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9 - Mouvements sectaires et messianiques africains
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Dernière révision
février 2010
Sectes et Messianismes
africains
Présentation

Confrontés à deux contextes historiques différents, les animismes africains ont évolué de manière qui surprend la logique mais qui soutient les lois de l’adaptation. D’un côté de l’Atlantique, en Amérique, les animismes phagocytés par un christianisme dominateur ont livré un combat souterrain à l’issu duquel ils ont pu à nouveau émerger au travers de syncrétismes aujourd’hui avides de retrouver leurs racines africaines traditionnelles. De l’autre côté alors que l’Afrique se libérait de ses envahisseurs ses mouvements sectaires et messianiques se recommandaient presque uniquement d’un christianisme qui avait collaboré à leur soumission. Pire encore ces mouvements très souvent acoquinés à des combats politiques se sont montrés totalement obsédés par l’éradication de la magie et de la sorcellerie qui font partie de la tradition ancestrale africaine.
Cela ne démontre rien sur le plan strictement religieux, mais en revanche tend à prouver que la religion est très souvent opportuniste. En effet en Amérique nous sommes confrontés à un processus de colonisation abouti dans lequel les colonisateurs se sont fondus dans le décor et ont créé des états fermement établis dans leur frontières. Les différences corporatistes, ethniques, sociales, se règlent au travers du jeu normal des rapports de forces démocratiques et de la liberté associative dont la religion fait partie. En Afrique nous sommes au contraire dans un mouvement de décolonisation qui laisse bien souvent des états mal établis dans leurs limites victimes de rivalités ethniques qui peuvent à nouveau s’exprimer et surtout tenter leur chance.
Dans ce contexte de concurrence ethnique économique et politique ouverte, les places sont à prendre et sur ce point le christianisme ou l’islam sont des alliés mieux adaptés pour deux raisons principales. La première tient à l’héritage africain lui-même très imprégné de superstition. De ce fait le combat politique est interprété comme une façon de se faire des ennemis qui sont autant de sorciers hostiles en puissance aptes à envoyer des sortilèges. En se mettant sous la protection d’une grande religion (alliée des vainqueurs) on s’assure la protection d’un sorcier plus puissant que ceux des vaincus. La deuxième raison repose sur l’existence dans la religion traditionnelle de divinités très liées aux clans et à leur l’environnement immédiat ce qui introduit des sujets de discordes et perturbe les rassemblements qu’une nation moderne doit inévitablement opérer, et plus simplement, ce qui dresse des obstacles sur les routes d’ambitions personnelles qui doivent alors se trouver des justifications mystiques moins impliquées dans les querelles de clocher.
Liste des mouvements
Les Mouvements
Tous les articles ont été révisés en octobre 2009.
Mouvement
de la
Croix Koma
Le mouvement de la « Croix Koma » n’est à proprement parler ni sectaire ni messianique. Il ne s’inscrit pas dans un processus politique, ne cherche pas à rendre la grandeur passée à un peuple ni à une ethnie et ne se dissocie même pas de l’église catholique. Sa spécificité est, comme la plupart des mouvements sectaires, la lute obsessionnelle menée contre la sorcellerie. Son originalité est justement que cette lute est son seul objet contrairement à d’autres sectes qui font de l’élimination de la sorcellerie un argument périphérique à leur idéologie. Cette absence de parasitage doit nous permettre d’observer ce phénomène du rejet de ce type de traditions pour ce qu’il est et non ce qu’il sert.
Victor Malanda est né vers 1910 dans le village de Kankata à une centaine de kilomètres de Brazzaville. Catholique baptisé à l’âge de 10 ans il est attiré par la sculpture, mais il travaillera comme jardinier. Catholique fervent il fera partie de la Légion de Marie, et participera en 1952 au mouvement Mukunguna . En 1956 il abandonne le jardinage pour suivre sa vocation, enseigner et guérir. En 1957 Saint Antoine lui apparaît et lui annonce la venue d’épreuves. Tornades, invasion d’insectes, ravages de récoltes par les oiseaux, autrement dit rien de statistiquement anormal, finissent par le convaincre de sa mission. En 1959 il quitte Léopoldville pour revenir chez lui et accomplir son destin.
Devenu Ta Malanda
(Ta = père), sa vocation, pour ne pas dire son obsession, est de se débarrasser des cultes ancestraux bakongo et en particulier de tous les rituels de
magie et de sorcellerie coutumiers. En 1964 il décide de s’attaquer à l’objet qui pour lui se situe au centre du phénomène en recevant toute la charge
magique, le Knisi). Il fait construire dans son village de Kankata un hangar dans lequel seront déposés tous les minkisi
(pluriel de knisi) apportés par ses nouveaux adeptes lors de leur participation aux séminaires de « renonciation » à la magie/sorcellerie. Ces minkisi
ne seront ni détruits ni brulés afin de porter témoignage.
En effet chaque nouveau « renonçant » pourra lors de sa visite constater qu’il n’est pas
le seul à avoir rejeté les fétiches, ce qui en filigrane insinuera que d’autres personnes ont déjà sacrifié leurs objets fétiches sans avoir eu à subir
les conséquences néfastes de chocs en retour. Cette remise des matériaux servant à la magie s’inscrit dans un parcours organisé et ritualisé. La cérémonie
de renonciation dure une semaine. Elle commence le vendredi avec la remise des fétiches et leur inscription sur un registre, et se termine le jeudi
suivant jour de la « bangisa » ou renoncement. Une description détaillée du rituel a été faite par Jeanne-Françoise Vincent et reste consultable sur le
site www.Persee.fr
Cette ritualisation de l’acte de renoncement s’accompagne d’un véritable
encadrement administratif. Tous les participants sont non seulement inscrits sur des registres spécifiques mais reçoivent à l’échéance de leur séminaire
un « degré » ou certificat attestant de leur renonciation à toute pratique magique. Ces inscriptions ne se limitent pas au nom du participant, mais
indiquent également le nom de clan, du village, ainsi que la mention "païen" ou "chrétien". Avec ce registre tout individu d’un clan déjà enregistré mais
venant ultérieurement n’aura de ce fait plus à payer la cotisation de 500F par clan exigée pour l’amortissement du matériel (la nourriture étant apportée
par les participants). Cette méthode loin d’être anodine doit être replacée dans le contexte. En effet dans la culture bakongo, la sorcellerie n’est pas
l’apanage du sorcier connu et déclaré et chaque individu peu être sorcier même sans le savoir. La cérémonie collective à laquelle va participer tout un
clan permet donc d’éliminer de fait les sorciers qui s’ignorent, mais encore plus de détecter ceux qui tentant d’échapper à la renonciation apporteraient
la preuve implicite de leur appartenance. Mais ce n’est pas tout. D’abord le knisi est en principe réservé à la magie blanche même si l’utilisation en
magie noire n’est jamais exclue, mais quoi qu’il en soit en temps que fétiche, et donc objet, il est facile d’en vérifier l’élimination. Il n’en va pas
de même avec la magie noire où le sorcier passe un véritable contact avec un fantômes errant (nkuyu) pour assurer la réussite de son art. De ce fait en
renonçant sous serment de renoncer à toute pratique de sorcellerie, le magicien noir s’interdit tout nouveau contrat avec un nkuyu. En cas de parjure
il s’expose à des représailles mortelles qui lui seront apportées par une magie encore plus puissante, celle de Jésus et son église.
