que l’utopie étant une hypothèse de la vie l’est probablement tout autant de l’histoire. Mais l’utopie part de notre
présent pour aller vers le futur, alors que l’uchronie vient du passé pour aller à la rencontre de notre présent. Il ne faut pas perdre de vue que
l’utopie dans le passé est un mythe, une légende ou un paradis perdu.
Cependant nos deux u-compères finissent dans un accord commun qui est celui de
nous forcer à modifier notre perception de la normalité. L’utopie en nous affirmant qu’un monde parfait peut advenir de l’acceptation de ce qui de nos
jours serait considéré comme étrange, inadmissible, iconoclaste, révoltant, révolutionnaire et même tout simplement impossible. L’uchronie tout autant
nous amène à imaginer un monde dans lequel la norme serait différente, bizarre, incongrue, étrange, inadmissible et même impossible à admettre dans notre
présent de comparaison.
En tout état de cause, l’histoire alternative, terme utilisé de préférence chez les anglo-saxons, semble être mieux adapté et en tous cas lever toute ambigüité.Il existe une multitude d’œuvres uchroniques en littérature comme au cinéma. Pour faire simple nous citerons le film de Laurent Tuel, Jean-Philippe dans lequel Johny Hallyday a raté son audition et n’est jamais devenu une star du rock, laissant la place à d’autres. Mais c’est avec Terminator le film de James Cameron (1984) que l’on trouve forme de l’uchronie plus proche de la science fiction avec la rencontre de voyageurs venus du futur pour éliminer Sarah Conors afin qu’elle ne mette jamais au monde celui qui sera le futur chef de la résistance en 2029.
Vous pouvez consulter le site Cafard cosmique qui liste quelques uchronie.
Uchronie (Oeuvre de Charles Renouvier 1857)
«Uchronie (l’utopie dans l’histoire) Esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation Européenne tel qu’il n’a pas été et tel
qu’il aurait pu être » est le titre complet de l’œuvre de Charles Renouvier publiée en 1857, et qui donna naissance au néologisme «uchronie».
Réduire cette œuvre relativement peu connue à l’artifice de l’uchronie largement repris dans la littérature et le cinéma, serait en négliger toute
la puissance et la créativité. Si l’Utopia de Thomas More représente bien le genre auquel il donne lui aussi son titre, on peu dire
que l’uchronie de Renouvier n’est qu’incidemment représentative de la veine uchronique, et s’avère d’une érudition et d’une puissance évocatrice qui le
range sans réserve dans l’œuvre de pure philosophie, non par des démonstrations abscondes et des argumentations confidentielles mais bien au contraire par
des confrontations lumineuses entre le monde réel et celui de l’hypothèse.
L’hypothèse en l’occurrence, est que le christianisme ne s’étant pas
imposé à Rome au IVème siècle, la face du monde occidental en a été changée. N’ayant de ce fait pas été investi de la confiance que confère l’habitude,
ni par la notoriété du succès, cette religion contenue par aucune autorité supérieure s’adonnait à la dispute et la fine argutie au moyen de laquelle
chacune de ses sectes entendait établir sa domination et décider enfin seule de ses dogmes et doctrines.
C’est en présentant le contexte que l’auteur
installe ce décalage propre à l’uchronie. En effet alors que dans notre monde les chrétiens sont les victimes d’une Rome sanguinaire et intolérante, en
uchronie l’histoire privée de son partial héritage nous révèle d’autres facettes.
Les romains étaient très tolérants envers les religions à conditions
qu’elles respectent trois grands principes. En premier une religion devait avoir une antériorité, en second elle ne pouvait avoir comme projet d’éliminer
les divinités païennes reconnues et enfin elle ne devait en aucun cas se mêler des affaires de la Cité. Sur la première condition le christianisme
contournait le problème en s’arrimant à l’héritage judaïque, mais sa volonté délibérée de prosélytisme, sa prétention à annoncer un royaume terrestre
établi au nom de leur Dieu et leur tendance à désigner leur propre hiérarchie, les posaient nettement en promoteur de la théocratie et de fait, ennemis
de Rome.