On constate ici
ce qui sera quasiment une constante du phénomène messianique, la volonté d’éliminer magie et sorcellerie en utilisant les mêmes armes, mais en transférant
dans les mains du Dieu des blancs le pouvoir de détecter et punir les faussaires, fut-ce même à leur régler leur compte au jour du jugement dernier.
Ce transfert des pouvoirs et représentations magiques apparaît encore dans le sens et l’utilisation donnés au nom même du mouvement à savoir «Croix Koma». Malanda rêva une nuit d’une croix en cuivre. Le lendemain quelqu’un vint lui porter une croix trouvée ressemblant à celle de son rêve. Il garda cette croix et en fit son symbole auquel il donna le nom de Croix Koma. Koma signifiant cloué, enfoncé. La signification première en est que toute personne ayant juré de renoncer à la magie serait clouée sur la croix en cas de parjure. Le deuxième lien est plus évident, et pourrait se satisfaire d’une allusion à crucifixion de Jésus. Ce serait cependant oublier que planter des clous dans une statuette est l’une des méthodes employée pour lui transmettre sa charge magique (bilongo) et en faire un knisi nkonde . De ce fait la croix clouée devient un knisi nkonde surpuissant remplaçant encore une fois la magie des sorciers et magiciens par celle de Jésus. Le mouvement Mukanguna connu de Malanda allait d’ailleurs jusqu’à exiger que trois clous soient plantés dans la croix par les adeptes au cours des cérémonies de renonciation. De ce fait Malanda bien qu’ attaché au catholicisme s’est délibérément ou machinalement intronisé nganga ngombo, ce voyant qui seul étaient capable de détecter les sorciers au sein du clan et qui pratiquaient sur eux le jugement par le poison.
Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Supprimer la sorcellerie est une chose mais éliminer le nganga (magicien) c’est aussi se priver du guérisseur. Pour cela il faut entrer dans la modernité et changer de registre. En effet toucher à l’organisation magique de la société, c’est aussi s’attaquer au lien ancestral qui unit vivant et morts, interrompre les lignages, éliminer l’expérience personnelle de la transe et du contact avec les esprits et laisser à cette nouvelle caste des médecins et prêtres le soin de remplacer le magicien-guérisseur. Mais c’est une autre histoire.
En savoir plus sur la cosmogonie, magie et sorcellerie chez les Bakongo
haut de page >>
Marie Lalou
et le
culte Deima
Dyigba Dowono ou Dohonon est née en 1892 dans le village de Gagoué en Côte d’Ivoire. Vers 22 ans elle est contrainte de se marier mais se refuse à la vie conjugale. Son mari meurt opportunément (ou disparaît) et selon la tradition elle doit épouser le frère de celui-ci, ce qu’elle refuse de faire prétextant que Dieu l’a choisie pour transmettre sa parole aux hommes. Considérée comme illuminée et surtout comme sorcière elle est chassée et va vivre en forêt en se nourrissant de racines. Elle pratique des guérisons et peu à peu arrive à convaincre de sa qualité de guérisseuse.
A l’instar d’autres messianismes
africains contemporains elle fonde son action sur la suppression des fétiches et de la sorcellerie. Cependant son approche de la question relève de la
psychologie. Le rapport de la société africaine à la sorcellerie n’est pas comparable à la tendance occidentale souvent superficielle de consulter voyantes ou
astrologues. En Afrique la sorcellerie fait partie du quotidien dans le contexte d’une pensée plus magique que rationnelle.
A titre d’exemple, devenir un vieillard dans nos sociétés occidentales n’est jamais qu’une probabilité statistique. En Afrique devenir vieux c’est avoir
su se protéger des mauvais sorts, ce qui rend suspect. Dans la même veine un simple conflit ou désaccord qui en occident va provoquer entre les acteurs de
l’agacement ou de l’hostilité, va dans la pensée magique animiste être générateur de mauvais sort. Comme il est rare que l’on n’ait jamais de conflit même
avec ses meilleurs amis, et que des ennuis ou pire finissent toujours par nous atteindre, nous nous retrouvons dans un cercle vicieux culpabilisant qui fait
endosser à chacun une responsabilité qui n’échoit en principe qu’au seul destin.
C’est contre cet état de chose que s’est élevée Dyigba Dowono plus connue sous le nom de Bague Honoyo ou Marie Lalou, fondatrice du culte de Deima ou Dehema , en affirmant comme principe fondateur que « Nul ne doit vouloir de mal à son prochain, Dieu l’interdit ». Cette phrase qui peut sembler naïve, ne se contente pas de prononcer un interdit mais elle intercale Dieu dans le processus magique. Autrement dit elle fait intervenir le Magicien absolu qui va arrêter par la puissance de son métier toute action potentiellement hostile libérant chacun du risque contenu dans toute pensée négative. Au-delà de cette lutte contre fétiches et sorcellerie c’est tout le rapport social africain qu’il s’agit de moderniser. L’effet pervers de la pensée magique est l’idée que tout ce qui vous arrive dans la vie est la conséquence de l’action négative d’un tiers, ce qui positionne chacun dans un rôle d’éternelle victime. Marie lalou cherche au contraire à faire comprendre que nous sommes en grande partie responsables de nos échecs, nos déceptions, et même parfois nos maladies. Bien plus encore elle fait savoir que la société ne fait pas l’homme mais que c’est l’homme qui fait la société et qu’en cela il a toute latitude pour s’émanciper de traditions dont il est prisonnier.
C’est en rêve que Marie Lalou
reçoit ses messages, et un matin en se réveillant elle trouve un flacon rempli d’eau et en fera un des fondements de ses rituels avec les cendres sans
doute parce que les cendres comme l’eau permettent de purifier le corps. La signification du nom de Deima donne lieu à différentes version. Le Deima serait le
ruisseau situé près des villages dans lequel on tire l’eau pour le baptême ou les cérémonies de purification. Le mot tirerait aussi son origine du latin
voulant dire la main de Dieu. Une autre version nous indique que ce mot signifie « la lumière ou la religion des noirs ».
Le culte Deima a ses évangiles
dont il existe au moins trois versions. Le point commun est l’existence d’Abidise premier fils mal aimé de Dieu et en partie répudié. Abidise
est sur terre et possède de la terre de couleur blanche, rouge, et noire. Dieu charge Jésus un autre de ses fils de lui amener des échantillons de ces
terres, mais Abidise qui l’a en travers de la gorge refuse. Jésus finit par voler ces matériaux et les apporte à Dieu qui en fait les corps des trois races
humaines, et envoi son souffle pour leur donner vie. Abidise mis au courant l’a encore plus en travers et exige que lui soient restituées ces terres. Dieu
décide alors qu’elles lui seront rendues à la mort des individus ainsi Abidise récupèrera son bien avec les vers qui venant de la terre y retourneront. En
revanche comme le souffle vient de Dieu celui-ci le reprendra et c’est ainsi qu’est née la mort.
Marie lalou voyait également dans sa religion d’un Dieu
noir un christianisme purement africain qui n’avait aucun compte à rendre ni aux catholiques ni aux protestants. En 1948 elle rencontre Félix Houphouët-Boigny
et lui prédit l’indépendance de la Côte d’Ivoire et lui annonce la part qu'il prendra dans le mouvement de libération africain. Aujourd’hui le village de Gaboué est
devenu le Vatican du culte Deima pratiqué par plus de 1.500.000 personnes.
Dona Béatrice
-
(Kimpa Vita)
Avec dona Béatrice nous suivons une des chemins de l’évolution. Le royaume du Kongo a été un grand fournisseur d’esclaves et par la même occasion un pourvoyeur des syncrétismes afro-américains. Alors que dans le nouveau monde les esclaves manipulaient le système pour conserver leur religion, sur les vielles terres africaines, les rois collaboraient avec le Dieu de leurs envahisseurs. Dona Béatrice résume à elle seule les révoltes congolaises, qui s’exprimant au travers de la religion contiennent tout naturellement les germes émancipateurs des futurs nationalismes.
En 1482 les portugais sont à la recherche du royaume de prêtre Jean. Ce royaume est supposé se situer au-delà des terres africaines annexées par les musulmans. Le conquérir permettrait de prendre les envahisseurs en sandwich, et de lancer une opération de reconquête. A la place de ce mirage, le navigateur Diego Cao va découvrir le royaume du Kongo qui s’étend alors sur les actuels Congo, l'Angola et l'enclave de Cabinda.
Très rapidement les portugais établissent de bons rapports avec les autochtones et réussissent à convertir le manicongo (roi) Nzinga Nkuwu ainsi qu’une partie de son entourage. (1485). Le mécontentement s’installe chez les congolais mais cela n’empêchera pas le fils de Nzinga Nkuwu, Affonso de régner trente années. Entre temps le peuple congolais qui est devenu un gros fournisseur d’esclave voit sa population affectée par ce commerce. Malgré les protestations du roi Jean III rien ne change. Guerres intestines, esclavage et épidémie de petite vérole déciment tellement la population que les trafiquants d’esclaves se plaignent de devoir voyager durant trois mois dans les terres pour « s’approvisionner ».
Comme souvent les temps difficiles sont propices à l’apparition de toute sorte de prophètes. Francisco Tavola quitte sa mission d’évangélisation et se déclare fils de Dieu. Il prêche le rejet des églises catholiques et de leurs prêtres, et demande l’expulsion des missionnaires, qui avec la traite des noirs sont les piliers du colonialisme. Tavola pourchassé disparaît sans plus jamais faire parler de lui.Un demi-siècle plus tard Mafouta Apollonia Fumaria déclare que la Vierge lui est apparue. Elle exhibe une pierre sortie d’une rivière et prétend qu’il s’agit de la tête du Christ déformée par la méchanceté des hommes.
En 1704 apparaît une prêtresse qui serait issue d’une secte fétichiste
et qui prétend que Saint Antoine lui a ordonné de restaurer le royaume du Kongo. En effet le roi Pedro IV, pourtant légitime, s’était retiré sur le mont
Kimbangu à la suite d’une guerre de succession de trente ans qui l’avait épuisé.
Cette prêtresse, Dona Béatrice aussi appelée Kimpa Vita veut fonder
une religion chrétienne pour les africains. Elle annonce que le Congo est la seule terre sainte, et que les pères de l’église sont noirs. Elle affirme
que le Christ est né à Mbanza Kongo (Sao Salvador), elle fait bruler les fétiches mais également la croix qui est le symbole de la passion du christ.
Cette mission annoncée ou imposée par un messager (Saint Antoine) à un individu chargé de la mener à bien (Dona Béatrice) et dont l’objectif est de
rendre par décision divine l’ancienne grandeur à une nation, une ethnie, un royaume (ici le Kongo) relève typiquement du messianisme.
Kimpa Vita devenue "messie" intervient pour que Pedro IV revienne investir la capitale mais devant son
atermoiement elle prend contact avec ses adversaires s’impliquant ainsi dans le jeu politique, ce qui lui vaudra les rancœurs des missionnaires.
Pour apporter de l’eau à leur moulin , Dona Béatrice trouve rien de mieux que de s'attacher à un de ses adeptes et admirateurs
qu’elle avait nommé Saint-Jean et qui à force d’être à ses côtés va devenir le père de son enfant. Mauvais calcul pour une vierge qui doit avouer qu'elle n'est pas immaculée
. Lâchée par le roi elle est condamnée à mort de même que son concubin et son
nouveau-né.