En uchronie Constantin Théodose ne furent pas ceux de notre histoire, et les chrétiens jugés hostiles furent exilés dans les provinces d’un
orient qui était l’origine à la fois de leur doctrine et de leur mentalité. Ainsi à la lisière des mondes barbares, contraints par aucunes autorités ni
aucune force à s’accorder entre eux, les chrétiens développèrent leur tendance innée à la dispute, pour débattre de sujet aussi vaporeux que le sexe des
anges et parvenir parfois à quelques consensus tout aussi incompréhensibles dans leur prétentions à discerner par exemple la différence qu’il pourrait
y avoir entre une même substance et une substance identique.Comprend qui pourra !
Dans ces joutes oratoires ils perdaient de plus en plus de vue
l’essence de leur doctrine pour donner la primauté a des compromis qui simplement parce qu’ils rencontraient l’accord du plus grand nombre, devenait
tout à coup la vérité révélée traçant à l’occasion la limite entre ceux qui étant dans l’avis général se considéraient comme orthodoxes, et ceux qui
n’adhérant pas aux accords étaient définitivement hérétiques.
C’est dans ce cheminement lent et laborieux que l’église se forgeait une identité, par l’épuration de tout les récalcitrants à l’ordre que peu à peu elle s’inventait en évitant les différents pièges posés par les multiples contradictions des écrits mêmes dont elle se servait pour établir ses certitudes. Pendant qu’elle continuait à régler ses comptes dans des discours alambiqués, se levait quelque part en Arabie un nouveau prophète qui ne s’embarrassant pas de subtilités et s’adressant simplement aux gens simples levait une nouvelle religion dont il se fallu de peu qu’elle ne soit qu’un nouveau christianisme si là encore les affaires temporelles ne s’en étaient pas mêlé.
Cependant l’ouvrage de Renouvier ne se borne pas à imaginer une chrétienté exotique, mais profite de la perspective décalée de la société en devenir pour glisser un regard critique sur les exigences liées au pouvoir qui avant Rome, pendant et après elle, restent d’une absolue intemporalité. Le pouvoir est antimoral. Capté par une race de succubes qui se nourrit d’un peuple conformé par son milieu naturel à se sentir soumis à une ordre organique de la société, ordre vécu comme une fatalité à laquelle on se soustrait non par émancipation ou conviction d’une égalité en droit, mais par la certitude de trouver dans le sacrifice et la souffrance d’une « ultramorale » rigide la satisfaction d’aller à la rencontre du paradis pour héros. Empreinte de superstition et de contrition, une telle attitude témoigne des risques que prendrait tout tyran de confier l’égalité et la liberté à un peuple soumis à de telles influences. Car si ce peuple était parvenu à maturité il s’emparerait de cette égalité sans attendre qu’on la lui donne, alors que maintenu dans cet infantilisme civique il s’empresserait de remettre sa liberté entre les mains d’un autre tyran qui saurait le flatter, ou lui faire d’impossible promesses ou simplement le décharger d'un fardeau qu'il ne saurait assumer.
Si le pouvoir pour être supportable doit être confié à un philosophe, force est de reconnaître qu’il n’y est pas pour l'instant à sa place. Car à
vouloir gouverner par le juste et l’équitable, le tribun donne des signes de faiblesse comme autant de brèches dans lesquelles les médiocres se glissent
pour y rétablir leur mauvais royaume. Si le destin du monde et de confier à la justice et non l’autorité le droit de diriger, encore faudra-t-il que
chaque composante de cette humanité ait atteint l'élévation de l’âme où l’homme parvenu à sa pleine liberté ne veut pas exercer le pouvoir pas plus
qu’il ne veut le subir.
C’est de cette confrontation permanente entre une réalité hypothétique et une hypothèse plus réaliste que nature que nait
toute la puissance de l’œuvre de Renouvier et qui la place bien au-delà du seul artifice de l’uchronie pour l’engager sur une remise en perspective
de notre réalité afin que pour une fois soit donné aux vaincus l’honneur d'écrire l’histoire. En chef-d’œuvre d’une grande érudition et d’une
infaillible intelligence.