Elle est exécutée avec son Saint-Jean le 2 juillet 1706, elle n’a que vingt-deux ans, mais le bébé est épargné. La secte des Antoniens, issue du mouvement de Kimpa Vita ne disparut pas rapidement. En 1969 des catholiques Zaïrois ont demandé au Vatican que soit procédé à une enquête en vue de la canonisation de dona Béatrice.
-
Le Harrisme
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William Wade Harris appelé Latabou ou Latagbo en Côte d’Ivoire ou encore William Harrison au Libéria, pays dans lequel il est né en 1865, reçoit une
éducation chez les méthodistes américains, devient maçon puis enseignant. Il participe au mouvement de révolte Kru ce qui lui vaut des séjours en prison,
et c’est au cours d’un de ces séjours qu’il aurait eu la vision de l’ange Gabriel l’informant qu’il devait devenir prophète.
Après un début de
prédication au Libéria en 1911 et un court emprisonnement il décide d’aller répandre la bonne parole en Côte d’Ivoire. Accompagné des trois femmes
promises par l’ange en remplacement de celle qui devenue obsolète devait rejoindre le grand recyclage, et d’un interprète, il va prêcher en Côte d’Ivoire et au
Ghana. Sa mission, puisqu’il l'acceptait, consistait à détruire les fétiches, et sur ce point il ne fit pas dans la dentelle. Sa stature imposante fut mise au
service d’un discours qui pour se faire entendre utilisait la menace et l’anathème. Soit on l’écoutait soit on s’exposait à la maladie, la mort, et même à être
transformé en animal. Et bien sûr s’en suivirent les témoignages relatant ces morts brutales dont étaient victimes les parjures, ou encore celui de ces animaux
venant accomplir la vengeance divine, soit autant de rumeurs qui comme toujours donnaient naissance aux mythes et fesaient naitre les prophètes.
Harris restait un fidèle serviteur de la chrétienté, mais souhaitait cependant en adapter quelques règles aux particularités africaines. Comme dans de
nombreux sectarismes régionaux le harrisme était obsédé par la suppression de la sorcellerie et c’est dans sa capacité à toucher et détruire les
fétiches sans subir de choc en retour que Harris construisit son aura prophétique. En Afrique où la sorcellerie est ancrée dans le quotidien, seul un
individu protégé par une magie puissante peu s’en prendre aux sorciers, et cette magie puissante est celle de Jésus soutient de cette église des blancs
qui a soumis l’Afrique.
Harris insiste pour que soit observé le repos du dimanche ce qui va lui valoir de nombreux ennemis. Il s’élève fermement
contre l’adultère mais en revanche admet la polygamie qui fait partie de la culture profonde africaine. Pour le reste, on ne boit pas, on ne vole pas et
on se tient bien, un programme d’éducation civique.
Si Harris restait un chrétien convaincu il allait cependant faire les frais de la concurrence acharnée
que ce livraient les deux grands colonisateurs du coin par églises interposées. Prophète ignoré dans son pays d’origine, il est en Côte d’Ivoire soupçonné
d’être un espion anglais. En visionnaire inspiré il voit dans la première guerre mondiale les signes d’une punition divine qui annonce cette paix de mille ans
à la fin de laquelle aura lieu le combat de Gog et Magog. On peut voir là l’influence de ce protestantisme obsédé par une fin des temps qui fait le fond
de commerce lucratif de ces chers adventistes et autres témoins de Jéhovah. Mais ici Harris, ou ses adeptes mal intentionnés prédisent la défaite des
blancs et en particulier celle de la France vaincue par l’Allemagne, et en conséquence la fin de la colonisation. Mauvaise pioche, surtout quand on est
un présumé suppôt de l’Angleterre. Chassé de Côte d’Ivoire, Harris rentre au Libéria et ne fera guère plus parler de lui. Son métier de prophète n’aura
pas duré plus de deux ans et il disparaitra en 1929 dans la misère la plus absolue.
Harris était un homme honnête et sincère qui n’a jamais profité
de sa gloire momentanée pour s’enrichir, ce qui n'aurait pas été le cas de ses successeurs. Après lui nous naviguons entre
escroqueries et délires avec ce prophète qui pratiquait la communion au Pernod45, ou cet autre qui soignait à l’anis.
Si le Harrisme a apporté de
nouveaux fidèles à l’église catholique et encore plus aux protestants, il se maintient également dans diverses communautés indépendantes réunies autour
de la prière, de la bible, des cantiques chantés dans le rythme africain, du souvenir du prophète, de son rejet du fétichisme et de la sorcellerie.
Communauté de Bregbo
(Albert Atcho)
Le prophète Albert Atcho né en 1903 à Bingerville en Côte d’Ivoire n’est pas l’initiateur d’un nouveau culte mais se situe dans la
continuité du mouvement harriste ivoirien. Si Harris fonde la pertinence de son église sur l’existence d’un mal dont la sorcellerie
est une des causes, Atcho voit dans la maladie la manifestation physique de l’action de ce mal et met en place au sein de sa communauté un système de
cure destiné à poursuivre et chasser la maladie, dont cette fois le diable est responsable. Nous assistons ainsi à un tour de passe-passe au moyen duquel
l’ensemble insaisissable des forces hostiles animistes est transféré vers une entité anthropomorphisée et donc identifiable.
Comme nous n’arrêtons
pas de le remarquer le fondement magique de la société africaine gangrène les rapports sociaux. Les compétitions perdues, les amours déçus, les pertes
d’argent, l’échec en général ne sont jamais de la responsabilité des victimes mais découlent de l’action maléfique d’un tiers envieux et jaloux. Pour
envoyer un mauvais sort il n’est pas nécessaire d’utiliser les services d’un sorcier, nos mauvaises pensées sont des incantations maléfiques qui agissent
indépendamment de notre volonté. Nous arrivons en quelque sorte à cette colossale supercherie du péché par pensée, ce comble du sadisme culpabilisateur
dont Saint Augustin lui-même disait en gros « comment ne pas pécher par pensée puisque qu’en voulant ne pas penser à ce qui est un péché je pense
justement à ce à quoi je ne dois pas penser ».