Unitarisme, Eglise unitarienne
L‘église unitarienne est un courant dissident du protestantisme qui n’accepte pas la trinité. Il tire ses origines en partie de l’arianisme qui dès le
quatrième siècle refusait d’admettre que Jésus et le saint Esprit étaient consubstantiel de Dieu. Répandu en Hongrie et Roumanie l’église unitarienne
américaine s’est également séparée du congrégationaliste considéré comme trop dogmatique pour lui substituer une conception plus tolérante de la
religion donnant ainsi la primauté à la morale et l’éthique individuelle et non à la stricte observation de la bible qui bien que source de révélation
reste par ailleurs ouverte à la libre interprétation. Il n’existe de ce fait pas de dogme unitarien l’église étant avant tout une affaire d’union de bonnes
volontés. L’église unitarienne remet aussi en cause la doctrine de la prédestination et considère que chacun peu arriver au salut par son seul libre
arbitre. En 1961 les églises unitariennes et universalistes ont fusionné donnant naissant à l’unitarisme-universalisme. Très
tolérant ce mouvement est ouvert à toutes formes de croyances et reçoit les agnostiques, athées, théiste, humanistes, néopaganistes laissant à
chacun la liberté du chemin à emprunter pour s’accomplir.
Utopia
1-Utopia : Fiction écrite par Thomas More (1516) dans laquelle Utopus s’empare d’Abraxa, une presqu’île qu’il transforme en île pour l’isoler du reste
du monde et permettre à ses habitants de passer de l’état sauvage à la civilisation. Abraxa devenue Utopia est régie par un ensemble de règles fondées
sur les nombres et la géométrie de l’espace dont l’application rigoureuse est considérée un peu comme la pierre fondamentale de l’égalité. La propriété
individuelle est bannie, et le travail limité à six heures par jour. A cette limitation extrêmement novatrice pour l’époque, s’ajoute une autre notion
tout aussi innovante, le temps libre et les loisirs pour tous. Bien que Thomas More ne soit pas le premier à imaginer une société égalitaire et heureuse
Utopia ayant donné le nom d’utopie, ou le lieu de nulle part, en est devenu l’exemple de référence, autrement dit un style littéraire qui présentant une
société idéale s’autorise une critique sur sa propre époque.
2-Utopia : Communauté anarchiste individualiste crée en 1847 par Josiah Warren dans la région de Cincinnati, Ohio. Dans la conception des théories de Warren préalablement expérimentées au travers du Time Store la communauté reposait sur la libre adhésion de chaque membre, une propriété privée limitée aux biens propres, une économie de marché où le travail était la valeur d’échange. Les biens et services se négociaient par échange de "labor notes" ou bons de travail. Malgré les difficultés inhérentes à la guerre civile américaine des occupants étaient toujours présents en 1875 et le système ‘labor note’ toujours actif. (Voir aussi Modern Times)
Utopies
Le terme utopie est tiré de l’œuvre éponyme de Thomas More (Utopia, 1516) conseillé d’Henri VIII d’Angleterre et exécuté pour n’avoir pas réellement
adhéré à la séparation de l’église anglicane avec Rome. Le nom, Utopia, peut être traduit pas le lieu de nulle part, le non lieu, si on utilise la racine
grecque «ou-topos» (ou = privatif, sans et topos = endroit) ou peut signifier le lieu du bonheur si on retient la racine «eu-topos» (eu = bon, heureux) à
moins que de façon tout à fait calculée le terme signifie le non-lieu du bonheur. Néologisme devenu nom commun, le terme s’applique à des sociétés
imaginaires, la plupart du temps isolées du reste du monde (île, endroit fermé) et qui posent comme principe le bonheur parfait et égal pour tous les
membres de leur communauté. Les utopies sont majoritairement des œuvres littéraires qui par le subterfuge de la fiction font passer un message à leurs
contemporains pour leur faire toucher du doigt les défauts ou abus de leur époque en présentant une société imaginaire heureuse et débarrassée de ses
lacunes. Cependant les mondes prétendument parfait de l’utopie sont rejetés par notre raison comme étant incompatible avec une quelconque réalité. Cette
perception est confirmée par l’usage du mot qui est assimilé aux notions négatives de chimères, illusions, fantasmes.