Sur ce théorème d’un inconscient si fort qu’il est en mesure de dissimuler à chaque personne ses
véritables désirs, Atcho construit une stratégie de la confession partant du principe qu’il faut extirper de chacun les sentiments nocifs conscients ou
non qui sont à l’origine du mal et de sa manifestation physique la maladie.
Cette confession se déroule selon une mise en scène chargée de faire
monter peu à peu l’effet dramatique. Des assistants commencent par recevoir les malades et leur demandent de confesser leurs fautes. Les pécheurs
présumés livrent alors l’habituelle litanie des broutilles et peccadilles. Allons !!Allons ! Un petit effort, un péché c’est plus grave et il va falloir
en lâcher plus. Le malade se déboutonne et avoue ses petites turpitudes, ses vices. Sûr, ce n’est pas bien, mais il n’y a pas encore de quoi damner un
saint. Peu à peu le malade doit atteindre au cœur du sujet, celui qui touche la sorcellerie. A-t-il utilisé des charmes ou les services d’un sorcier. Il
est de toute façon sommé de remettre tous ses fétiches ce qui peu inclure de simples horoscopes. Poussé à l’extrême le « coupable » doit enfin répondre à
la grande question « ne serais tu pas le Diable ? ».
Il peut ne pas avouer être le diable, mais alors il soupçonné de «camouflage» .
Dans ce cas le dernier recours pour l’inquisiteur est d’agiter la menace du passage devant le prophète qui lui verra tout. Ainsi après ces divers
interrogatoires le suspect fera soit une confession ordinaire, soit une «confession diabolique» s’il reconnaît être un diable. Les
confessions diaboliques sont posées sur le papier et indiquent la date, le nom du malade, son groupe ethnique, son village, son âge, son sexe, et sa
religion. Une déclaration indiquant qu’il avoue publiquement être un diable, qu’il boit le sang humain et mange la chair humaine. Il devra en outre
fournir la liste des personnes tuées avec les liens de parenté et totaliser le nombre de victimes en fin de citation. Il devra également produire
la liste des associés ayant participé aux crimes et le nombre de personnes qu’ils ont tuées et enfin une liste des dégâts et méfaits, autrement dit des
autres crimes et délits n’ayant pas entrainé la mort d’un tiers.
Le point d’orgue du cérémonial est la consultation avec le prophète qui a lieu
autour de la table de consultation. Après quelques rituels de mise en route la confession écrite est lue par un commis devant le prophète qui en admet la
véracité ou au contraire demande qu’elle soit complétée par ce qui a été caché (camouflé). Une fois que la confession est jugée sincère et complète le
prophète accorde le pardon au nom de Dieu.Le malade ne sera autorisé à quitter Bregbo que lorsqu’il sera complètement guéri. Entretemps il sera soumis à
une pénitence qui dépendra de l’importance de ses fautes et qui se traduira par des travaux d’intérêt généraux au profit de la communauté. Cette
pénitence peut durer des années.
Pour les malades qui rechuteraient après leur départ a été organisé un « secrétariat d’entente de l’eau ». Dans les
villages concernés sont désignés un chef de l’eau qui doit être « validé » par la communauté de Bregbo. S’il est accepté il devient distributeur de l’eau
et possède la «cuvette» qui lui permet de donner les mêmes soins qu’à Bregbo, mais il n’a pas le droit de préparer l’eau de Mbitiro (eau plus racine de
saponacé) qu’il doit aller chercher dans la communauté Bregbo. Cette eau fait partie des rituels journaliers que doivent accomplir les malades résidents
à Bregbo au lieu dit la «cuvette», rituels qui suivent généralement le passage à la "pharmacie" où leur sont donnés les traitements médicamenteux
fournis par les hôpitaux ou les traitements traditionnels, gouttes, poudres d’écorces, feuilles, infusions, potions.
Comme on le remarque là encore
la volonté d’émanciper les communautés des influences de la sorcellerie et des fétiches se doit en quelque sorte d’utiliser des méthodes apparentées à
ces mêmes rituels de magie ou contre-sorcellerie. Comme nous l’avons remarqué ailleurs le message a plus de chance d’être reçu s’il fait du guérisseur un
magicien porteur d’une nouvelle magie, celle du christianisme en l’occurrence, plus puissante que celle des ancêtres.
Matsoua
et le
Matsoaunisme
André Grenard plus connu sous le nom de Matsoua n’a jamais eu de vision céleste, n’a jamais discuté avec l’ange
Gabriel ni même entendu de voix, il n’a même jamais imaginé un instant prêcher pour qui que ce soit et à fortiori pour ce qui deviendra sa religion, le
Matsouanisme. L’activité de Matsoua va se limiter, et ceci n’est pas péjoratif, au domaine politique avec sa participation aux associations d’aide
aux africains émigrés en France, et à des revendications nationalistes
Né en 1899 Matsoua est élevé dans une école de missionnaires catholiques. En
1919 il entre au service des douanes de Brazzaville, puis s’engage dans l’armée française en 1924, et atterrit dans un poste de comptable à l’hôpital
Laennec à Paris. C’est alors qu’il s’intéresse aux divers mouvements de défense de la « race nègre » et en 1926 il créé l’amicale de originaires de l’A.E.F
. mais refuse de fusionner avec les associations de travailleurs noirs proches du P.C.F. Matsoua demande la suppression du Code de l’indigénat, mais arrêté en
1929, son association est dissoute. Emprisonné à Brazzaville, évadé, à nouveau emprisonné, à nouveau évadé, Matsoua se construit ainsi une légende de
passe muraille, premier pas vers la stature prophétique. Dans le même temps les populations du pays Lari refusent de payer l’impôt de 3 francs destiné à
alimenter les sociétés indigènes de prévoyance pour le développement de l'agriculture(S.I.P.). Arrive la deuxième guerre mondiale, Matsoua s’engage à
nouveau dans l’armée. Rendu responsable de mouvements de protestation du pays Lari, il est encore arrêté, condamné aux travaux forcés, et il meurt en
captivité en janvier 1942. Son inhumation discrète va renforcer sa légende. Il n’est pas mort, mais a rejoint le général de Gaulle.
En 1945 les
territoires d’outremer selon les nouvelles législations, doivent élire leur représentant à l’assemblée constituante française. Toujours convaincus que
Matsoua est vivant les "amicalistes" du Congo votent pour lui. L’administration confiera la tâche au candidat arrivé en deuxième place. En 1953 lorsque de
Gaulle doit venir à Brazzaville, Matsoua l’accompagne (parait-il). Il faut dire que si la légende à la vie dure, elle est aidée par des profiteurs qui
demandent à leurs compatriotes de se cotiser pour payer le voyage retour du revenant. Cette fois il faut se rendre à l’évidence, Matsoua est bien mort, mais ses
amis sans doute en panne de projets politique, vont détourner l’objet de l’amicale pour le transformer en une nouvelle église.
Prier devant un parterre
de fleurs recouvert de bougies allumées pour demander conseil à Nzambi le dieu unique du panthéon Kongo semble être le signe distinctif de cette église.
La croix chrétienne y est conservée parmi les symboles mais elle est insérée entre les branches d’un « V » en souvenir de la victoire des gaullistes de la
France libre. Ce choix n’est pas anodin et il témoigne de l’existence en pays Lari (ethnie de la région de Brazzaville), d’une étroite relation et même
d’une identification de la figure de Matsoua à celle du général de Gaulle. Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté. Au Congo certaines tribus de la région
de Brazzaville rendent un culte à Ngol un fétiche à long nez coiffé d’un Képi à étoiles. Au Gabon et au Congo existe un culte appelé Eko-De Gaulle. En
arrière plan de l’autel des églises matsouanistes on peut également remarquer le fameux « V » de la victoire imbriqué dans les branches d’une croix de
Lorraine, le tout associé à des étoiles et des coqs.
Le matsouanisme prêche l’abandon des pratiques animistes, la suppression des fétiches et de
la sorcellerie, et pour faire bonne mesure annonce l’apocalypse. Il engage ses adeptes dans un mouvement de désobéissance civique qui implique le refus
d’avoir une carte d’identité, un passeport, refus de voter de se soumettre à un recensement et de payer des impôts, de demander des autorisations
d’inhumation, de travailler dans les entreprises et les administrations, acceptant ainsi l’inactivité des hommes qui vivent aux dépens du travail de
femmes et des jeunes.
Le mouvement est dirigé par un gouvernement central auquel participent les différentes tendances. Les corbeaux
habillés de noir toujours en attente du retour de Matsoua, les pigeons qui estiment que Matsoua est toujours vivant, les
amicalistes qui constituent l’administration du mouvement, les Ikouole qui croient que Jésus et Matsoua sont une seule et
même personne, et enfin les bulamananga qui vénèrent le Saint Esprit et les prophètes africains (Kimpa Vita, Kimbagu..) et restent
proche des croyances ancestrales africaines
Le matsouanisme conserve son importance politique lors de l’instauration de l’autonomie des territoires et fera l’objet de tentatives de récupération en particulier celle de l’abbé défroqué amateur de soutanes dessinées par les grands couturiers parisiens, Fulbert Youlou , qui se prétendra être une réincarnation de Matsoua jusqu’à ce que de violentes échauffourées entre ses partisans et la matsouaniste mette un terme à l’aventure. Le matsouanisme s’est trouvé vampirisé par l’intervention de divers prophètes, escrocs ou simples hurluberlus. Mouvement associatif revendiquant à juste titre le droit pour les peuples à disposer d’eux-mêmes il s’est transformé en messianisme sous la pression des opportunismes et il a ainsi acquis notoriété et pérennité. Fait d’un mélange de rites ancestraux voués à la divinité animiste, de symboles chrétiens recyclés, et de revendications politiques le matsouanisme est un messianisme syncrétique mis au profit d’une cause politique et des ambitions d’une ethnie.
Cultes matsouanistes et ses avatars
Emmanuel N’ganga : Emmanuel N’ganga : Il se déclare grand pape du matsouanisme et fait édifier la cathédrale de N’Galoumbouna (1947)
N’Zougou et Koussakana : : Ils organisent le pèlerinage du « chemin de croix de Matsoua ». Ils veulent créer une église congolaise nationale vouée à Matsoua et reconstituer l’ancien empire du Kongo partagé entre trois colonisateurs.
Victor Blaise Wamba : Alias Wambert Saint Fieffé de Bacongo : Ancien vagabond il prétend avoir rencontré “spirituellement” mais à Paris(?)Jésus et Matsoua. Il va faire sa petite fortune en vendant à prix d’or (2500 Francs CFA) des manuels Dalloz et des Bibles qui lui auraient été confiés par Matsoua en personne (Spirituellement ). Il voulait que soit instauré un gouvernement dirigé par Matsoua.
Pierre Kinzonzi : Ex militaire compagnon de Matsoua et déporté au Tchad il fonde son église. Entouré de 12 apôtres ( six femmes, 6 hommes) il s’enferme dans sa case-église où il passe son temps à lancer des édits. Il extorque des fonds à ses fidèles pour financer les négociations diplomatiques de Matsoua avec de Gaulle. Il interdit d’avoir recours à la médecine et de prendre une carte d’identité sauf si elle est signée de Matsoua. Il veut lui aussi un gouvernement dirigé par Matsoua dont il serait ministre de la justice.
Prosper Koussankana : Son objectif est la création du grand Congo, mai il autorise que ses fidèles payent les impots et possèdent une carte d’identité.
Simon Zéphirin Lassy : Ex marin il entend les appels de Jésus en 1947. Il demande la destruction des fétiches, il désenvoute contre rémunération et soigne à l’eau bénite et aux prières. Il s’attaque aux missionnaires étrangers qu’il accuse d’avoir perverti le message de Jésus et demande que les hôpitaux soient boycottés. Le lassysme ou n’zambi-bougie et reconnu religion officielle en 1960.
M’Bemba et Massamba : Se prétendent fils de Matsoua. Ils annoncent la proximité de la fin du monde, et de l’urgence d’adhérer à l’église noire pour aller au ciel. Orphelins abonnés à la fréquentation des bars, ils passent au tribunal en 1948 pour escroquerie.