Les principales œuvres utopiques sont, «Utopia» de Thomas More , «La République» de Platon, «La cité du soleil» de Campanella (1568), «L’Abbaye de Thélème» de Rabelais (etc…). L’Icarie, l'Hernnhut du conte de Zinzendorf, New Harmony de Robert Owen, Auroville de Sri Aurobindo ont été des expérimentations de communautés utopiques. Utopia à également donné lieu à des tentatives. Mais bien que l’on considère les missions jésuites du XVII et XVIIIème siècle (Missions du Paraguay) comme inspirées de l'ouvrage de Thomas More, c’est surtout avec les hôpitaux-pueblo du Mexique (1534) que Vasco de Quiroga à tenté une copie conforme de l’Utopia de More.
Les sectes ne sont pas assimilables à des communautés utopiques. En effet la présence d’une hiérarchie dominante et souvent aliénante, et la soumission des adeptes à la volonté et aux caprices d’un gourou assimile les sectes aux contre-utopies si l’on veut bien encore oublier l’objectif religieux poursuivi.
Les utopies ne sont pas non plus assimilables aux mythes qui ne concernent que des mondes idylliques ayant existé majoritairement dans des paradis perdus et qui souvent sont récupérables à conditions de se soumettre à certaines obligation ou vénérations. Les mythes postulent à des mondes ayant existé, les utopies à des mondes pouvant exister dans un futur où les hommes auraient profondément changé, ou dans des lieux encore inconnus où les hommes sont très différents ( des non-lieux).
Voir notre définition de > > > > > Contre-utopies ou dystopies
Voir notre dossier complet sur les > > > > > Utopies et dystopies
Ere du verseau
Afin de ne pas rendre l'affaire trop indigeste ,nous avons développé l'aspect technique du sujet dans notre page dossiers/portraits
, nous réservant ici pour le seul aspect "philosophique" de la question. Comme vous le savez, l’ère du
verseau est cette période imminente qui devra durer 2160 ans et dans laquelle le premier degré du zodiaque annuel (1er degré du bélier) se situera
réellement dans le signe du verseau et non du bélier comme l'indique sa position théorique en astrologie, ni du poisson comme c’est le cas de nos jours.
Selon un thème récurrent de l’ésotérisme, l’ère
du verseau sera celle de la fin des grandes idéologies dont les grandes religions actuelles font partie. L’église catholique est particulièrement en ligne de mire avec la
prophétie dite de Saint Malachie dont le décompte du nombre de papes avant la fin de Rome, est désormais arrivé à son terme. Le concept, (si on peut
l’appeler ainsi) de l’ère du verseau doit beaucoup aux œuvres d’Alice Bailey (Traité des sept Rayons) et d’Helena Blavatsky (La doctrine secrète) une des
fondatrice de la société Théosophique, qui ont grandement fait connaître les croyances hindoues en occident. Le thème du traité des sept rayons traite du
rapport entre des énergies ou rayons elles mêmes liées avec certaines planètes et dont l’influence est plus ou moins forte selon les époques. Ainsi le
sixième rayon, celui de la dévotion et de l’idéalisme est actuellement en déclin et laisse peu à peu sa place au septième rayon qui est celui de la
synthèse du spirituel et de la nature. Le septième rayon trouvera donc son accomplissement dans cette ère du verseau en apportant à l’homme une nouvelle
spiritualité libérée des formes religieuses qui ont été celles de l’ère du poisson, l’ère actuelle. Il est d’ailleurs dans la norme des choses que chaque
ère astrologique se débarrasse des anciennes religions pour en créer de nouvelles. L’ère du verseau sera celle d’une spiritualité fondée sur
l’expérimentation et la prise de conscience individuelle. Un autre écrit à concouru au mythe, « l’évangile du verseau » de Levi H. Dowling qui nous présente
un Jésus initié en Asie et qui revenu pour répandre sa bonne parole réalise que l’humanité n’est pas prête spirituellement à comprendre. De ce fait
la doctrine christique majoritairement ésotérique devra attendre une nouvelle ère, celle du verseau pour être comprise.
Nous ne sommes bien entendu pas
en mesure de nous prononcer sur les théories occultistes qui ne sont accessibles qu’à quelques initiés ou prétendus tels, et c’est là le fond du problème.