Simao Toko : Il donne naissance à la secte des Tokoïstes. Son histoire fourmille de légende relevant du pur délire affirmé comme vérité historique. Armée de nains surgissant à Kinshasa et rejettant le colonisateur. Chérubins et séraphins sont effectivement une secte d’origine nigériane et semblent avoir servi de support au conte, mais leur histoire ne mentionne pas les évènements de Kinshasa. Autre délire, Toko se fait découpé en rondelles par les pales d’une tondeuse qui revenant en arrière permet à son corps de se reconstituer, et ainsi de suite. Au fin du fin Toko serait en relation avec la révélation cachée du dernier secret de Fatima non révélé à ce jour et qui ferait de Toko le nouveau Jésus laissant apparaître la grande supercherie de ce Jésus blanc, mettant ainsi un terme au règne du Vatican.
Alice Lakwena
et
l’Holy Spirit Mobile Force (HSMF)

L’Ouganda fut la perle africaine de l’empire britannique. Comme ailleurs pour avoir trop donné à un pays Dieu dans son infinie justice semble lui avoir choisi le crème de ce qui se fait en matière de tyrans débiles dont Amin Dada fut en quelque sorte la cerise sur le gâteau. L’Ouganda réunit plusieurs royaumes dont le plus important fut celui du Bouganda. Au nord on trouve les ethnies moins bien structurées des Langi et des Acholi. Mutesa 1er fut au XIXème siècle le roi du Bougnada et sa distraction préférée était d’organiser des joutes oratoires entre catholiques et protestants pour amuser ses courtisans et d’y adjoindre pour faire bonne mesure quelques musulmans. Sa majesté une fois lassée, admit à nouveau dans sa cour les sorciers, et les bourreaux purent recommencer à sacrifier des innocents après torture. En 1884 son successeur Mwanga amateur de mignons pique sa crise lorsque quelques uns de ses pages influencés par la Church Missionary Society se refusent à lui. Il finit par condamner au bûcher la centaine de ses jouets qui ne veulent pas renoncer au christianisme.
Ce contexte politique, se dessine sur un arrière fond de croyances animistes fortement imprégnée par la pensée magique. Dans la culture Acholi de nombreux esprits peuvent prendre possession des hommes, des animaux et même des objets. Etre possédé par un des ces esprits (jogi) est comme être malade, et pour s’en libérer il faut soit les tuer, soit les domestiquer, ce qui en l’occurrence signifie qu’après une initiation on devient médium de son jok (singulier de jogi). Comme nous l’avons souvent constaté dans certains syncrétismes afro-américains avec les apports européens et amérindiens, là aussi de nombreux jogi étrangers viennent grossir les rangs. C’est dans cet environnement de croyances que se forme en 1986 «l’ Holy Spirit Mobile Force (HSMF)» conduite par Alice Lakwena et qui va s’opposer à la NRA «National Army resistance» de Yoweri Museveni.
Alice Lakwena de son vrai nom Alice Launa née en 1956 est une Acholi levée dans la foi anglicane et convertie au catholicisme à 20 ans.
En 1985 « Lakwena » l’esprit d’un ingénieur italien mort depuis quelques temps prend possession d’elle et la rend sourde et muette.
Insensible aux traitements des médiums aussi bien liés aux esprits païens (ajwaka) que chrétiens (nebi) elle disparaît 40 jours dans la nature où elle
entend les plaintes des animaux et des forces de la nature. Revenue parmi les siens, Alice va s’essayer à la guérison sans grand succès.
En 1986
l’esprit de Lakwena lui demande d’arrêter les guérisons et de lutter contre les ennemis de l’Ouganda, l’armée gouvernementale (NRA), les soldats impurs,
les sorciers et les féticheurs. Pour ce qui concerne les soldats impurs, la guerre moderne empêchait de satisfaire à une condition ancestrale de la
société Acholi. Lorsqu’un soldat tue un ennemi il doit se soumettre à une cérémonie destinée à apaiser l’esprit (cen) de ce soldat mort. L’utilisation
d’armes de guerre modernes ne permet plus de savoir qui l’on a tué et de ce fait rend impossible le rituel de purification. Qu’à cela ne tienne, les
soldats qui adhèreront à l’armée du Saint Esprit seront astreint à un rituel satisfaisant à 100% aux conditions requises par la tradition.
La
légende se mêle à l’histoire et Alice va conduire l’HSMF sous l’influence continuelle des esprits qui l’habitent et qui dictent leurs instructions. Outre
Lakwena qui semble la posséder à demeure Alice est sous l’influence de « Wrong » un mauvais venu des USA, Franko du Zaïre, Ching Poh un chinois ou coréen,
Ala un guerrier musulman, et une femme Nyaker, ancienne infirmière. En 1986 cette armée aidée par les 140.000 esprits qui l’accompagnent se lance à
l’assaut des troupes de Museveni. Les soldats s’enduisent de beurre de Karité sensé les rendre invulnérables et partent au combat en criant « James Bond,
James Bond » du nom d’un membre de la secte. Afin de se rendre invisible aux yeux de leurs ennemis, les soldats lançaient des pierres enveloppées de
tissus, puis au fur et à mesure qu’ils progressaient, ils ramassaient ces pierres et les jetaient à nouveau pour allonger leur zone d’invisibilité.
Complètement subjugués par leur prophète les guerriers étaient même convaincus que les animaux.
Malgré quelques succès qui pour un temps semblaient
confirmer la nature magique des protections, l’armée du Saint Esprit fut battue et Alice partit se réfugier au Kenya où elle fut arrêtée et internée dans
un camp de réfugiés. Son père Sévérino créera un mouvement religieux dissident détaché de toute action militaire. Accusée d’être une sorcière, d’avoir
même sacrifié des enfants pour accomplir sa magie Alice ne retournera pas en Ouganda et elle mourra en 2007 dans un camp de réfugié au Kenya.
Avec cette prophétesse nous sommes à la lisière de cette folie qui s’alimente de mysticisme et de religion dont les 20 commandements de l’armée du Saint Esprit témoignent. Nous trouvons parmi ces commandements le « tu ne tueras pas » ce qui pour un soldat semblerait bizarre sauf qu’il faut comprendre que dans l’armée du Saint Esprit ce ne sont pas les soldats qui tuent mais les esprits qui les habitent et qui sont bien moins « saints » (vive la casuistique). Le commandement 11 interdit de se cacher derrière un arbre ou des herbes, et pour cause les armées du Saint Esprit sont invisibles au combat grâce à la magie d’Alice. Le meilleur pour la fin. Le commandement numéro 20 indique que « tu devras avoir deux testicules, ni plus ni moins » et pour cause n’avoir qu’un testicule était non seulement un signe de malchance mais la caractéristique d’un sorcier.
Joseph Kony
(L.R.A)
"Lord resistance Army"

Joseph Koni est né vers 1961 à Odek en Ouganda. Le contexte dans lequel il va se faire connaître est dans la continuité de celui qui a déjà donné naissance à la prophétesse Alice Lakwena . Joseph, alors qu’il travaille dans les champs se sent enveloppé de quelque chose d’étrange et reste muet pendant 3 jours. Il serait possédé par l’esprit de Juma Oris un ancien ministre d’Amin Dada, mais rassurons nous, un bon esprit qui n’avait jamais à son actif que quelques violations des droits de l’homme en organisant des embuscades par champ de mine interposé. Petit problème cependant Kony est visité vers la fin des années 1980 par l’esprit d’un Juma Oris qui ne mourra qu’en 2001.
Quoiqu’il en soit, Oris par l’intermédiaire de kony annonce qu’il est envoyé par Dieu pour
libérer l’humanité de ses souffrances. S’étant rendu compte que ceux qui guérissaient (des souffrances) mouraient, il fallait aussi combattre tous les
fauteurs de guerre. Pour faire bonne mesure et rester dans l’air du temps il faudra aussi éliminer les amulettes, les fétiches, et les sorciers. Kony va
donc créer son armée et commence par recruter dans la région de Gulu, mais c’est en s’attaquant à l’U.P.D.A. à deux reprises qu’il va en
favorisant les ralliements à sa cause, mettre sur pied son armée la L.R.A. (Lord’s Resistance Army) . Passons.
Nous n’allons pas
entrer dans le détail de cette lutte largement abordée par ailleurs. Cependant pour bien comprendre le contexte il nous faut revenir en arrière.
En 1986 le président de l’Ouganda Tito Okello, un Acholi du nord est chassé par la rébellion dirigée par Yoweri Museveni
un Nyankolé du groupe Tutsi (du sud), et son armée la N.R.A (National Resistance Army) . Armée qui de plus va occuper le
Acholiland. Les anciens soldats Acholi de l’époque de Tito Okello vont se soulever et former l’Uganda People’s Democratic Army (U.P.D.A)
dont l’objet sera de chasser la N.R.A du pays Acholi et à terme de reprendre le pouvoir en Ouganda. Devant les échecs rencontrés cette U.P.D.A verra
peu à peu ses effectifs fondre en raison de fuites plus ou moins volontaires vers des rébellions concurrentes et parfois ennemies,comme les armée du Saint
Esprit d’Alice Lakwena (Holy Spirit Mobile Forces) et celles de Josph Kony et sa L.R.A. (Lord’s Resistance Army) .
Selon Kony l’humanité ne verra pas l’an 2000, et c’est pour cette raison que la L.R.A.enlève des enfants pour leur ouvrir les portes du nouveau monde.
Comme chez Alice Lakwena les soldats de la LRA sont protégés par l’action magique procurée par leur chef aidé par le beurre de Karité et l’eau bénite qui
rend chacun invincible. Comme chez Lakwena les soldats ne doivent jamais se cacher derrière un obstacle naturel (arbre, herbes).Les pierres qu’ils
jettent sont ici des grenades qui explosent. Les animaux, et en particulier les serpents et les abeilles combattent au côté de l’armée du Seigneur, et
si quelqu’un est blessé ou tué c’est qu’il n’a pas obéi aux commandements.
Juma Oris n’est pas le seul à posséder Joseph. Silli Silindi venue du Soudan commande les femmes soldats, Ing Chu
contrôle que les balles tirées par l’ennemi n’atteignent que les pécheurs. King Bruce venu des Etats-Unis, dont le nom fait référence
au héro de cinéma Bruce Lee, s’occupe de faire exploser les pierres(!). Jim Brickey est responsable de l’espionnage et agent double à
ses heures. Il n’hésite pas à rejoindre les rangs ennemis pour punir les soldats de Kony qui ne respectent pas les règles. Tous ces esprits se manifestent
par l’intermédiaire de kony, mais contrairement à Alice Lekwena d’autres médiums peuvent être visités.
De même alors qu’Alice Lakwena ne se battait
que contre la NRA de Museveni, Kony s’attaque également aux autres mouvements de résistance et n’hésite pas à exercer la violence envers les populations
civiles pour obtenir le soutient à son mouvement. Exactions, viols, meurtres, enlèvements, massacres, Kony va jusqu’à interdire la bicyclette au motif
que son usage permettrait d’informer rapidement l’armée régulière. Malheur aux contrevenants, on leur coupe tout simplement les pieds à la hache. Malheur
aussi à ceux qui possèdent un cochon, animal impur! amputation !
Les motivations de Joseph Koni semblent assez floues. Il se sert de la caution
religieuse en mettant du « Lord » dans le nom de son armée pour prétendre à une croisade et cautionner l’horreur. Il n’est pas le premier. Kony cherche
à établir la prédominance de l’ethnie Acholi et Lango et instaurer en Ouganda un état théocratique soumis aux 10 commandements et à la loi de la Bible
qu’il interprète à sa façon particulière. C’est bien la seule affiliation au messianisme. En effet il ne suffit pas d’annoncer la fin du monde pour
s’attribuer une mission messianique. Celle-ci relève toujours en filigrane de la volonté de rétablir l’ancienne gloire d’un royaume ou d’un empire. Si
en Ouganda une ethnie pouvait prétendre à la restauration de sa gloire passée c’eut été celle des Bouganda ou à la limite les monarchies tribales Ankolé,
Toro ou Bunyoro , mais probablement pas les Acholi ou les Lango qui ne possédaient avant la colonisation aucunes structures comparables aux royaumes
cités. Ainsi tout au plus nous restons en présence d’une guerre de succession dont Joseph kony a fait son fond de commerce. Plutôt que d’adhérer à l’armée
contrerévolutionnaire (UPDA) il a fondé son propre objet (LRA)et s’est servi des méthodes de coercitions en grande partie soutenues par ses prétendus
pouvoirs magiques et ses discussions avec les esprits, utilisant ainsi sans aucune vergogne les méthodes même que par ailleurs il voulait éradiquer.
Joseph Kony est aujourd’hui sous le coup d’un mandat d’arrêt de la cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