L’ère du verseau est un véritable capharnaüm qui attire le pire, et dont on ne peut jamais être sûr du meilleur. Sur fond new-âge l’ère du verseau est la
voie royale à tous les délires et surtout à toutes les arnaques et manipulations mentales sur fond de menaces apocalyptiques, d’Armageddon salvateurs de
quelques lèches-culs. C’est aussi l’époque des branchés sur l’au-delà, non plus des simples spirites has-been mais des adeptes du « channelling » reliés
par téléphone rouge aux entités supérieures, anges, et tout le saint-frusquin. Autrement dit, danger ! Car au-delà de la légitime recherche d’une
évolution spirituelle se profile une gadgetisation du sacré, un phénomène de mode et un supermarché du religieux.
Quoiqu’il en soit ce qui nous intéresse ici c’est l’aspect utopique de l’ère du verseau. Il nous semble d’abord que cette ère est surtout un millénarisme ou même un messianisme dont la divinité à venir sera l’homme. Même si on nous promet la venue d’un Christ cosmique il ne vient pas apporter ces religions de soumission à une divinité mais une dimension quasi divine à l’homme lui aussi devenu créature cosmique. Cependant le phénomène religieux reste externe à l’utopie, sauf qu’ici il se pourrait bien que l’homme atteindrait un état d’éveil qui le rendrait apte à la réalisation du monde parfait et heureux d’Utopia. De fait cette ère du verseau alors qu’elle pourrait remplir les conditions nécessaires à l’utopie en prononce en même temps le glas. En effet nous ne sommes plus en présence de l’homme actuel accroché à sa réalité mais d’un surhomme parvenu à une condition spirituelle qui est celle normalement acquise dans l’au-delà, c'est-à-dire dans un espace échappant aux conditions du réel sur lesquelles s’étalonne l’utopie cette hypothèse de la vie.
Warren Josiah (1798-1874)
Auteur, inventeur, musicien américain il est considéré comme le premier anarchiste de son pays. Adepte de l’individualisme il s’oppose à toute
forme de société qui ne peut avoir que des effets contraignants sur les individus. Les associations sont mises sur le même plan et il leur
préfère les constructions mutualistes qui seules laissent une totale indépendance. De ce fait il s’oppose à Owen dont les thèses sont considérées comme
finalement aliénantes. Il expose ses théories dans le périodique « The peaceful revolution » (1833) et les expérimente grandeur nature en créant le
«Time store» à Cincinnati (1827), un magasin où l'on échange les biens contre un temps de travail (labor for labor store), partant du
principe que la valeur d’un bien devait correspondre exactement au temps de travail nécessaire à sa production, ni plus ni moins. De fait l’expérience
Time Store qui a duré trois ans a surtout servi à établir les principes de ce que Warren appelait le 'commerce équitable' et dont les objectifs étaient de
parvenir à établir des prix justes à l'abri des fluctuations, de poser comme principe le travail comme seul capital légitime, de réduire
l’utilisation de l’argent et à terme le rendre inutile, de fonder l’économie sur une offre proportionnelle à la demande et non de créer une demande systématique jugée
inutilement consommatrice de ressources. Ces théories faisaient du travail la seule source de revenus, et rejetaient l'enrichissement par accaparation des
moyens de productions. A la suite Warren fonda des colonies sur les
principes issus de Time Store (Utopia, Modern Times ).
Zapolète
Habitants du pays des zapolètes utilisés comme mercenaire par les habitants d’Utopia. Peuple barbare et sauvage, dur à la souffrance et n’ont comme
principal moyen d’existence que la chasse et le pillage.
Zeitgeist (Volkgeist, Weltgeist)
Concept tiré d’un terme allemand que l’on peut traduire par « l’esprit du temps », il définit la mentalité inetllectuelle et culturelle d’une époque
contrairement au concept du Volksgeist qui lui décrit l’essence immunable d’une nation ou d’un groupe d’individu. Le tout étant baigné dans l’archétypal
Weltgeist qui selon Hegel est la source de l’esprit humain qui illumine et éclaire les esprits des différentes nations.
